Politique

Gouverneurs: Nouveau punch

Par L'Economiste | Edition N°:2375 Le 04/10/2006 | Partager

. Fouzia Imansar, première femme à exercer en tant que gouverneur. Jettou perd encore une fois son secrétaire général!A voir la liste, c’est un coup de jeune, du sang neuf et des profils économiques qui émergent. Attendu depuis plusieurs mois, le mouvement des gouverneurs est finalement intervenu lundi soir. En tout, ce ne sont pas moins de 25 gouverneurs et d’autres directeurs de l’administration centrale de l’Intérieur qui sont concernés. Ce mouvement marque l’entrée de la femme dans cette corporation. Le ministère de l’Intérieur a ouvert le bal par Fouzia Imansar que le Souverain a nommé gouverneur de la préfecture de Aïn Chock. A la tête de l’Agence urbaine de Casablanca, elle avait déjà le titre de gouverneur sans exercer la fonction. Elle était réputée pour être tatillonne sur les textes au point de lui coller une étiquette de «bloqueuse de projets». L’expertise de cette lauréate de l’Iscae et ex-inspectrice des finances n’est en revanche pas contestée. Récemment elle s’est fait surtout remarquée lors d’un incident sur l’offshoring qui l’avait opposé à Sajid et le wali Kabbaj, une affaire dont la classe politique casablancaise parle encore. Imansar avait refusé de valider le projet qui n’était pas dans le plan d’urbanisme, obligeant le maire à se passer de sa signature. D’autres épisodes similaires relatifs au secteur de l’habitat à Casablanca avaient nécessité l’intervention du Premier ministre. Rappelons qu’avant de regagner la capitale économique pour l’Agence urbaine, elle occupait le même poste à Rabat.Pour sa part, Karim Kassi-Lahlou est désigné gouverneur d’Ifrane. Il occupait le poste de directeur du Centre régional d’investissement de Souss-Massa-Draâ. Kassi-Lahlou a fait sa carrière au ministère de l’Industrie et du Commerce. C’est Abdelouhab El Jabri, un cadre du ministère de l’Intérieur qui le remplace à la tête du CRI. Toujours sur ce chapitre, Abderrahman Zidouh, secrétaire général auprès du Premier ministre, chargé des Sports, a été nommé gouverneur de la province de Khémisset. Il remplace à ce poste Mustapha Aït Mouma qui n’a pas été réaffecté.. D’autres profils que ceux de «la maison»Il n’est pas exclu que la préparation des prochaines élections législatives ait joué un rôle décisif dans ce mouvement. Il faut couper court à d’éventuelles complicités et autres clientélismes. L’idée est donc de mettre en place des nouvelles têtes (même si ce sont des gouverneurs qui viennent d’ailleurs), d’autres profils que ceux de «la maison» pour préparer ces échéances dans la transparence la plus totale. Le ministère de l’Intérieur n’a pas caché sa volonté d’aller dans cette voie tracée par le Souverain lorsqu’il a nommé Chakib Benmoussa ministre de l’Intérieur. D’ailleurs, le changement s’est étendu à la direction des élections. C’est Hassan Aghmari qui a été nommé gouverneur directeur des élections, poste occupé jusque-là par Brahim Boufous. Le souci de transparence a poussé le ministère de l’Intérieur à nommer Abderrahman Achour gouverneur détaché à l’Administration centrale, chargé de la Communication. Ce dernier a dirigé la RTM-radio pendant plus d’une dizaine d’années. Sa personnalité et sa modestie ont toujours forcé l’admiration des professionnels de la presse. Il est incontestable que la mise en œuvre de l’INDH a également pesé dans ces nominations. Les chaises musicales au ministère de l’Intérieur ont été également nécessaires pour activer ce gigantesque chantier. Les gouverneurs sont invités à faire preuve d’une plus forte politique de proximité. Leur implication au quotidien sera donc vitale.


Safir, le profil du surdoué

Khalid Safir, un polytechnicien d’à peine 40 ans (directeur de la modernisation, des ressources et des systèmes d’information à la Trésorerie générale du Royaume, depuis 2004), a le profil du surdoué. Il va faire ses premiers pas dans la «maison Intérieur» puisqu’il est nommé gouverneur de la préfecture Al Fida Mers-Sultan à Casablanca. Le président de l’Association marocaine de la prospective (AMP), qu’il a relancé et réorienté vers des conceptions plus libérales, a aussi une casquette politique. Il est membre actif du RNI d’Ahmed Osmane. C’est le ministère de l’Equipement, l’équipe Kabbaj Meziane, qui ont découvert les talents de Khalid Safir, quand il s’occupait des finances du port de Casa. Rappelons que c’est cette même équipe, à la même époque, qui avait repéré les capacités hors normes d’un Chakib Benmoussa.Kabbaj l’a emmené avec lui aux Finances, avant de le «céder» à la Trésorerie générale, où il a eu, entre autres, à trouver une solution moralement acceptable et financièrement viable au sur-endettement de certains fonctionnaires, via les offres irrésistibles des sociétés de crédits à la consommation.


Dryef, un fonctionnaire hors norme

Dans ce mouvement, il y a aussi un des grands anciens. Le ministère de l’Intérieur a dû rappeler Mhamed Dryef que le Souverain a nommé wali de Laâyoune, un endroit difficile, «casse-gueule», qui ne tente personne, dit-on. Dryef remplace Draiss Charki, parti à la tête de la DGSN pour succéder à Laânigri.En fait, Dryef sort d’un placard (qu’efface d’ailleurs sa nouvelle biographie officielle), d’où il pensait prendre sa retraite (il est né en 1948). On connaît peu sa culture tout à fait exceptionnelle et son sens très sûr du beau et de l’art: ce sont pour lui des joies intimes. Mais ,à Laâyoune, il faut espérer qu’il les fera partager: l’urbanisme, l’architecture de cette ville sont d’une laideur renversante. Dryef a un autre talent caché qui sera vital pour la région: savoir négocier, savoir arranger les choses et réconcilier les gens tout en restant dans la plus stricte légalité. Ce sens de «l’administration politique» servait beaucoup et était même essentiel au moment de la construction de l’Etat. Il est moins utile aujourd’hui, sauf dans des situations comme celle du grand sud où, avec la proposition d’autonomie, Laâyoune sera de plus en plus la ville phare. La mission du wali sera focalisée sur le développement économique et une véritable restructuration urbaine: il n’est pas impossible, quoiqu’on ne le dise jamais, qu’une partie des difficultés sociopolitiques de la ville (contrairement aux autres villes de la région) viennent aussi d’une conception détestable de l’espace et de la hideur déprimante de la plupart des bâtiments. Rappelons que Dryef a aussi été directeur de l’urbanisme, de l’architecture et de l’aménagement du territoire, quand ce département dépendait du ministère de l’Intérieur. L’expérience de ce commis de l’Etat sera déterminante pour la ville. Il a été wali de Fès, de Casablanca (où il avait succédé à Driss Benhima). Il a même été DG de la DGSN. A Laâyoune, il sera secondé par Hamid Charia, gouverneur chargé du secrétariat général de la wilaya.Mohamed CHAOUI

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