Politique

Benhima dans le nord: Une option stratégique

Par L'Economiste | Edition N°:1485 Le 27/03/2003 | Partager

. Le nord est devenu une «zone de risques majeurs» à l'échelle internationale. Benhima y est envoyé pour redresser et faire jouer la «capillarité» dans le bon sens. De nombreuses réactions de regret pour son départ de CasablancaLes réactions se sont succédé très rapidement, hier, auprès de la Rédaction de L'Economiste: les Casablancais regrettent hautement le départ de leur wali. Quelques réactions s'inquiètent de savoir s'il aurait été victime des «cabales que la grande ville sait mener contre ceux qui veulent la faire changer» pour entrer dans la gestion moderne. Driss Benhima, wali du Grand Casablanca, a été nommé hier 26 mars 2003, directeur général de l'Agence du Nord, de son nom exact, Agence pour la Promotion et le Développement des Provinces et Préfectures du Nord. Benhima prend donc les responsabilités de Hassan Amrani, qui avait été nommé wali de Rabat-Salé. A Casablanca, c'est M'hamed Dryef qui le remplace.On se tromperait si l'on pensait que Benhima trouve un nouveau poste de tout repos: c'est au contraire un endroit stratégique, et dont l'importance va aller en croissant dans le monde contemporain. En effet, le nord du Maroc aurait dû être l'endroit par lequel la capillarité joue positivement. Or, non seulement, ce n'est pas ce qui s'est produit depuis trente ans, mais au contraire, le nord est devenu une plate-forme de trafics en tout genre, lesquels gênent considérablement le développement. La dérive est devenue telle qu'à cause de cela, le nord du Maroc est cité comme une zone de «risques majeurs»: les trafics de drogue et d'êtres humains peuvent évoluer vers des trafics d'armes et le transit de réseaux terroristes. Benhima s'était fait les dents sur les «petites mafias casablancaises» du transport de voyageurs, de l'immobilier et du commerce de la viande. Il va trouver plus à son envergure dans le nord. Mais il ne jouera pas que sur ce terrain. La capillarité, en économie, est ce phénomène qui fait qu'une zone voisine d'une région développée, se développe aussi. Ce qui a très bien fonctionné au Mexique, en Espagne, en Italie… n'a pas marché au Maroc: la fulgurante croissance de l'Espagne n'a pas tiré le nord du Maroc. Au contraire, la récurrence des grincements de dents, des deux côtés du Détroit, montre que le nord est parti dans la mauvaise direction. Or, dans le monde d'aujourd'hui, les récents évènements montrent parfaitement que l'on peut avoir les pires ennuis avec tout ou partie de la communauté internationale, pour les manquements (avérés ou subodorés) à la sécurité collective. Pour le nord, et pour le reste du Maroc, il était temps de changer de régime et de façon de faire. Mais il y a peu de personnalités capables de concevoir, puis de faire ce genre de travail.Quant à M'hamed Dryef, c'est une personnalité très différente de son prédécesseur. Il a la réputation, acquise dans l'ombre de Driss Basri, d'être un «sécuritaire», ce qui n'est peut-être pas tout à fait exact: dans le lot des cadres du plus célèbre des ministres de l'Intérieur, Dryef faisait un peu «vilain petit canard» ou plus sérieusement, pas exactement du même profil que les autres. C'est peut-être ce qui lui avait valu d'échapper à ce que l'on a appelé «le renouvellement des cadres» après le départ de Basri.Ce qui est quasi certain, c'est que le nouveau wali ne sera pas porté comme l'était Benhima, à mobiliser la population en communiquant, en expliquant sans cesse ce qui est en train d'être fait. Ce qui doit être retenu c'est que la vision de Casablanca telle que l'a élaborée Benhima, restera le fil directeur, car en réalité, il n'y en a pas d'autre possible, sauf à régresser.

Dryef succède à Benhima

M'hamed Dryef, que le Souverain a nommé nouveau wali de la région du Grand Casablanca à la place de Driss Benhima, est un produit du ministère de l'Intérieur. Avant sa nomination, il occupait le poste de directeur général des Affaires intérieures à l'administration centrale de ce ministère. Et ce depuis janvier 2000.Dryef est né en 1948 à Aïn Bouharrouch. Titulaire d'un diplôme de l'Ecole nationale de l'administration publique (ENAP) puis d'un doctorat en droit, il a exercé les fonctions de chef de cabinet du secrétariat d'Etat à l'Urbanisme et du ministère de l'Intérieur, avant d'être nommé gouverneur de la province de Benslimane en 1989, puis gouverneur, directeur de l'Agence urbaine du Grand Casablanca (la seule agence qui reste sous la tutelle de l'Intérieur). Après avoir exercé les fonctions de directeur général de la Sûreté nationale et de l'Urbanisme, il fut investi par Feu Hassan II dans les fonctions de wali de Fès et gouverneur de Fès Jdid-Dar Dbibagh de 1991 jusqu'à 1998, date à laquelle il a rejoint l'administration centrale du ministère de l'Intérieur, en qualité de wali. . Mansouri rentre à l'Intérieur Mohamed Yassine Mansouri, nommé wali, directeur général des Affaires intérieures à l'administration centrale du ministère de l'Intérieur, est réputé discret. Ses sorties médiatiques sont très rares. Né le 2 avril 1962 à Bijaâd, Mansouri dirigeait jusqu'alors la MAP. Il y était depuis novembre 1999. Après des études secondaires au Collège Royal de Rabat, il a obtenu une licence en droit en 1983 et deux diplômes d'études supérieures en droit public. Yassine Mansouri a effectué entre 1987 et 1999 un long stage au ministère de l'Information et celui de l'Intérieur. De novembre 1999 à décembre 2001, il a occupé le poste de président de la Fédération des agences arabes de presse (FANA). Depuis mars 2002, il assure la présidence du pool des agences de presse des pays de l'Union du Maghreb Arabe (Pool-UMA). N.S.



Carrière rare

Quand il était jeune, son père préférait le mettre à l'école militaire pendant les vacances plutôt que de le voir «perdre son temps à jouer«. Moyennant quoi, Driss Benhima ne sait pas faire grand-chose d'autre que «bosser« et y prendre plaisir. Polytechnicien et ingénieur des mines, il est tout naturellement entré à l'OCP à 24 ans en 1978: l'Office était l'endroit où se fabriquait les hauts cadres du Maroc. Ingénieur d'exploitation, c'est-à-dire sur le terrain, il monte diverses autres activités à côté de ses responsabilités professionnelles: festival, équipe de foot… Il se frotte à l'autorité de Mohammed Karim-Lamrani, puissant patron de l'OCP, plusieurs fois Premier ministre, et quitte l'OCP (sans faire claquer les portes, mais c'est tout comme) pour diriger Air Liquide Maroc (qui s'appelait encore la SMOA), où sa famille a une toute petite participation. Dès le milieu des années 80, il pressent l'arrivée de la mondialisation: à l'OCP et Air Liquide, il s'attache aux démarches qualité, aux changements dans le management, à la concurrence… Il reste peu de temps à Air Liquide, car il est proprement réquisitionné pour l'ONE. L'électricité allait très mal: surendetté, pas payé par les administrations et les puissantes régies… l'Office en était à devoir couper l'alimentation des industries. Benhima avec Fassi-Fihri (aujourd'hui à l'ONEP) et Amar Drissi (parti dans le consulting international) redresse la barre en une année. Ce qui lui vaut une collection d'ennemis dans le monde interlope des collectivités locales. Parallèlement, il monte le plus gros programme mondial de production déléguée à Jorf Lasfar. Dans les deux derniers gouvernements Filali, avant l'alternance de Youssoufi, Benhima a été ministre du Tourisme, de l'Energie, des Mines et du Transport. Il n'a pas changé grand-chose dans les transports: ce n'est que maintenant que le secteur va vraiment muer de peau avec l'accord européen et le contrat-programme. En revanche, Benhima a lancé la réforme de l'exploration pétrolière. Il a aussi cassé le système sur lequel vivotait le tourisme, en provoquant un changement de hauts cadres dans le ministère, ce qui a ouvert la porte au contrat-programme.En juillet 2001, il quitte l'ONE pour la wilaya de Casablanca, à l'occasion de la nomination de la «dream team« des walis. Il y a quelques jours, Behmina lançait cette boutade: «Ceux qui militent pour me faire partir, vont avoir bien pire que moi pour me remplacer«. Dryef ne porterait-il pas bien son nom?

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