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vendredi 31 octobre 2014,
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France: La mort de Brahim Bourham

   

De notre correspondant à Paris
Jean GUISNEL

Poussé dans la Seine par des Skinheads, un Marocain de 29 ans meurt noyé lors d'une manifestation du Front National, un premier mai.


Un Marocain de 29 ans, Brahim Bourham, immigré régulier en France et dont le titre de séjour allait être incessamment renouvelé, a trouvé la mort le 1er mai, jeté puis noyé dans la Seine par des Skinheads se trouvant à la fin de la manifestation du Front National, le 1er mai à Paris.
Sans que les passants réagissent, ce commerçant qui travaillait avec sa famille dans leur épicerie parisienne, a été tué pour la simple raison que sa peau n'était pas de la même couleur que celle de ces jeunes fascistes qui, dans toute l'Europe, mais essentiellement en Allemagne et en France, "chassent" les immigrés, brûlent leurs foyers, leur interdisent de vivre normalement dans leurs pays d'accueil.

Responsables, selon la Commission Nationale Consultative des Droits de l'Homme, de la majorité des attentats racistes commis en France, les jeunes Skinheads, hyperviolents, repus de bière et de haine raciale, sont les principaux responsables des crimes racistes commis en France. Très proches du Front National, ils en animent les fins de cortège, sous les yeux souvent indulgents des militants plus traditionnels. Devant ce nouvel assassinat, qui fait suite au meurtre d'un jeune Comorien à Marseille par des colleurs d'affiches du Front National, M. Mohamed Berrada, ambassadeur du Maroc en France, a reçu les proches de la victime, en l'absence de sa mère et de son frère effectuant le pèlerinage à La Mecque. Ce crime raciste a amené l'Association des Travailleurs Marocains en France à dénoncer "la barbarie dont l'extrême-droite est le fer de lance", et à souligner "la gravité de la montée de l'intolérance, de la xénophobie et du racisme".

Un thème ancré en politique


L'immigration n'a pas constitué un thème de la campagne présidentielle en France, mais déjà le score du leader d'extrême-droite Jean-Marie Le Pen, au soir du premier tour du 23 avril, avait souligné combien cette absence était superficielle.
Avec plus de 15% des suffrages -et plus de 20% si l'on y ajoute le score du traditionnaliste catholique et anti-européen Philippe de Villiers, Le Pen pouvait en fait se féliciter d'une entrée par la grande porte dans la vie politique française. Car en réalité, le thème de l'immigration et la haine de l'étranger qui le sous-tend sont désormais très ancrés dans la vie politique française. Et Le Pen, son score en témoigne, est parvenu, en une dizaine d'années, à faire en sorte que cet élément n'ait même plus besoin d'être discuté dans une campagne présidentielle, le jour où les citoyens mettent leur bulletin de vote dans l'urne.

Le démagogue le plus populaire de l'après-guerre en France n'a donc pas craint, certain de ne pas susciter de vagues massives et de ne pas être pour autant interdit de télévision, de minimiser à outrance l'assassinat du jeune Marocain en le qualifiant d'"incident"; il a également plaisanté, habitué à ce genre d'exercice en ce type de circonstances, sur le fait que le Front National "n'est pas responsable de la police des berges de la Seine". Sinistre plus grave sans doute: tout en se défendant de vouloir "récupérer" les voix de l'extrême-droite dont ils ont chacun besoin pour gagner au second tour, le 7 mai, Jacques Chirac et Lionel Jospin se sont tous deux empressés de rappeler à quel point ils sont attachés au scrutin législatif proportionnel, celui-là même qui constitue la principale revendication de Le Pen, car il lui permettrait de faire entrer une centaine de ses représentants au Parlement.

Comme Malik Oussekine


A quel point la mort de Brahim Bourham peut-elle faire changer le vote des électeurs? On sait comment, souvent, un élément de dernière minute peut faire évoluer un scrutin. Même si, très largement, les Français opposés aux thèses racistes se retrouvent dans l'électorat de gauche, les très fermes positions de Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen, qui lui voue désormais une haine inexpiable, peuvent jouer en sa faveur chez ceux des électeurs qui veulent barrer la route à l'extrême-droite.
A l'heure où nous écrivions ces lignes, il était trop tôt, bien sûr, pour connaître les résultats de la grande manifestation organisée le mercredi 3 mai en mémoire de Brahim Bourham. Mais il est clair que cet assassinat laissera des traces, sans doute aussi fortes, sinon davantage, que la mort d'un autre Maghrébin, l'Algérien Malik Oussekine, lors des grandes manifestations étudiantes de 1986. Mardi soir, lors du grand débat d'entre-deux-tours qui les a opposés à la télévision, les deux candidats ont consacré un bon moment à parler de cette question de l'immigration et du droit de la nationalité, tous deux s'opposant sur le droit du sol -tradition française voulant que tout homme né sur son sol soit Français- et le droit du sang, théorie des parts les plus conservatrices de la société française, assortissant la possession de la nationalité française au fait d'avoir reçu la vie de parents français. Même si la campagne électorale les a ignorés, l'immigration, le racisme, le droit de nationalité restent des thèmes de la vie politique française.