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mercredi 01 octobre 2014,
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Sécurité numérique: Peur sur la toile
Espionnage d’Etat, fraude bancaire, défacement de sites web… le Maroc de plus en plus touché
Pourtant, le royaume est l’un des premiers pays arabes à offrir un système de protection efficace

   
Sécurité numérique: Peur sur la toile
Le sport national en matière de cybercriminalité est le “défacement des sites Web”, c’est-à-dire la modification non sollicitée de la présentation d’un site. Les exemples sont multiples au Maroc, notamment contre des sites institutionnels et ministériels  

INTERNET, ami ou ennemi? L’outil technologique n’en finit pas de se développer, et avec lui, prolifèrent toutes ses contraintes. Internautes privés, organismes publics et privés, le Maroc est de plus en plus visé. Qui sont ces pirates modernes? Quand ils sont Marocains, ce sont essentiellement des groupes de débutants plus ou moins isolés. Mais ce qui inquiète, c’est la recrudescence d’attaques provenant de l’extérieur. Des États-Unis, de Chine ou de Russie, les sites marocains constituent un terrain d’entraînement pour les pirates étrangers. Internet Security Report, ISTR, positionne d’ailleurs le Maroc à la 42e place au niveau mondial et à la 3e en Afrique (après l’Égypte et l’Afrique du Sud) pour les activités malveillantes et les cyber-conflits. La fraude à la carte bancaire ne cesse également de s’accroître. Selon le Centre monétique interbancaire, CMI, le nombre de cartes bancaires contrefaites au Maroc est passé de 1.694 en 2000 à plus de 6.000 en 2008, avec des sommes détournées de plus en plus importantes, de 4,4 millions de DH en 2000 à plus de 20 millions de DH en 2008. L’argent n’est pas le seul objectif de cette cybercriminalité. Le pays est victime d’une pédopornographie en ligne grandissante, facilitée par le chiffrement, les proxies anonymes, les cybercafés… L’enquête du Center for Media Freedom in the Middle East and North Africa (CMF-MENA) est éloquente: un mineur sur cinq aurait été confronté à des avances sexuelles sur Internet.
Pour débattre de la sécurité numérique des individus et des pays, sujet hautement prioritaire partout dans le monde, 300 spécialistes internationaux se sont réunis à Marrakech, à l’occasion de la 29e édition de l’IFIP, l’International Information Security and Privacy Conference, organisée par l’Université Privée de Marrakech et l’Association marocaine de confiance numérique, AMAN. Une conférence qui prend place pour la première fois en Afrique et dans le monde arabo-musulman.
S’armer pour faire face aux attaques est une exigence pour soutenir à la fois le développement humain et économique du pays. Le cadre juridique et institutionnel a ainsi été renforcé par l’adoption de la loi relative à la protection des personnes physiques à l’égard des traitements des données à caractère personnel, de celle relative à l’échange électronique des données juridiques ou encore celle qui concerne la protection des consommateurs qui inclut des dispositions pour la vente en ligne. Diverses institutions spécialisées dans le domaine de la sécurité ont également été créées, notamment la Direction générale de la sécurité des systèmes d’information (DGSSI) et la Commission nationale de la protection des données personnelles (CNDP). L’ambition générale étant de susciter la confiance des citoyens, des administrations et des entreprises en l’économie numérique en garantissant le respect des droits et libertés tels qu’ils sont internationalement reconnus. Ces objectifs placent le Maroc parmi les premiers pays arabes et africains offrant un système de protection efficace. Mais la guerre est loin d’être gagnée. Pour Anas Abou El Kalam, président de l’Association marocaine de confiance numérique, “face à une cybercriminalité qui évolue très vite, notre cadre juridique doit suivre le rythme, il faut inciter les juges à une meilleure application de la loi. Le pays manque de compétences et ressources hautement qualifiées pour faire face aux affaires de cybercriminalité”. Abou El Kalam ajoute que “les actions prévues dans le cadre de Maroc Numeric 2013 sont très prometteuses et encourageantes, mais il faut les mettre en œuvre et veiller à ce qu’elles soient efficaces et durables”. De nombreux défis attendent encore le royaume, avec une condition, agir en urgence. AMAN a été invitée à rejoindre l’IFIP, très influente dans les orientations scientifiques, réseautage, financements.

. Autre opportunité pour l’association marocaine, participer à la rédaction d’un livre commun sur la cybercriminalité, aux côtés des grandes puissances mondiales, comme les États-Unis, l’Australie et plusieurs pays européens.

Les enfants ciblés par les attaques

LA recrudescence de l’outil informatique dans les familles marocaines est telle qu’il échappe à de nombreux parents, peu armés à les protéger de ses dangers. L’enquête du CMF-MENA, menée sur 106 enfants de la ville de Casablanca, a démontré que plus des 2/3 des enfants interviewés auraient été approchés à des fins douteuses, par des offres de voyages, cadeaux ou des propositions de mariage via internet.  En matière de pédopornographie, ce sont souvent les étrangers qui sont pointés du doigt. Quelques-uns ont été arrêtés, médiatisés, mais le danger du web pour les enfants vient également des prédateurs marocains.

Stéphanie JACOB