Chronique

Détrompez-vous, 2014 était un bon cru
Par Omar Fassal

Par | Edition N°:4439 Le 13/01/2015 | Partager

La date de clôture des comptes a sonné, et les financiers ont fait leur compte.

Omar Fassal est diplômé de l’Université de Lyon en ingénierie chimique, de Sciences Po Toulouse en analyse du monde contemporain, et de l’EM Lyon en ingénierie financière. Il est analyste des marchés financiers internationaux chez CDG Capital, auteur du livre «Tout savoir sur la finance», chroniqueur pour L’Economiste et intervenant pour Atlantic Radio»

Il règne une certaine impression, que l’année 2014 ne fut pas bonne. Ce sentiment est faux. Malgré plusieurs péripéties, les investisseurs sur les marchés financiers internationaux peuvent s’estimer heureux.
Il est vrai que plusieurs pronostics qui avaient été fait en début d’année, ne se sont pas matérialisés. Les analyses publiées par les banques d’investissement internationales laissaient apparaître plusieurs points communs. La première conviction, était que la croissance globale allait porter les actions mondiales. La seconde, était de supposer que les actions européennes allaient surperformer les actions américaines. Et la troisième, que les taux d’intérêts américains allaient remonter.
La première prévision fut brisée par la divergence des croissances économiques. La reprise américaine est ressortie beaucoup plus forte que prévue, et celle du reste du monde bien plus faible que prévue. Du coup, les actions américaines en ont profité (+11,1% pour le MSCI US), tandis que les actions mondiales ont beaucoup moins progressé (+2,9% pour le MSCI World).
La seconde prévision n’a pas payé en raison de la lenteur de prise de décision de la Banque centrale européenne (BCE). Les marchés s’attendaient à un assouplissement quantitatif semblable au QE américain, britannique et japonais. Ils n’y ont pas eu droit. En échange, la BCE a baissé ses taux directeurs à un niveau nul, a imposé un taux négatif sur les dépôts, mis en place des opérations de refinancement à long terme (TLTRO), et offert un programme de rachat d’obligations sécurisées et d’Asset Backed Securities (ABS). Autant dire que la BCE a tout fait, tout essayé, sauf ce que les marchés attendaient: un rachat de titres souverains. Pour le coup, personne ne pourra jamais, au grand jamais, reprocher à la BCE de se précipiter dans ses décisions sans y réfléchir à douze fois! Entre-temps, la désinflation s’est solidement installée, et la croissance s’est arrêtée. Les actions européennes en ont certes pâti, mais le MSCI Europe ressort tout de même à +4,1%. Seul le marché britannique est dans le rouge (-2,3%); tous les autres sont au vert (+5,3% en Espagne, +4,3% en Allemagne, +1,1% en France et +0,4% en Italie).
Jamais deux sans trois, le troisième pari n’a également pas tenu. Au lieu de remonter, les taux américains ont baissé sur le 10 ans, passant de 2,99% à 2,17%. Ils sont loin du seuil des 3% évoqué en début d’année.

L’ensemble des classes d’actifs internationales est ressorti dans le vert, hormis les actions des marchés émergents et les obligations des marchés émergents souscrites en dollar, en raison de la dégringolade des monnaies émergentes face au billet vert

Certes, la Réserve fédérale a mis un terme à son programme de rachat d’actifs, et le marché du travail a bien tenu (taux de chômage à 5,8%).  Mais contrairement aux anticipations des marchés, la Fed n’a pas été pressée de remonter ses taux. Pourquoi? Parce que tout au long de l’année, l’amélioration du marché du travail n’a pas été accompagnée par une hausse des salaires, qui aurait eu pour conséquence de relever l’inflation. Du coup, l’inflation américaine (+1,7%) reste inférieure à la cible de la Banque centrale, et n’a pas précipité la hausse des taux que certains avaient annoncés. Ailleurs, les taux ont également baissé: de 1,95% à 0,54% pour le 10 ans allemand, et de 0,74% à 0,33% pour le 10 ans japonais.

Bien diversifier son portefeuille

L’expérience de cette année 2014 devrait nous remplir d’humilité quant à notre capacité à prévoir l’évolution des marchés. Les meilleurs pronostics fondamentaux des meilleures banques internationales – à l’instar des trois convictions citées précédemment – peuvent être balayés d’un revers de la main par des facteurs exogènes, à l’image du conflit russo-ukrainien.
Mais il convient de tirer de toutes ces péripéties deux enseignements fondamentaux d’une gestion d’actifs saine et durable. Le premier enseignement est l’importance de la diversification des portefeuilles à l’international. Les prévisions aident à surpondérer ou à sous-pondérer certaines classes d’actifs, afin d’optimiser les rendements. Mais une allocation élargie et bien pensée sur un large spectre d’actifs permet, aujourd’hui plus que jamais, de garantir une rentabilité minimale. Il ne faut donc jamais  investir la totalité de son portefeuille sur une seule classe d’actifs, mais plutôt toujours privilégier un portefeuille bien diversifié.
Le second enseignement est que la sélection des supports d’investissement est cruciale. Alors que l’indice des actions mondiales a progressé de +2,9%, les trois meilleurs fonds de cette catégorie ont généré une performance moyenne de +6,3%. Un autre exemple plus marquant, celui des obligations mondiales. Elles ont connu une année difficile car tout le monde avait parié sur une hausse des taux, mais ces derniers ont continué à baisser. Malgré cela, certains gérants doués ont su générer de la performance pour leurs souscripteurs. Alors que l’indice des obligations mondiales a progressé de seulement +0,6%, la moyenne des trois meilleurs fonds de cette catégorie s’élève à +7,8%!
Bien diversifier son portefeuille, et bien sélectionner ses supports d’investissements. Tel devraient être nos résolutions pour 2015.

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