Société

Affaire Tahiti Club
L’imbroglio des hommes de paille

Par L'Economiste | Edition N°:2454 Le 31/01/2007 | Partager

. Hautes directives pour activer l’instruction. Certains témoins entendus vendredi dernierL’affaire de Tahiti Club (cf. www.leconomiste.com) pourrait connaître de nouveaux rebondissements au cours des prochains jours. Selon nos informations, des directives au plus haut sommet de l’Etat ont été données pour activer l’instruction judiciaire sur ce dossier. Homme du palais ou pas, Hicham Sedki ne devrait pas bénéficier selon ces directives d’un traitement de faveur. Rappelons que Sedki est mis en examen pour escroquerie, faux et usage de faux et abus de confiance dans l’affaire Tahiti Club. L’auteur de la plainte n’est autre que Saâd Benkirane, fils d’Ahmed Benkirane, ex-vice président de la CGEM. Outre Saâd Benkirane, qui accuse Sedki de lui avoir subtilisé la société la Compagnie des Plages, un autre investisseur, et pas des moindres puisqu’il s’agit du prince My Youssef, cousin du Roi, est également en litige avec le même Sedki. Selon une source proche du dossier, «Sedki a refusé de restituer les actions de My Youssef dans la société MIG (Méditerranéen Investment Groupe) qui détient plus de 90% dans la société Blue Invest». Celle-ci dispose de la licence d’exploitation du domaine maritime sur lequel se trouve le Tahiti Club sur la corniche de Casablanca. L’affaire remonte à 2005, lorsque Sedki, alors homme de confiance du prince My Youssef, contacte le fils Benkirane pour que ce dernier reprenne les rennes du Tahiti Club en déconfiture. Pour appuyer sa proposition, Sedki confie à Benkirane qu’il agit pour le compte du prince My Youssef et que ce dernier allait investir 10 millions de DH. Le tout via la société Upline Securities, gestionnaire de patrimoine du prince My Youssef. Benkirane accepte et mise, via sa société la Compagnie des Plages, 17 millions de DH, pour remettre sur pied le complexe balnéaire. Tout se déroule alors très bien jusqu’au début 2006, date à laquelle le prince My Youssef réclame ses parts dans la société MIG à Sedki qui servait d’homme de paille. «A ce moment-là, Sedki avait beaucoup perdu de sa crédibilité surtout avec l’affaire du Golf de Bouznika (ndlr: voir encadré). Le prince a alors décidé de lui retirer sa confiance et lui a réclamé de restituer les actions qu’il gérait, mais Sedki a tout simplement refusé», souligne la même source. Pour sa défense, Sedki revendique la gestion de fait du Tahiti Club, dans lequel il aurait investi plus de 14 millions de DH durant la période antérieure à 2005. Devant son refus, c’est Amin Belkziz, vice-président d’Upline Securities et ami intime de My Youssef, qui reprend le dossier en main. Il est chargé de convaincre Sedki de restituer les actions qu’il détient dans la société MIG à leur véritable propriétaire. Entre-temps, le scandale de la Compagnie des Plages éclate et Benkirane porte plainte contre Sedki pour escroquerie, abus de confiance et acte de blanc-seing. Mis en examen avec sa femme et trois autres personnes, il sera même détenu préventivement à la prison d’Oukacha. Les trois autres mis en examen sont Nadia Ziane, Mohamed Benouna et Redouane Boujemaâ. Ce dernier est également détenu. Mais l’avocat de Sedki se sert d’une faille dans la procédure de renouvellement de la période de détention préventive pour réclamer et obtenir la libération de son client. Etonnant, puisque seul Sedki bénéficie de cette «faille» de procédure. Boujemaâ se trouvant toujours en prison. Quant à la femme de Sedki, elle est déclarée en état de fuite, puisqu’elle n’a jamais répondu présente aux convocations de la police judiciaire. Actuellement en instruction, le dossier risque de mettre beaucoup de temps avant d’être transféré à la cour pour jugement, eu égard à ses ramifications. Certains témoins ont d’ailleurs été entendus le vendredi 26 janvier. A l’heure où nous mettions sous presse, aucune information ne circulait sur une possible plainte du prince My Youssef ou de ses gestionnaires de patrimoine contre Sedki. En revanche, des sources concordantes ont affirmé que le prince a d’ores et déjà consulté son avocat concernant cette affaire. Aujourd’hui, la justice a carte blanche pour mener à bien son enquête sur une affaire qui comporte plusieurs zones d’ombre. Les magistrats ont en tout cas du pain sur la planche. Comment en effet identifier la nature des rapports entre des associés en litige lorsque certains prennent des hommes de paille pour gérer leur patrimoine? L’imbroglio juridique se corse lorsque ces mêmes rapports sont régis par des conventions secrètes qui sont valables entre les parties, mais qui ne sont pas opposables aux tiers.


Sedki vs Attijariwafa bank

Hicham Sedki n’est pas à ses premiers démêlés avec la justice. Une mystérieuse affaire d’escroquerie l’opposait en 2006 à Attijariwafa bank concernant le Golf de Bouznika (cf. nos éditions du 15 juin et du 3 juillet 2006.www.leconomiste.com). Après avoir été condamnée en première instance pour escroquerie, la première banque privée du Maroc a été innocentée en appel. Sedki n’a pas jugé utile de se pouvoir en cassation et a accepté le verdict rendu par la Cour d’appel de Casablanca. Rappelons que Sedki exploitait en location-gérance le Golf de Bouznika qui appartenait à Attijariwafa bank. La banque l’avait racheté à la société Capri détenue par Hicham Basri, fils de l’ex-ministre de l’Intérieur. Sedki avait porté plainte contre Attijariwafa bank après avoir été interdit d’accéder au site. Naoufal BELGHAZI

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