Justice

L’affaire Drapor passe à la Cour d’appel

Par | Edition N°:4472 Le 27/02/2015 | Partager
Abus de biens sociaux, faux et usage de faux… les délits
La défense se plaint d’une «contradiction flagrante»
La bataille des expertises judiciaires se poursuit

«IL ne faut jamais crier victoire avant…»! Sitôt jugé, sitôt la défense fait appel.

L’affaire Drapor intrigue! Jakhoukh-père, acquéreur en 2007 de la société marocaine de dragage des ports (Drapor), a fini par assigner son fils Tarik et son épouse en justice. En arrière-plan du patriarche, Mustapha Aziz (présenté comme le nouvel associé et l’ami du président) et ses deux avocats dont Mustapha Moujahid (avec dossier rouge), le plus remuant des avocats du plaignant

Me Abdelkbir Tabih qui plaide dans l’affaire Drapor confirme. «Nous avons 10 jours pour saisir la Cour d’appel de Casablanca. La requête a été déposée le 25 février même si le jugement du tribunal correctionnel ne nous a pas été encore notifié», déclare l’un des deux avocats de Tarik Jakhoukh. Ce jeune homme est l’un des principaux prévenus de ce procès poignant (voir tableau).
Les charges à la base des condamnations -7 sur 11 personnes- sont certes connues: abus de biens sociaux, abus de confiance, faux et usage de faux, atteinte au système automatisé de traitement des données, favoritisme… 
La Cour a confirmé au final les délits retenus par le juge d’instruction, Hassan Khouider.
La défense est consciente qu’elle sera cuite si elle laisse passer les dix jours.
Ce délai cours à partir du lundi 23 février, date à laquelle la sentence a été rendue.
Toute décision judiciaire est basée sur des faits et un raisonnement étayés par la loi. Sur quoi les plaideurs vont contre-attaquer? «Le jugement n’a pas encore été rédigé. J’ignore donc ses motivations. C’est inconcevable de condamner des gens sans qu’ils sachent exactement sur quels fondements ils ont été déclarés coupables», regrette Me Tabih. Le professionnalisme du président Mustapha Belhmidi n’est pas remis en cause. Notre interlocuteur le qualifie de «juge modèle». Le procès s’est déroulé «normalement» et toutes les parties «ont été entendues». Me Tabih reconnaît tout de même qu’il ne s’attendait pas à une telle décision.
Les avocats des mis en cause n’agiront pas pour autant à l’aveuglette.
Ils disposent déjà du rapport d’instruction et de leurs propres plaidoiries. Et dans lesquelles justement des faits ont été contestés et des acquittements  réclamés.
D’ailleurs, les plaideurs ne sont pas sortis complètement bredouille de ce procès. Quelques acquittements ont pu être arrachés: 4 personnes au total. Redouane Roudabi en fait partie. Ce jeune directeur financier a comparu depuis le début du procès en détention préventive. Son avocat,

Sur 11 prévenus, 4 ont été acquittés par le tribunal correctionnel de Casablanca. Il s’agit de Soumia Loudiyi
(ép. Jakhoukh), Khalid Loudiyi (beau-frère), Redouan Roudabi (directeur financier) et Yassine Sajib (salarié à Drapor)

Amine Idriss Lahlou, fait part de sa satisfaction: «Le juge a heureusement saisi que la responsabilité de mon client n’existe pas. Car il n’est pas gérant mais salarié. La seule chose qu’on pouvait lui reprocher c’est d’avoir inscrit un chèque dans la rubrique «compte courant associés» au lieu de l’enregistrer dans «les gains de la société». Il l’a fait sur ordre de sa hiérarchie. Mais là aussi, la responsabilité de M. Roudabi a été dédouanée par le commissaire aux comptes. Donc pas d’abus de biens sociaux, de faux et usage de faux…».
Me Lahlou assure que son client «a été poursuivi pour écarter son témoignage à décharge». Témoignage qui aurait pu servir a priori à disculper son patron, Jakhoukh-fils. «Acquitter le directeur financier revient à reconnaître qu’il n’y a pas eu de problème au niveau de la trésorerie», commente un membre de la famille Jakhoukh.
Un point soulève des interrogations. Qu’en est-il de l’expertise diligentée par le tribunal? «Elle a été ordonnée pour déterminer les responsabilités (de gestion). Comment est-ce possible de juger sans avoir des éléments d’appréciation sous la main?» s’interroge malicieusement Me Tabih tout en évoquant «une contradiction flagrante». A part un rapport d’audit déposé par le plaignant, une autre expertise a été initiée au cours de l’enquête judiciaire.
Le parquet, lui, a estimé que le document initialement joint à la plainte suffisait pour établir les responsabilités. Dans tout procès, il y a forcément un gagnant et un perdant. L’affaire Drapor a déchiqueté toute une famille. Un père qui porte plainte contre son fils laisse perplexe dans une société où l’anathème parental pèse moralement plus que la justice. Celle-ci suit inéluctablement son cours.

Des clés pour comprendre le procès

 • L’ADN d’une société de dragage des ports?
Un père, Lahcen Jakhoukh, attaque au pénal son fils aîné, sa femme et d’anciens collaborateurs à qui il avait confié la gestion de Drapor, une des dernières sociétés privatisées en mai 2007 au prix de 327,6 millions de DH. Il s’agit de la seule grande entreprise de dragage des ports exerçant au Maroc, d’où son importance stratégique.

• Sur quoi portent les accusations?
De fin décembre 2012 à avril 2014, plusieurs plaintes sont déposées par l’actionnaire principal de Drapor. Satram Marine en l’occurrence. Il est question d’abus de biens sociaux, abus de confiance, faux et usage de faux, atteinte au système automatisé de traitement des données… Elles sont 11 personnes à êtres visées par l’une ou l’autre ou la totalité de ces accusations. Les mises en cause sont poursuivies en tant qu’auteur principal ou complice.

• Y a-t-il une affaire dans l’affaire?
Depuis le début, le procès fait l’objet de nombreux commentaires. En particulier, la famille de Jakhoukh se dit persuadée que leur père (et mari) est tombé sous l’influence d’une de ses relations, Mustapha Aziz. Son nom avait été cité lors d’une étrange affaire de rançon pour des journalistes français, affaire qui a valu à un sénateur l’opprobre publique en France (affaire Jullia). Aziz se défend «d’avoir été un trafiquant d’armes et de cocaïne, d’avoir manipulé le père ou de l’avoir ensorcelé». Connu aussi sous le nom de Mustapha Aziz Bziouit, il est présenté d’ailleurs comme le nouvel associé et l’ami du président (cf. L’Economiste du 13 novembre 2014).

Faiçal FAQUIHI

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