Affaires

Ces managers qui montentJamal Chaqroun: Gérer des hommes, il l'a appris avec sa bande de copains

Par L'Economiste | Edition N°:1156 Le 03/12/2001 | Partager

. A 24 ans, il intègre le groupe Holmarcom, qui appartient à son beau-père. Neuf ans après, il lance sa propre affaire, GD Holding . Le fils de Amina Rachid est aussi instructeur de Taijitsu Sourire au coin des lèvres, débit vocal assez rapide, Jamal Chaqroun donne l'impression d'être bien dans sa peau et sûr de lui. Mettre en confiance ses partenaires et clients semble être pour lui un jeu d'enfants. La grande pièce qui lui sert de bureau est meublée et décorée avec goût. Plusieurs petits salons en cuir sont disposés à côté de l'imposante table de travail. L'aspect avenant de ce jeune manager contribue à renforcer l'image sympathique qui se dégage de sa personnalité. Sa démarche alerte et dynamique laisse supposer qu'il pratique du sport. Il est en effet instructeur de Taijitsu , un art martial proche du karaté. La chasse et la moto font également partie de ses hobbies. C'est peut-être pour cela qu'il ne fait pas ses quarante ans. Mais avant toute chose, c'est son travail qui le passionne. Il y consacre le plus clair de son temps. Jamal Chaqroun se rend tous les jours à son entreprise dès 6h30 du matin et ne rentre chez lui que vers 20h30. Pour lui, les journées de 14 heures sont monnaie courante. Pas question d'arriver en retard: ce serait donner le mauvais exemple à ses employés. «Pour être aussi matinal, je me couche le plus tôt possible», confie-t-il, tout en regrettant que ce rythme effréné l'empêche de passer suffisamment de temps avec ses trois enfants, deux filles de 12 et 10 ans, et un garçon de quatre ans. «Je ne les ai pas vus grandir», dit-il sur un ton triste.Cette passion pour le travail, Jamal Chaqroun l'a depuis son plus jeune âge. Il obtient son baccalauréat au Lycée Descartes en 1979, avec des notes «suffisamment honorables» pour lui permettre d'intégrer après un passage par la faculté d'ASSAS (Paris II) l'Ecole Supérieure de Commerce de Paris. En 1984, à l'âge de 23 ans, il est déjà titulaire du diplôme de l'une des plus prestigieuses écoles de commerce françaises. Il ne s'arrêtera pas en si bon chemin et décide de poursuivre ses études aux Etats-Unis. Il s'envole alors pour le Texas, et entre à l'Université de Dallas, où il lui faudra trois ans pour obtenir un MBA (Master of Business Administration) en management international et finance. Son séjour dans le pays de l'Oncle Sam le marquera profondément et lui donnera envie de se lancer le plus vite possible dans les affaires. «L'initiative privée y est largement privilégiée. C'est un pays où l'on peut réellement mettre en exergue ses capacités entrepreneuriales», affirme-t-il. Après avoir achevé ses études en 1986, il ne songe pas à rester aux Etats-Unis. C'est le Maroc qui l'attire. «Ce pays formidable renferme énormément d'opportunités. C'est dommage qu'il y ait encore autant de pesanteurs administratives», dira-t-il. De retour au pays, il intègre immédiatement le groupe Holmarcom, dont le président n'est autre que son beau-père, Feu Abdelkader Ben Salah. De ce lien de parenté, il ne pipera pas mot. Ce dernier lui confie d'abord la direction des filiales, avant de mettre entre ses mains la destinée de tout le groupe. «Mon expérience à Holmarcom a été passionnante à tous les points de vue. Feu Abdelkader Ben Salah était un véritable visionnaire. Ce baron de l'industrie marocaine m'a fait confiance en m'introduisant dans le milieu des affaires par la grande porte. Je pense le lui avoir bien rendu». Après neuf ans, il quitte Holmarcom et crée en 1995 sa propre entreprise: GD Holding (General Development Holding). Il a alors 35 ans. «C'est avec la conviction du devoir accompli que j'ai quitté le groupe. Mais il fallait que je canalise mon énergie débordante vers d'autres activités». Ceux qui le connaissent de près disent qu'il sentait que le moment était venu de passer la relève à son beau-frère, après son retour de France. En sept ans, GD Holding a grandi. Aujourd'hui, ce groupe compte une douzaine d'entreprises et emploie pas moins de 2.000 personnes. Il est présent dans les services aux entreprises, les nouvelles technologies, le montage industriel, la gestion de la logistique, le négoce international et l'immobilier. «Chaque entreprise est spécialisée dans son métier et possède un partenaire professionnel et technique parmi les leaders mondiaux ou européens. Certaines de nos entreprises sont même les seules dans leur secteur à être certifiées ISO 9002», affirme-t-il non sans fierté. Et d'ajouter: «L'essentiel de nos réalisations s'appuie sur une très forte cohésion de nos équipes de collaborateurs». De son adolescence, il garde un excellent souvenir. Il a grandi dans un environnement familial «fortement épris de culture et de curiosité intellectuelle», dira-t-il. Mais il ne précisera pas que sa mère est la célèbre comédienne Amina Rachid, ni que son père a dirigé la RTM. L'esprit d'entreprise, il affirme l'avoir depuis qu'il était déjà très jeune, malgré le fait que ses parents n'aient rien à voir avec le monde des affaires. «A l'école, je voulais déjà régenter les jeux de mes camarades. Ensuite au lycée, j'étais souvent le chef de la bande de copains», se souvient-il.


Avec sa belle-famille, il réorganise Holmarcom

Le groupe Holmarcom doit beaucoup à Jamal Chaqroun et à sa belle-famille. Avec feu Abdelkader Ben Salah (décédé en 1993), ils entreprend un travail de réorganisation pour faire du groupe un ensemble industriel moderne. Ce dernier est constitué d'une quarantaine d'entreprises parmi lesquelles Orbonor, Céréales, le Comptoir de l'Electroménager, le Comptoir de l'Industrie, Atlanta, le Carton, Otis-Maroc et Les Frigos de la Mamora. Quand Jamal Chaqroun s'en va pour créer GD Holding, ce sont sa femme Meryem et son frère Hassan Ben Salah qui poursuivront le travail de modernisation lancé par leur défunt père.



«Un entrepreneur qui affirme ne pas faire d'erreur est un icone»

- L'Economiste: Que pensez-vous des associations professionnelles, des syndicats, de la politique?- Jamal Chaqroun: Les associations professionnelles sont nécessaires à la dynamisation de l'environnement économique et social, mais certaines d'entre elles ont malheureusement de plus en plus tendance à politiser leurs discours, ce qui nuit à la clarté et à la transparence des débats, car la polémique ne fait pas partie de leurs prérogatives de base. Les syndicats doivent renouveler leurs discours et surtout mettre en place les bases d'un dialogue constructif conforme au nouvel ordre économique et à la réalité des entreprises. Le côté revendicatif ne peut être intéressant et avoir des chances de réussite que s'il sert concrètement les intérêts des travailleurs, en adéquation avec la réalité du tissu industriel et commercial. Les syndicats patronaux également doivent savoir dialoguer et parfois rester fermes sur leurs positions quand le consensus n'est pas possible. Nous observons parfois que la recherche du consensus devient une fin en soi alors qu'il peut être nécessaire parfois de maintenir des positions tranchées pour sauvegarder l'emploi de demain. Consensus ne doit en rien rimer avec compromission. Le politique est une vocation et à ce titre, elle doit être vécue par des gens ayant le sens de l'intérêt générale améliorant ainsi la perception du politique auprès du citoyen. A part quelques hommes de conviction et d'action, on ne peut pas dire que ce soit la panacée de notre univers politique actuel et pour cela il n'y a qu'à voir l'échec de la démocratie locale (élus communaux...). - Si chacun des trois ministres, Youssoufi, Oualalou et Abbas El Fassi voulait vous faire un cadeau, lequel choisiriez-vous? - Je demanderais à Youssoufi de modifier le mode de scrutin électoral, afin de pérenniser l'avenir démocratique du pays. A Oualalou, je demanderais de s'éloigner un tant soit peu de cette orthodoxie des équilibres macroéconomiques, afin de laisser les différents acteurs économiques donner libre cours à leur imagination. Abbas El Fassi devrait pour sa part faire preuve d'un véritable courage politique en faisant en sorte que le code du travail soit présenté et voté. - Quelle erreur ne referiez-vous pas dans votre parcours professionnel?- Réagir trop vite par rapport au contexte social qui aurait voulu à un moment donné, pour faire dans le «financièrement correct», licencier massivement pour maintenir l'équilibre financier. Ce que j'ai refusé de faire dans la précipitation. Mais ce qui a été considéré comme une bravade par mes actionnaires était en fait de ma part un acte de foi dans le maintien de l'emploi. Mais ceci est de l'histoire ancienne. Aujourd'hui, tout est rentré dans l'ordre. Un entrepreneur qui affirme ne pas faire d'erreur est un icone ou un fieffé prétentieux. L'essentiel est de ne pas rééditer ses erreurs. - Voudriez-vous que l'on aille plus vite ou plus lentement dans l'accord d'association avec l'UE? - Ni plus vite, ni plus lentement. Les échéances sont fixées et malheureusement, tous les efforts ne sont pas mis en oeuvre pour accélérer la cadence de notre mise à niveau. Cet état de fait est d'ordre culturel: nous ne réagissons que dans l'urgence. Alors, comme d'habitude, une fois au pied du mur, nous finirons par y croire. Ce sera certainement trop tard pour beaucoup d'entreprises qui ne se seront pas remises en question plus tôt au niveau social, industriel, logistique, commercial, financier et surtout humain. Propos recueillis par Nadia BELKHAYAT

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