Analyse

Abricot
Pourquoi l’industrie n’est plus compétitive!

Les opérateurs nationaux malmenés par les politiques des prix des pays concurrents
Ils sont dépassés par la Grèce et l’Espagne sur les marchés historiques
En 10 ans, la filière a perdu 12 lignes de production

L’abricot marocain ne séduit plus.

L’abricot marocain est loin d’être compétitif car  son prix est plus élevé que la moyenne des fournisseurs de la France. D’autant plus que le Maroc mise tout sur une seule variété: la canino. L’idéal est d’arriver à produire trois variétés: précoce, semi précoce et tardive. Cela permettrait d’étaler la production sur deux mois et donc d’offrir aux industriels une plus grande disponibilité de la matière première

Les exportations de ce fruit qui cartonnaient encore en 2006 sont en berne. La filière, bien menacée aujourd’hui par les abricots grecs, chinois et espagnols enregistre une perte en volume de 5% chaque année depuis 2008. «Et la tendance ne risque pas de changer pour cette année», déplore cet industriel. Si la campagne 2015 semble satisfaisante, c’est du côté des industriels de la transformation que la situation est au plus mal. Rappelons que l’industrie de transformation s’accapare une grande partie de la production pour la transformation en conserve et que ses produits sont destinés essentiellement à l’export. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
L’industrie n’en exporte plus (tous produits confondus) que 12.600 tonnes. Par produit, la pulpe d’abricot enregistre une chute drastique alors que le surgelé s’en sort plutôt bien. Le volume exporté en 2014 (5.500 tonnes) est en hausse par rapport à 2013. Cette exception n’a pu malheureusement influer le volume global des exportations de l’abricot. C’est que le Maroc a perdu des positions sur ses marchés historiques. En France, marché pourtant en croissance durant la période, les parts de marchés marocaines se sont amenuisées passant de 37% en 2001 à 22% en 2014. Les industriels nationaux n’arrivent pas à faire face à la montée en puissance de la Grèce, de l’Espagne et plus récemment de la Chine. Et puis, l’abricot marocain est loin d’être compétitif et son prix est plus élevé que la moyenne des fournisseurs de la France (+25%). Du reste, les industriels n’arrivent pas à pénétrer le marché des collectivités en France (hôpitaux, restaurants d’entreprise…) dominé par les Chinois. Hors hexagone, l’abricot marocain a vu ses parts chuter aussi sur ses marchés de prédilection comme les pays du Benelux et l’Allemagne.
Au niveau mondial, le Maroc et l’Espagne ont perdu leurs positions de leaders des exportations d’abricots, au profit de la Grèce et des chinois. Pour la petite histoire, la Chine n’a commencé à exporter son abricot qu’à partir de 2002, et a réussi en moins de 9 ans à dépasser le Maroc en termes d’exportations d’abricot avec 9% de part de marché mondial. Entre-temps, la Grèce qui a également connu une forte croissance de ses exportations est passée au 1er rang mondial. «Les raisons sont connues. Les chinois bénéficient de deux avantages: ils achètent de la matière première à très bas prix et bénéficient de subventions de l’état pour les exportations.

Le Maroc n’ exporte plus que 12.677 tonnes d’abricot. Même si  le surgelé s’en sort plutôt bien, cette exception n’a pu malheureusement influer le volume global des exportations de l’abricot

Ce qui leur permet de jouer sur les prix en notre défaveur», explique cet industriel de Marrakech. D’autant plus que le Maroc mise tout sur une seule variété: la canino. L’idéal est d’arriver à produire trois variétés: précoce, semi précoce et tardive. Cela permettrait d’étaler la production sur deux mois et donc d’offrir aux industriels une plus grande disponibilité de la matière première.
L’autre explication dans cette baisse de régime de l’abricot marocain en conserve est dans le mode de consommation des pays importateurs de ce fruit. Alors que les industriels de la transformation d’abricot produisent davantage de fruit au sirop ou encore des boîtes de pulpes, la demande est de plus en plus concentrée sur le surgelé qui demande des moyens logistiques importants et de lourds investissements. Très peu d’industriels se sont adaptés. Il faut dire que la filière a traversé de longs tourments (durant l’année 2012 au cours de laquelle la qualité du produit s’est détériorée causant des pertes énormes, une concurrence féroce de l’Espagne, de la Grèce et de la Chine, les prix des matières premières qui ne permettent pas des niveaux de compétitivité pour aller chercher des volumes sur d’autres pays).
A telle enseigne que de nombreux industriels ont fini par jeter l’éponge face à des volumes de plus en plus réduits à l’export. La filière ne compte plus qu’une douzaine d’industriels aujourd’hui alors qu’il y a 10 ans, 24 industriels transformaient encore de l’abricot. Presque une ligne de production de fermée par an. Dans ce tableau pessimiste, tout n’est pas noir, estime Abdelhak Bennani, DG de la Ficopam. «Il y a des leviers de développement à actionner, encore faut-il qu’il y ait un soutien pour séduire des marchés à fort potentiel de croissance». Il y a aussi le marché domestique sous développé. L’évolution des habitudes de consommation ainsi que de la structure de la distribution soutiennent une augmentation de la consommation d’aliments en conserve et de fait, la croissance du marché marocain devrait s’accélérer d’ici à 2019 (+9% par an).
Badra BERRISSOULE