Economie

Le dirham s’arrime un peu plus au dollar

Par L'Economiste | Edition N°:4504 Le 14/04/2015 | Partager
La pondération du billet vert dans le panier de cotation passe de 20 à 40%
Le changement reflète mieux la physionomie des devises de règlement du Maroc
BAM prépare le marché à un régime de change flottant

La hausse de la pondération du dollar dans le panier du dirham va réduire la volatilité de la devise locale par rapport au billet vert et légèrement augmenter sa fluctuation vis-à-vis de l’euro. Le réajustement opéré par les autorités monétaires est indispensable pour coller avec la réalité des échanges extérieurs du Maroc. La décision permettra notamment de réduire le risque de change lié aux importations et au service de la dette du Trésor

C’est un changement que les opérateurs économiques attendaient depuis longtemps. Les nouvelles pondérations du panier de cotation du dirham ont été fixées à 60% pour l’euro et 40% pour le dollar. Les pondérations en vigueur jusque-là (80% euro - 20% dollar) ne correspondaient plus à la structure du commerce extérieur ni à la physionomie des devises de règlement. Pratiquement la moitié des échanges sont libellés en dollar et ne justifient donc plus le faible poids de la devise américaine dans le panier du dirham. L’on ne devrait plus attendre quatorze ans pour une autre réévaluation. Des changements devraient intervenir tous les 5 ans maximum (voir page 13). La pondération actuelle est actée depuis un moment, il restait à trouver la bonne fenêtre pour sa mise en œuvre. Coïncidence ou pas, le réaménagement intervient en pleine évaluation du système financier marocain (PESF). Les équipes du FMI et de la Banque mondiale procèdent depuis le 8 avril et jusqu’à la fin du mois à l’examen du secteur financier.
La dernière évaluation de ce type remonte à 2007. Pour le FMI, le passage à un régime de change plus flexible est parmi les réformes importantes à mener. «Une transition progressive pourrait commencer par un réexamen du poids des monnaies du panier auquel le dirham est rattaché», a encore rappelé l’institution dans sa dernière évaluation sur le Maroc.
Techniquement, la révision du panier de cotation du dirham va diminuer la volatilité par rapport au dollar et l’augmenter vis-à-vis de l’euro. Le réaménagement n’a aucun impact sur la valeur du dirham, assure Bank Al-Maghrib. Sur le marché, c’est le même son de cloche. Contrairement à 2001, l’actualisation ne s’est pas accompagnée d’une dévaluation du dirham. La valeur actuelle de la devise locale est jugée en ligne avec les fondamentaux de l’économie.
Le timing choisi par les autorités monétaires permettra de profiter un peu plus de la baisse des cours du pétrole et aussi de réduire dans une moindre mesure le risque de change lié au service de la dette (14% de la dette extérieure du Trésor est libellé en dollar). Les économies réalisées sur la facture énergétique l’année dernière suite à la baisse du prix du baril ont été atténuées par la montée du dollar. Par ailleurs, «le dirham a bénéficié de la baisse de l’euro depuis un an. En actualisant les pondérations du panier de cotation maintenant, cela a permis aux exportateurs de profiter de la dépréciation de l’euro», fait savoir un spécialiste des marchés.
La révision du panier du dirham a pris de court les opérateurs dans les salles de marché, mais elle ne devrait générer aucun changement important à part l’aménagement des modes de couverture. Toutefois, la décision des autorités monétaires est un premier pas vers l’évolution du régime de change. Les équipes du FMI et de la Banque mondiale devraient juger de la capacité du marché financier à faire face à de plus fortes fluctuations du taux de change à l’issue de leur mission. Il faudra préparer les opérateurs au passage à un taux de change flottant, a insisté à plusieurs reprises, Abdelatif Jouahri, le gouverneur de la Banque centrale. Aujourd’hui, l’amélioration des principaux indicateurs macroéconomiques rapproche un peu plus du passage à un régime de change plus flexible.
F. Fa

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc