Société

Le Forum méditerranéen des jeunes leaders s’attaque à l’exclusion

Par L'Economiste | Edition N°:4620 Le 05/10/2015 | Partager
Objectif: faire naître le réflexe du débat
Près de 200 jeunes Marocains et Français échangent sur l’actualité

Près de 200 jeunes Marocains et Français, militants associatifs et citoyens, étaient réunis à Essaouira pour débattre des grandes questions d’actualité, à l’occasion du 1er Forum méditerranéen des jeunes leaders

L’action a été le mot de ralliement. Unanime. Donner la parole aux jeunes et faire naître ce 1er Forum méditerranéen des jeunes leaders constituent une volonté qui a dû murir quelques années. A l’heure où la Méditerranée se cloisonne, devenant un espace de frontières et de fractures, cet événement veut faire naître le réflexe du débat. Miser sur la jeunesse fût alors une évidence. Autre évidence, le lieu. Essaouira qui, comme l’explique André Azoulay, présent au débat, est “une ville de résistance, qui refuse la peur et le repli, et attire tous les continents grâce à la place centrale laissée à la culture. Une culture qui n’est pas seulement esthétique, mais attachée à la pensée”. Des débats animés, dynamiques et chaleureux, qui se sont ouverts sur la question de l’exclusion sociale. Dans la salle, près de 200 jeunes de tous horizons, qui ont en grande majorité un engagement associatif et citoyen, ont nourri les échanges par leurs expériences et leurs espoirs. S’ils n’étaient pas toujours d’accord, la parole a été fluide et libre. Un vrai moment de démocratie. Youssef Chraibi, président du groupe Outsourcia, a soutenu l’intrusion par l’apprentissage des langues, gage d’un meilleur accès à l’emploi. Une réalité. “Pour s’insérer dans l’économie mondiale, il faut maîtriser une langue dont le monde a besoin. Notre éducation mise essentiellement sur les compétences techniques, délaissant le savoir-être, le comportement et les langues étrangères”. Ce chef d’entreprise sait de quoi il parle puisqu’il avoue rejeter 95% des candidatures qu’il reçoit en raison de ces lacunes. Les réactions ont été vives pour d’autres qui défendent bec et ongles ce qu’ils considèrent comme leur identité, leur langue. Mais cette exclusion linguistique, comme cela a été souligné, est aussi nationale. Comment les femmes qui ne parlent que l’amazigh peuvent défendre leurs droits dans un tribunal? Comment ce jeune, qui n’a pas eu accès à l’école ou si peu, peut prétendre à un emploi sans savoir ni lire, ni écrire sa propre langue?
Il fallait alors trouver un visage à cet ennemi que l’on nomme exclusion. “L’ennemi est dans le miroir”, assure le président de l’association marocaine Droit de Cité, Faysal Ziza. Son expérience de terrain lui montre des jeunes qui s’excluent d’eux-mêmes, qui renoncent. “Issus de quartiers populaires, ils ne parlent pas le français et se sentent de fait condamnés d’avance. Il y a comme un blocage en eux, préférant se résigner plutôt qu’apprendre et avancer. L’exclusion existe, oui, mais le plus fort est le sentiment d’exclusion”. Soraya Joudy, l’une des organisatrices de TEDx Casablanca, rebondit en parlant de ces jeunes issus de milieux défavorisés et qui, à force de volonté, se sont construit un avenir. C’est le cas de Youssef, un enfant des bidonvilles de Sidi Moumen à Casablanca, qui a appris seul tous les rouages de l’art et de la mode, ses grandes passions, mais aussi le français et l’anglais en regardant la télévision et via le web dans les cybercafés. Aujourd’hui, il se fait appeler Joseph Ouechen et travaille pour les plus grands magazines de mode du Maroc et étrangers. Autre témoignage marquant, rempli de promesses, celui de Fatoumata Kebe. Cette Française d’origine malienne a tout cumulé. “A chaque nouvelle étape de ma vie, il m’a fallu imposer mon rêve de devenir astronome. Là où l’on ne m’attendait pas, moi qui suis une femme, noire, musulmane et qui a grandi en Seine Saint-Denis. Je regrette que les jeunes autour de moi se sentent exclus très tôt et qu’ils ne croient pas en eux, qu’ils n’aient aucun rêve”. Fatoumata est aujourd’hui doctorante en astronomie à l’Observatoire de Paris...
Le mot de la fin est laissé au plus jeune leader dans l’assistance à l’attention des adultes. “Acceptez-nous comme nous sommes, dans nos différences, et surtout sans hiérarchie sociale”. Un cri du cœur, comme tous ceux lancés pendant ce bien utile forum.

«Renouer le dialogue»

L’espoir de ce 1er Forum. Personnalités émergentes, jeunes chefs d’entreprises ou jeunes leaders politiques… ils sont venus du Maroc et de France à l’invitation de l’ambassade de France au Maroc, de la Fondation Anna Lindh et de l’Union des jeunes euro-maghrébins. Partant du constat que notre jeunesse manque de rôles modèles, et persuadés des bienfaits d’un espace où la parole est offerte, les organisateurs vont ouvrir la seconde édition du forum en 2016 aux jeunes de tous les pays du pourtour méditerranéen.

Stéphanie JACOB

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