Evénement

Aleca: Le grand plongeon dans l’inconnu

Par L'Economiste | Edition N°:4214 Le 17/02/2014 | Partager
Trois rounds et aucune visibilité
Les opérateurs des services très inquiets
60% du PIB dans la balance

Quel intérêt pour le Maroc de négocier l’Accord de libre-échange complet et approfondi? Du moins pour ce qui est des services. Si l’unanimité est faite quant à l’opportunité d’améliorer l’accès aux marchés de l’UE pour les secteurs productifs, il en va autrement des services. Le débat co-organisé jeudi 13 février par l’Association marocaine des exportateurs et la Fédération du commerce et services de la CGEM est révélateur à ce sujet. C’est l’angoisse quasi généralisée parmi l’écrasante majorité des opérateurs. Une angoisse de plus en plus attisée par l’absence de concertation avec les premiers concernés.
Attendu à ce débat, modéré (à titre gracieux) par le rédacteur en chef de L’Economiste, Mohamed Benabid, le ministre délégué en charge du Commerce extérieur s’est désisté au dernier moment. Sa représentante, censée présenter les résultats des négociations en cours, a laissé l’assistance sur sa faim. Quel est le contenu des  offres présentées de part et d’autre? Quel impact attendu de l’accord en négociation? A-t-on entamé les véritables négociations ou sommes-nous encore en phase de discussions exploratoires? Sur ces interrogations, Latifa El Bouabdellaoui, directrice des Relations commerciales internationales, est restée évasive. Tout au plus, elle a indiqué que le négociateur marocain se fera accompagné par un cabinet spécialisé. La directrice semblait ne pas être concernée par les propositions de l’auditoire.
Pourtant, l’enjeu est de taille. «Le secteur des services représente à lui seul l’équivalent de 60% du PIB», estime le président de la FCS, Khalid Dahami. Un secteur qui reste régi par des réglementations nationales. Pourquoi en négocier la convergence réglementaire alors que l’acquis communautaire fait encore défaut, s’interroge Nezha Lahrichi, présidente du Conseil national du commerce extérieur (CNCE). Surtout qu’il y a un précédent dans cette affaire. Le Maroc avait en effet, initié, à la demande de l’UE, des négociations en 2009 sur les services et droit d’établissement mais sans résultat. Et pour cause! Le partenaire européen exigeait d’abord les mêmes concessions que le Maroc a offertes aux Etats-Unis avant toute discussion. Aujourd’hui, la situation n’a pas changé dans la mesure où même la mobilité des opérateurs marocains relève de la souveraineté de chaque pays membre de l’Union. C’est ce qui renforce l’inquiétude des professionnels. Ces derniers seront appelés une fois l’accord conclu à grossir les files d’attente devant les consulats européens pour pouvoir concrétiser des transactions. Ce qui est étonnant, est que cette fois, c’est le Maroc qui est demandeur pour un dossier mal préparé. Tout particulièrement, pour ce qui est des axes relatifs aux services et marchés publics. En effet, si des gains pour les autres axes sont perceptibles, ils sont nuls, voire négatifs en ce qui concerne les  services. (Voir Tribune de Nabil Boubrahimi; édition du jeudi 13 février).
Le même constat est d’ailleurs observé par l’étude d’impact élaboré par le cabinet hollandais Ecorys. C’est que le pays a pris beaucoup de retard en matière de normalisation. Il totalise actuellement quelque 11.000 normes, tous secteurs confondus, contre 400.000 en Europe, 80.000 en Turquie et 16.000 en Tunisie. C’est dire le gap qui nous sépare du partenaire européen. «D’où la nécessité de prévoir un traitement asymétrique des relations», martèle Hassan Sentissi, président de l’Asmex.
Quant aux marchés publics, c’est le pot de terre contre le pot de fer. Pour Sentissi, «autant les entreprises européennes auront un accès facile au marché marocain, autant il sera difficile à nos PME de décrocher des appels d’offres des pays de l’UE». Conclure un accord équilibré passe par la mise en place d’un fonds de convergence, estime le chef de file des exportateurs. Une chimère, réplique le secrétaire général du CNCE, Mohamed Benayad. A ses yeux, il ne  faut pas s’attendre à ce que l’Union subventionne sa propre concurrence. D’autant plus que le poids du secteur européen des services reste considérable: 70% des PIB en moyenne.
«En revanche, il serait judicieux de procéder à une étude d’impact de l’actuel accord d’association avant d’entamer les véritables négociations», préconise Bachir Rachdi, membre du Conseil économique, social et environnemental. Mieux, il appelle à la mise en place d’un groupe de travail émanant des deux conseils marocain et européen.

Le BTP contre la libéralisation

La Fédération nationale du bâtiment et travaux publics est contre la négociation de l’axe relatif aux marchés publics. Et pour cause, l’essentiel de la commande publique porte sur le bâtiment et les infrastructures. Or, les entreprises européennes n’ont pas besoin d’accord de libre-échange pour décrocher des contrats au Maroc. Le pays a toujours été ouvert aux entreprises étrangères même celles de pays avec lesquels nous ne sommes pas liés par des accords. «Par ailleurs, le principe de réciprocité de l’accès aux marchés publics des parties signataires de l’ALE est pratiquement impossible pour nos entreprises ne serait-ce qu’en raison des entraves à la circulation des personnes vers ces pays», soutient la profession. De plus, les marchés publics, notamment ceux dédiés au secteur du BTP ne constituent pas des opportunités d’investissement au Maroc. Au contraire, ils correspondent à des importations nettes de services et donc des sorties de devises.

A. G.

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