Evénement

La hausse du smig en deux temps

Par L'Economiste | Edition N°:4264 Le 28/04/2014 | Partager
5% en juillet et le reste en 2015
Plus 200 DH sur le minimum de la fonction publique, soit 3.000 DH

La hausse du smig est l’une des principales requêtes des syndicats. Il est passé de 8,78 DH l’heure en 2000 à 12,24 DH l’heure en 2012. Avec les augmentations prévues, il sera à 13,46 DH

HAUSSE du smig, augmentation des salaires des «petites échelles» et de la pension minimale… Trois dossiers sur lesquels les syndicats attendent «un geste» du gouvernement. Des revalorisations qui amélioreraient le pouvoir d’achat, mais dont le coût économique ne sera pas négligeable. «Nous travaillons sur un agenda de négociations, mais pour la fête du travail, nous tenons à une hausse du smig», souligne El Miloudi El Mokharik, secrétaire général de l’UMT.
A la réunion du vendredi 25 avril entre le gouvernement, les syndicats et la CGEM, dont le compte Twitter de L’Economiste a été le premier à donner l’information, les discussions ont porté sur plusieurs sujets dont la loi sur la grève, les libertés syndicales, mais aussi la revalorisation du smig. Une hausse que le patronat écartait il y a quelques mois, mais qui est aujourd’hui incontournable. En tout cas, la décision sera arrêtée mardi 29 avril lors d’une réunion entre les partenaires sociaux.

Comme nous l’annoncions en exclusivité (cf. L’Economiste du 22 avril 2014), l’augmentation serait de 10%. Elle interviendrait, selon nos sources, en deux temps: 5% en juillet 2014 et 5% une année plus tard. Le smig passerait ainsi à 12,85 DH par heure avant de s’établir à 13,46 DH à partir de juillet 2015. Une décision politique, mais qui ne serait pas du goût du monde des affaires. Certains secteurs en particulier craignent une perte de compétitivité.
A la CGEM, l’on met surtout en avant la nécessité de mettre en place les mesures pour protéger cette compétitivité «Le smig est un marqueur. Si on l’avait indexé sur l’inflation, nous serions en train de discuter d’autre chose aujourd’hui», souligne Jamal Belahrach, président de la commission Emploi à la CGEM.

Dans un courrier adressé la semaine dernière au chef du gouvernement, le patronat a expliqué que depuis deux ans, les
charges de l’entreprise se sont aggravées sans contrepartie qui leur permettrait de rattraper la perte de leur compétitivité.

Ainsi, toute augmentation des charges mettrait «en danger» les finances des PME. Le patronat, qui a dressé la liste des contraintes auxquelles l’entreprise fait face, soutient qu’entre 2001 et 2012, le smig a augmenté en moyenne de 9,7% par an alors que la croissance annuelle moyenne de l’inflation se limite à 1,7%.

L’écart est évalué à 8 points chaque année. Les opérateurs estiment que des efforts importants ont été consentis:  l’indemnité pour perte d’emploi, qui vient d’être validée par le gouvernement, devrait être mise en place d’ici la fin de l’année. S’y ajoute l’extension de l’AMO aux soins dentaires prévue dès janvier 2015. Une prestation qui s’accompagnera d’une hausse des cotisations AMO, mais une année plus tard, soit en 2016. «Toutes ces mesures ont un impact. A elles seules, l’IPE et l’extension de la couverture médicale aux soins dentaires se traduiront par un point de plus pour le coût du travail», soutient Belahrach. Et d’ajouter «que cela est en contradiction avec l’ambition affichée de créer près d’un demi-million d’emplois d’ici 2020». Le patronat s’attend à la concrétisation des dossiers en souffrance: la réglementation de la grève et l’amendement du code du travail. Sur le premier, le gouvernement s’est engagé à faire adopter le texte cette année, et pour le second, les concertations devraient bientôt démarrer. En tout cas, le ministère de l’Emploi compte organiser une journée d’étude sur le code du travail. Ce n’est que par la suite que des propositions d’amendement seront présentées.
Dans la fonction publique, le salaire minimum devrait passer à 3.000 DH. Une augmentation de 200 DH serait consentie  aux «petites échelles». Ainsi près de 70.000 fonctionnaires seraient concernés.

Une mesure qui ne sera pas sans impact sur la masse salariale, un des principaux points de vulnérabilité du Maroc. L’évolution de la masse salariale a même valu au Maroc des remarques de la part du Fonds monétaire international (cf. L’Economiste du 10 mars 2014). Pour l’institution, «la rémunération moyenne dans le secteur public représente 3,5 fois le PIB par habitant au Maroc contre 2,5 fois dans la région et 1,5 fois au niveau mondial».

Risques de hausse de la pension minimale

L’AUGMENTATION de la pension minimale serait également envisagée. Cette pension pourrait être portée à 1.500 DH contre 1.000 actuellement. Une mesure qui améliorerait le pouvoir d’achat d’une frange importante de retraités, mais qui, en parallèle, creuserait les déficits. «Elle va encourager la sous-déclaration dans le secteur privé. Ces augmentations récurrentes de la pension minimale sont en totale contradiction avec les règles de gestion des caisses de retraite», explique un actuaire. Dans le cas de la Caisse marocaine des retraites (CMR), une telle mesure ne ferait que creuser les déficits. Elle ne sera pas non plus sans impact sur la CNSS. La hausse de la pension minimale à 1.500 DH avait été envisagée en 2012, mais écartée pour son coût: près de 800 millions de DH par an. A cette époque, un des montages envisagés était sa prise en charge par le budget de l’Etat, mais l’option a été abandonnée. Ceci étant, l’augmentation de 600 à 1.000 DH accordée en 2011 a coûté 300 millions de DH à la CNSS et 195 millions de DH à la CMR.

Khadija MASMOUDI

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