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vendredi 31 octobre 2014,
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CHU Avicenne: L'aménagement de la réanimation bloque depuis 10 ans

   
. Pourtant, depuis 1990, le projet a été approuvé par plusieurs CA et avalisé par au moins quatre ministres de la Santé. Son initiateur a “harcelé” les responsables pour le concrétiser. Rien à faire, la machine administrative est grippée
Un cas d'école en matière de lenteur administrative. Un projet de réaménagement du Service de réanimation médicale au CHU Avicenne de Rabat traîne depuis plus de 10 ans. Pourtant, il a été adopté à maintes reprises par les instances du CHU (Conseil d'Administration et Conseil de gestion) et avalisé par au moins 4 ministres qui se sont succédé au Département de la Santé. L'initiateur du projet, le Dr. Omar Kerkeb, chef de service d'urgences et de réanimation médicale a dû faire un véritable parcours de combattant pour réaliser son idée, mais en vain. Pendant dix ans, il n'a cessé d'adresser lettres et doléances aux différents responsables pour donner suite à son projet. Son action, qui frôlait parfois le harcèlement, n'a rien pu contre une machine administrative grippée. Aujourd'hui, il en a ras-le-bol. “Il n'est plus question en ce début du 21ème siècle d'abriter un service de réanimation dans des locaux exigus, lugubres et insalubres”, martèle-t-il. Les locaux dont il est question ont été affectés à la réanimation médicale en 1954. Faute d'extensibilité, ils n'ont connu aucune amélioration.Le projet de M. Kerkeb, élaboré en 1989, consiste à transférer le service dans un nouveau bâtiment plus spacieux “répondant aux critères de fonctionnement d'une réanimation médicale moderne” en termes de capacité litière, de matériel et rapports aves les autres services. Il a été présenté en premier au ministre de la Santé à l'époque, M. Taïeb Bencheikh, actuellement président du groupe RNI à la Chambre des Représentants. Celui-ci donne son aval au projet qui sera entériné par le Conseil de gestion de l'Hôpital en novembre 1990.Le Dr. Kerkeb devra patienter pendant deux ans avant de voir l'Administration du CHU procéder au réaménagement du service, mais dans les mêmes locaux. Le service est devenu plus propre, mais d'un point de vue fonctionnel, les besoins et problèmes sont restés les mêmes. Selon Dr. Kerkeb, le lifting du service a eu un effet inverse de ce qu'il devait produire puisqu'il a retardé l'application de la résolution du Conseil de gestion de 5 ans. Pendant cette époque, c'était M. Abderrahim Harouchi qui chapeautait le Département de la Santé. Il est d'ailleurs le seul ministre qui n'a pas été saisi de la question.Dr. Kerkeb revient à la charge en 1997 et demande au nouveau ministre de la Santé, M. Ahmed Alami, de réactiver le projet. Le ministre donne son accord et soumet le document, à nouveau, au Conseil d'Administration qui l'approuve en avril 1997. Plusieurs scénarios ont été prévus pour la concrétisation du projet et le Ministère donna son accord pour le financement. Toutefois, le départ de M. Alami rejettera le projet dans les oubliettes.Le Dr. Kerkeb marque une pause avant de ressaisir de nouveau, M. Abdelouahed El Fassi. Celui-ci chargera le secrétaire général du Ministère d'étudier la faisabilité du projet. Une commission constituée à cet effet recommandera la construction d'un nouveau local et la fusion entre le service de réanimation médicale et celui des urgences. Seulement, cette recommandation nécessitait l'approbation des instances du CHU. Elle sera adoptée en fin de compte le 4 mai 2000. La construction devra être inscrite dans le budget transitoire du 2ème semestre 2000. Le montant de la construction a été estimé à 6 millions de DH. Cette enveloppe ne sera jamais débloquée. Car un vice de procédure dans le choix de l'architecte retardera encore une fois l'échéance. Le remaniement ministériel de septembre 2000 n'était pas pour arranger les choses. Le Dr. Kerkeb devait présenter à nouveau tout son argumentaire pour convaincre le nouveau ministre de la Santé, M. Thami El Khyari. La réaction de celui-ci sera rapide et positive. A peine deux mois après sa désignation à la Santé, il ordonne, lors d'une réunion du Conseil de Gestion en novembre 2000, la réactivation du projet. L'appel d'offres a été lancé et l'architecte choisi en janvier 2001. Quatre mois plus tard, personne ne parle du projet Kerkeb. Ce dernier craint que la construction du nouveau local de réanimation ne soit renvoyée aux calendes grecques. Il souhaite ne pas avoir à recourir à un 6ème ministre de la Santé.
Douze lits pour la réanimation médicale

. Les infections hospitalières à l'origine de près d'un quart de décès dans ce service
C'est l'exiguïté qui pose problème au Service de Réanimation Médicale (SRM) d'Avicenne. Le local n'étant pas extensible, le service ne dispose ni d'une salle de nettoyage et de décontamination du matériel ni de salles d'isolement. Comateux, malades contagieux et malades sous appareils cohabitent dans la même salle. Celle-ci ne contient d'ailleurs que 12 lits, constamment occupés à 100%. Le SRM, qui reçoit en moyenne 7 demandes d'admission par jour, est difficilement accessible pour les nouveaux malades. Ces derniers sont souvent soignés sur site. Quand cela n'est pas possible, ils restent exposés à la mort à tout moment surtout que leur état est généralement grave. Selon M. Kerkeb, la surface utile pour un lit de réanimation doit être de 25 m2. Au SRM d'Avicenne, elle est de moins de 10 m2. Dans ces conditions, les maladies infectieuses hospitalières (c'est-à-dire celles que le patient attrape à l'hôpital) trouvent un terrain fertile pour se développer. Normalement, le taux d'infection dans les services de réanimation est de 10 à 15% (en France par exemple). A Avicenne, il est au moins de 30%. Dans le SRM, le risque d'aggravation est encore plus grand. A plusieurs reprises, des épidémies ont été déclarées (taux d'infection de 100%) et le SRM mis en quarantaine. Cela s'est déjà produit en 1999 et 2000.Ces infections hospitalières sont à l'origine de près du quart des cas de décès dans le service. En plus, leur traitement se fait via des antibiotiques qui coûtent très cher. Pour le Dr Kerkeb, le SRM est entraîné dans un cercle vicieux: local exigu et indigent, le risque de contamination toujours présent et les infections sont plus résistantes. Le service se trouve constamment confronté à l'éventualité d'une épidémie ravageuse faute d'antibiotiques efficaces. Pourtant, pour lui, la solution est simple: plus d'espace pour disposer de chambres individuelles et de couloirs d'isolement et surtout pour installer plus de lavabos.Omar MAKHFI