Entreprises

Des conteneurs bloqués à Algésiras

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:4544 Le 10/06/2015 | Partager
Faute de couverture, il est exigé 12% de la valeur coût et fret
Les importateurs recourent moins à l’assurance maritime

Alors que les échanges extérieurs ont doublé depuis 2009, les primes d’assurance maritime affichent une stagnation. En 2014, leur niveau n’a pas dépassé celui de 2007: 320 millions de DH. Alors que le montant de l’import exprimé (coût et fret) s’est établi à 386,1 milliards de DH. Dans l’absolu, la part de la branche dans le marché est passée de 7 à 3% sur la dernière décennie

Pas moins de 130 conteneurs chargés de diverses marchandises sont bloqués au port d’Algésiras depuis le 13 mai dernier. Faute d’assurance maritime, les propriétaires doivent s’acquitter de 12% de la valeur de la marchandise, au titre d’une avarie commune déclarée par le porte conteneur. (Voir encadré ci-contre). C’est le prix de l’imprudence même si, assurer sa marchandise est facultatif. Une situation difficile à régler compte tenu de la réglementation de changes. Ces chargeurs sont pris à leur propre piège. Ils ne peuvent émettre des virements. D’où l’entrée en jeu du Comité des assureurs maritimes du Maroc (CAMM). A titre exceptionnel, le Comité est en train de finaliser un accord avec le dispatcheur désigné à cet effet. Il va devoir produire des garanties en lieu et place des opérateurs non assurés.  Histoire d’éviter un long séjour des marchandises au port espagnol et partant, faire l’économie des frais d’emmagasinage. Mais, ils ne seront pas dédouanés pour autant de la contribution de 12% à l’avarie commune contre 1% s’ils avaient souscrit à une assurance.
 Pour le moment, «la majorité des conteneurs assurés (50 boîtes) a été débarquée au port de Casablanca, le 6 juin», confirme le Comité.
L’affaire remonte au 1er mai dernier, lorsque le porte-conteneurs, Hanin Green Earth, battant pavillon Ile de Man, a pris feu dans une de ses cales. Le navire de transbordement qui avait chargé dans divers ports du Moyen-Orient et d’Asie se dirigeait vers l’Europe (Hambourg, Rotterdam et Le Havre). Le feu s’est déclenché dans une cale alors que le navire traversait le canal de Suez, le 1er mai 2015. Malgré l’intervention de 5 navires, l’incendie n’a pas été maîtrisé dans les délais requis. Il a même gagné une autre cale et 60 conteneurs ont été détruits. Après réparation, le navire a transbordé la marchandise marocaine au port d’Algésiras 15 jours plus tard. Furent engagées par la suite les diverses expertises pour évaluer les dégâts et déterminer les contributions des chargeurs.  
Visiblement, le recours à l’assurance maritime n’est pas le fort des opérateurs marocains. Il y a une décennie, elle représentait 7% du total des branches. Un niveau qui a chuté à 3% l’année dernière. Pour les assureurs, l’explication réside principalement dans la disparition quasi-totale du pavillon marocain. Mais cela n’explique pas le grand décalage par rapport à l’évolution du commerce extérieur. Car, sur la même décennie, la valeur des échanges a plus que doublé passant de 283,6 milliards de DH en 2005 à 586,1 milliards l’année dernière. Avec à la clé une forte hausse de l’import dont le montant s’est établi à 386,1 milliards de DH en 2014. Ce qui explique d’ailleurs l’importance de la part des primes de l’assurance maritime engagées à l’import : 99% contre 1% à l’export.  Mais le montant engagé reste dérisoire par rapport à la valeur des flux à l’import. En 2014, la branche des transports, tous modes confondus, s’est élevée à 569 millions de DH dont plus de 55% ont concerné l’assurance maritime.
Pourtant, les sinistres sont récurrents et le taux est estimé entre 40 et 50% par an pour un coût limité à 1%. Selon le Comité, les types des sinistres couverts sont nombreux. Ils concernent les dommages et pertes matériels, fortunes en mer et évènements de force majeure (abordage, échouement, naufrage heurt, incendie, explosion, chute de conteneurs…). A cet effet, il existe également divers types de couverture. Mais les plus utilisés sur le marché sont le tout risque et le front d’avaries particulières. Entre ces deux modes, d’autres couvertures de combinaison peuvent être obtenues selon les besoins de l’assuré.

L’avarie commune, solidarité des chargeurs

L’avarie commune est déclarée lorsqu’un événement de mer donne lieu à des dégâts sur bateau ou cargaison. A cet effet, tous les intérêts faisant partie  de l’expédition contribuent à réparer le sinistre, chacun à hauteur de sa valeur transportée. En conséquence, les compagnies d’assurance contribuent pour leurs clients assurés via des lettres d’engagement internationales avalisées par le Comité des assureurs maritimes du Maroc. Les intérêts non assurés doivent verser eux-mêmes leur contribution pour récupérer leurs marchandises. Pour qu’un évènement en mer puisse être qualifié d’avarie commune, il faut qu’il y ait un danger réel, un sacrifice volontaire (abandon d’une partie de la marchandise, des dépenses importantes), un intérêt commun et un résultat utile. Cela veut dire qu’une partie de la cargaison et le navire ont été sauvés.

A.G.

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