Affaires

Les freins au développement des PME

Par | Edition N°:3277 Le 17/05/2010 | Partager

. Réticence à l’ouverture du capital, manque d’innovation, résistance au changement… . Le capital investissement, une alternative de financement Et si le développement économique du Maroc passait par la PME? Tel est le constat dressé par Albert Alsina Gonzalez, directeur du fonds Mediterrània, géré par le groupe financier espagnol Riva y Garcia. «La PME occupe une place importante puisqu’elle représente 93% du tissu économique marocain», explique Alsina Gonzalez. De plus, elle occupe 46% des salariés et représente 30% des exportations. La PME s’adjuge 33% des investissements nationaux et participe à hauteur de 38% à la production. Cependant, sa participation au PIB ne dépasse guère les 20% alors que dans d’autres pays, elle est de 60%. La banque d’affaires identifie les contraintes à l’origine de cette sous-performance. Ainsi, la PME est souvent une structure unitaire, centralisée et familiale. D’où un certain nombre d’obstacles à son propre développement. Il s’agit d’abord de la réticence des patrons quant à l’ouverture du capital de l’entreprise. Autre obstacle relevé par Alsina Gonzalez, «le refus ou l’indifférence des dirigeants de PME face aux solutions managériales et financières qui sortent du cadre familial ou des schémas de financement classiques». Par ailleurs, les entreprises marocaines n’investissent pas suffisamment dans l’innovation et évoluent souvent dans un système où la rétention de l’information prédomine. Le processus de prise de décision dans les PME marocaines brille également par sa lenteur ou ses blocages. «Et la création de valeur n’en est pas forcément l’élément central», précise le rapport de la banque d’affaires ibérique. Autre facteur de blocage cité, l’esprit d’inertie et de résistance aux changements stratégiques. Il s’agit essentiellement de réticences à recadrer sa stratégie, reconfigurer son offre de produits ou de services ou à changer l’équipe dirigeante. Sur un tout autre chapitre, l’environnement économique et institutionnel n’est pas pour favoriser le développement des PME. Selon les conclusions du management de la banque d’affaires espagnole, «l’Etat a toujours accordé la priorité à la grande entreprise en raison de son apport fiscal». C’est ce qui explique l’absence d’un cadre général favorable à la promotion et au développement des PME. A ce niveau, un frein a été identifié par l’expert. Il porte sur l’inadéquation du code du travail aux réalités des PME. D’ailleurs, le patronat réclame la révision de certaines dispositions, jugées trop contraignantes pour la PME. La fiscalité est également jugée trop complexe. La question est d’ailleurs évoquée chaque année par la commission fiscale de la CGEM, qui réclame un régime adapté. Les dispositions du code des marchés publics sont éliminatoires pour les PME. Ce qui les empêche de soumissionner aux appels d’offres même si elles disposent des conditions techniques nécessaires. L’accès au foncier et aux sources de financement constitue également un boulet pour la PME. Par conséquent, le potentiel de cette catégorie d’entreprise n’a jamais été exploité comme il se doit. En cause, l’étroitesse des marchés, des pressions sur les prix et la concurrence internationale qui trahit le manque de compétitivité des PME marocaines. Les premières assises nationales de l’industrie et le programme Emergence constituent une prise de conscience à propos des difficultés de ces entreprises. Un chantier a d’ailleurs été enclenché et porte sur la réforme du climat des affaires, la modernisation de la législation, l’accompagnement des investisseurs. L’amélioration des conditions d’accès au financement figure dans ce plan d’action qui est doté d’un budget de 2 milliards de DH.Par ailleurs, les PME disposent d’autres moyens de financement en dehors du circuit bancaire. Il s’agit, par exemple, du capital investissement. Un mode de financement qui consiste à prendre des participations majoritaires ou minoritaires dans le capital de sociétés, généralement non cotées. Parmi les banques d’affaires qui se positionnent sur ce créneau, Garcia y Riva. Comment fonctionne donc cette alternative de financement? «Nous intervenons dans tous les secteurs sauf la finance et la promotion immobilière», explique Hatim Ben Ahmed, directeur d’investissement. En trois ans, le fonds a déjà permis de financer six PME au Maghreb dont deux au Maroc. Il s’agit de Soroa Pépinières, unité de production de plantes ornementales implantée à Larache et également présente en Espagne. La seconde entreprise constituant le portefeuille Mediterrània au Maroc est Bloqmarine, un consultant naval d’origine espagnole, qui souhaite s’implanter à Béni Nsar, près de Nador. «Notre politique d’investissement se base sur quatre critères», explique Alsina Gonzalez. Ainsi, avant d’entrer dans le capital d’une PME, généralement à hauteur de 49%, le fonds Mediterrània évalue la qualité du management, le rapport rentabilité/risque, le caractère innovant des produits et la maturité du marché. La prise de participation dans le capital des PME varie entre 5 et 9 millions d’euros, avec un horizon de maturité de 5 ans.


100 millions de dollars

Le fonds Mediterrània est né du processus de Barcelone. Il a été confié à Garcia y Riva, groupe indépendant, spécialisé dans la PME. Parmi les objectifs du fonds, la consolidation des secteurs traditionnels au Maghreb, la promotion des secteurs émergents à fort potentiel, le renforcement de la présence des entreprises maghrébines à l’échelle internationale ainsi que l’implantation de sociétés étrangères dans la région.Hassan EL ARIF

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