Economie

El Haite: «Je ne suis pas d’accord avec l’écotaxe!»

Par L'Economiste | Edition N°:4381 Le 17/10/2014 | Partager
L’aveu de la ministre aux opérateurs réunis à Pollutec
La taxe est un dernier recours pour responsabiliser le secteur
«L’éco-contribution» est présentée comme une meilleure alternative

Inaugurant le salon Pollutec, Hakima el Haite la ministre chargée de l’Environnement n’a pas utilisé la langue de bois. Elle veut voir émerger une filière de collecte-tri-recyclage qui soit indépendante et structurée sans pour autant faire disparaitre les chiffonniers qui aujourd’hui assurent ce rôle si important

Après le tollé qu’a suscité l’adoption de l’écotaxe dans la loi de finances 2013, la ministre déléguée chargée de l’Environnement semble vouloir lâcher du lest, mais sans pour autant renoncer à cet impôt. Devant un parterre d’opérateurs économiques au Pollutec, Hakima El Haite est allée jusqu’à exprimer son désaccord avec la mesure! «Je ne suis pas pour l’écotaxe. Je suis plus pour des éco-contributions. Nous devons asseoir le principe de la responsabilité élargie au Maroc: que les pollueurs prennent leur responsabilité pour diminuer la pollution. Tant que cette culture n’est pas encore mûre, nous imposerons des écotaxes», corrige la ministre. Ces charges en vigueur depuis janvier 2014 sont ainsi présentées comme un dernier recours pour sensibiliser le secteur. D’ailleurs, selon la ministre, cette «sanction» n’impactera pas tellement les coûts de production industrielle. «Le produit de cette taxe servira à financer une filière de recyclage qui alimentera les plasturgistes. D’ailleurs, quand on nous a proposé d’exporter cette matière première à l’international, j’ai refusé. Ce sont les entreprises marocaines qui paient ces taxes. Elles vont donc en profiter», explique-t-elle.
Le département affiche sa prédisposition pour discuter avec le secteur. Pour le moment, la formule la plus envisageable est une taxe plus élargie avec un taux moins important. «Il est possible qu’on aille avec la CGEM et les opérateurs économiques vers cette alternative, ou alors nous allons revoir la forme», a promis la ministre. Toutefois, «tout dépend des industriels, ils doivent accepter le principe de la responsabilité élargie: vous produisez un déchet, vous en êtes responsables», tempère-t-elle. 
Le gouvernement vise en effet un modèle marocain inspiré de ce qui est pratiqué dans des pays plus avancés. En France par exemple, il y a «Ecoemballage», une société autonome qui collecte, trie, recycle et produit l’emballage plastifié. L’idée donc est que le secteur adhère à ce projet. «En France, les entreprises sont pénalisées pour des montants beaucoup plus importants qu’ici», indique la ministre.
C’est ce qu’a été fait avec les producteurs des batteries, les transformateurs, les usines, les importateurs. Ils ont été d’accord pour mettre en place un consortium pour récupérer les batteries usées et les transformer. Ça leur a valu un investissement de 70 millions de dirhams créant ainsi une centaine d’emplois. Le département s’est chargé de la mise en place des textes juridiques contraignant la consigne pour la batterie. «L’année prochaine, quand vous aller acheter votre batterie, vous allez devoir rendre l’ancienne, sinon, vous payer 150 dirhams qui vont alimenter le fonds de l’environnement», explique la ministre.

                                                                     

• Le BTP, un gros pollueur!
A part un circuit formel assuré par une entreprise à Rabat, il n’y a aucune décharge au Maroc dédiée aux déchets de chantiers. Pourtant, le BTP est l’une des activités les plus polluantes. Selon les chiffres présentés par Al Omran, 9 millions de tonnes de déchets sont produits par an dans les chantiers de construction, dont 69% en milieu urbain, et déversés dans la nature. Les conséquences sont dramatiques sur l’environnement.

• Le grand désordre dans l’agriculture
Le secteur agricole se positionne aussi comme grand pollueur. Les récipients de fertilisants et insecticides, généralement jetés dans la nature, constituent un grand danger. Collectés par des chiffonniers, sans parler de leur danger sur les nappes phréatiques, il arrive que ces récipients toxiques soient utilisés dans le stockage de produits destinés à l’alimentation !

• La cimenterie carbure aux déchets
L’industrie de la cimentrie se pose en pionniere du recyclage des déchets. Après un pré-tri et un traitement préliminaire, les fours de cimenterie constituent un outil idéal de co-processing des déchets. Les grandes entreprises ont développé une certaine expertise dans le processing des déchets.  D’ailleurs, pour alimenter ses fours, la filière consomme  30.000 tonnes par an de déchets industriels du gisement national. Et ce n’est même pas suffisant, 70.000 tonnes de pneus déchiquetés ont été acheminés depuis l’Europe vers le Maroc pour satisfaire son appétit…

 

Mehdi LAHDIDI

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