Dossiers

Coopération militaire franco-marocaine : L'industrie navale attend des commandes

Par L'Economiste | Edition N°:228 Le 02/05/1996 | Partager

L'étroitesse des liens entre les militaires français et marocains est aujourd'hui bien visible, sur les points de tension les plus chauds de la planète. C'est ainsi que les troupes marocaines ont récemment pris la relève, sur le Mont Igman non loin de Sarajevo, des chasseurs alpins français qui avaient hiverné dans cette zone particulièrement rude et inhospitalière. En visitant, il y a peu, à Lille, la salle de commandement de l'état-major du 3ème corps d'armée français qui fournit actuellement l'ossature des forces françaises engagées dans l'Implementation Force dirigée par l'OTAN, le ministre français de la Défense Charles Millon a pu constater que la présence des unités marocaines est bien indiquée sur les tableaux d'effectifs, aux emplacements qui leur ont été assignés et avec leurs équipements. Il s'agit de matériels de très bon niveau dont des chars à roues AMX-10 RC -dont plusieurs dizaines d'exemplaires équipent l'armée marocaine- et des véhicules de transport de troupes VAB 6x6. A noter, à propos de ces derniers véhicules, que les soldats marocains sont mieux dotés que leurs homologues français, qui ne disposent que de VAB 4x4 nettement moins performants. Mais quand ces matériels étaient sortis, il y a déjà plusieurs années, le Royaume avait choisi de s'équiper du haut de gamme à six roues, quand les Français, pour des raisons budgétaires, devaient se contenter de quatre roues... Sur les difficiles terrains de montagne bosniaques, boueux et cahoteux à souhait, les 6x6 seront nettement préférables! A noter que le soutien apporté par les troupes marocaines en Bosnie est très apprécié des militaires français, qui notent avec satisfaction que l'appui de leurs collègues marocains ne leur fait jamais défaut dans les opérations extérieures qu'ils doivent conduire.

Présence de coopérants militaires 229

La prochaine visite de Sa Majesté le Roi Hassan II en France pourrait être marquée, entre autres, par une importante commande de matériels militaires. C'est à tout le moins ce qu'attendent les employés des Chantiers de l'Atlantique, à Saint-Nazaire, qui espèrent à cette occasion voir leur carnet de commandes se remplir. Si les dernières tractations commerciales aboutissent, le Maroc pourrait se porter acquéreur de deux bâtiments de guerre, des frégates de type Floréal déjà en service à six exemplaires dans la marine nationale. Ces navires spécialement adaptés à la surveillance de la zone de souveraineté peuvent être puissamment armés -de missiles Exocet, en particulier- et embarquent un hélicoptère. Ils apporteraient un renfort particulièrement significatif aux unités navales, dont certaines, très modernes, viennent d'être acquises par le Maroc en France, et sont destinés à renforcer le contrôle des pêches. La défense des intérêts nationaux dans la zone économique exclusive, qui a fait l'objet d'un accord récent entre le Maroc et l'Union Européenne concernant les activités des pêcheurs espagnols, exige des moyens de surveillance développés et militairement significatifs.
La coopération militaire se traduit souvent par des achats d'armement, De ce point de vue, le Maroc s'est largement équipé en France, qui partage avec les Etats-Unis la plupart de ses commandes. Il est probable que la visite à Paris de Sa Majesté le Roi sera marquée à nouveau par des discussions sur l'achat d'équipements militaires modernes autres que les frégates Floréal. Certaines négociations seront marquées du sceau de la plus extrême discrétion, comme c'est classique et habituel dans toutes les circonstances. Il ne paraît toutefois pas envisageable que les deux Etats reviennent sur l'achat par le Maroc de plusieurs Mirage 2000, comme cela avait autrefois été envisagé, avant d'être abandonné pour des raisons économiques. On sait bien à Paris que les priorités actuelles du Royaume portent davantage sur la résorption de la dette extérieure -dont 25 milliards de Francs dus à l'Etat et aux entreprises françaises- qu'à l'acquisition de nouveaux matériels militaires. Pour autant, les liens militaires demeurent très forts et sont marqués par une présence significative de coopérants militaires français, aussi bien auprès de l'armée de terre, de l'armée de l'air que de la marine.

Il faut noter également, pour ne pas oublier la touche sentimentale et historique, que les Français n'oublient pas le soutien qui leur fut apporté par les troupes marocaines lors des deux guerres mondiales. Cinq régiments de tirailleurs marocains avaient subi 34.000 tués entre 1914 et 1918, et les combattants marocains furent héroïques pendant la campagne d'Italie, à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ce souvenir est perpétué par le premier régiment de tirailleurs reconstitué il y a quelques mois à Epinal, dont il est acquis qu'il ne sera pas concerné par les mesures de dissolution qui vont prochainement toucher plusieurs dizaines de régiments de l'armée de terre. Sans aucun doute, la longue histoire de coopération militaire entre la France et le Maroc n'est-elle pas terminée...

Jean GUISNEL

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc