Politique Internationale

Révolution tunisienne
Un 3e anniversaire dans la quasi-indifférence

Par | Edition N°:4193 Le 17/01/2014 | Partager
Satisfecit chez les uns, désillusion, voire même désintérêt chez les autres
La ferveur est tombée d’un cran chez bon nombre de citoyens

Sur le terrain, la célébration n’a pas semblé soulevé l’enthousiasme. Certes, aucun acte de violence ni de dérapage n’a été enregistré dans la capitale ni dans les autres régions cette année, mais c’est une Tunisie de plus en plus partagée et crispée qui a fêté l’événement

Côté officiel, les choses semblent aujourd’hui s’accélérer en Tunisie: désignation des membres de la nouvelle Instance supérieure indépendante des Elections, adoption imminente de la Constitution, nouveau gouvernement la semaine prochaine, mardi dernier, la Tunisie a célébré le troisième anniversaire de la révolution, date à laquelle l’ex-président Ben Ali fuyait la Tunisie pour se réfugier en Arabie saoudite. Une célébration qui arrive à un moment où le pays est à la croisée des chemins, quelques jours seulement après la démission de Ali Laârayedh, chef du gouvernement de la troïka. 
Pure coïncidence ou agenda préétabli, les choses semblent soudainement s’accélérer. En effet, après plusieurs mois de tension et d’enlisement, l’adoption de la Constitution devrait être imminente et un nouveau gouvernement va voir le jour la semaine prochaine. Les membres de la nouvelle Instance supérieure indépendante des élections ont d’ores et déjà été désignés et ont prêté serment le 15 janvier dernier, en présence du président de la République, Moncef Marzouki, et du chef du gouvernement sortant, Ali Laârayedh, Mehdi Jomâa, futur chef du gouvernement, Rached Ghannouchi, leader du mouvement Ennahda, et bien d’autres personnalités.
Sur le terrain, la célébration n’a pas semblé soulever l’enthousiasme. Certes, aucun acte de violence ni de dérapage n’a été enregistré dans la capitale ni dans les autres régions cette année, mais c’est une Tunisie de plus en plus partagée et crispée qui a fêté l’événement. Sur l’avenue Habib Bourguiba, symbole de la révolution à Tunis, des groupuscules ont commencé à affluer dès les premières heures de la matinée brandissant banderoles et drapeaux. Islamistes, libéraux et partisans de gauche ont ainsi rejoint mardi l’avenue. Rapidement, la séparation s’est faite naturellement entre les sympathisants de la troïka et les partisans des partis d’opposition. Une séparation appuyée par la suite par les barricades des forces de l’ordre présentes pour éviter toute altercation entre les manifestants. Pour ces derniers, le 14 janvier est une date de célébration mais aussi et surtout une occasion de manifester contre l’un ou l’autre parti. En longeant l’avenue Habib Bourguiba, on apercevait le rassemblement des ligues de la protection de la Révolution. Non loin, les sympathisants du parti islamiste Ennahda ont enchaîné les discours politiques et réitéré leur attachement à leur parti. De l’autre côté, les partis d’opposition ont investi la chaussée gauche, multipliant les slogans anti-gouvernement. Tirant à boulet rouge sur la troïka (Ennahda, Congrès pour la république et Ettakatol), ils ont critiqué la lenteur de la transition politique mais aussi la situation sociale et sécuritaire après la révolution. «Une fois l’euphorie et les effets d’annonce passés, nous sommes revenus au rythme normal», explique un membre d’une ONG présent sur l’avenue Habib Bourguiba. Même son de cloche chez un diplômé chômeur en économie: «La lutte contre le chômage et la pauvreté a très vite été relayée au second plan, laissant place aux chamailleries politiques». Pour d’autres, «nous sommes venus pour manifester et pour soutenir les oubliés de la révolution, les martyrs, les diplômés chômeurs entre autres. Nous sommes tous concernés».
Dans les autres régions de la Tunisie, notamment à Gasserine, à Sidi Bouzid, au Kef, à Jendouba, le langage était tout autre. La célébration, dans la plupart des cas, sous l’égide de l’Union générale du travail (UGTT) a été marquée par une amertume de la part des participants venus rappeler leur droit au travail et au développement régional, resté parent pauvre de la révolution. Ces régions ne ratent pas une occasion pour souligner le «bilan raté» des gouvernements ayant succédé au pouvoir.
Un peu loin sur l’avenue Habib Bourguiba, les cafés et salons de thé regorgeaient de jeunes en ce jour férié. Les commerces proches étaient ouverts. Une quasi-première depuis la révolution du 14 janvier 2011.

Intentions de vote de plus en plus confuses

Le désintérêt se confirme également par les différents sondages politiques comme celui effectué par la société spécialisée Sigma Conseil. Dans son dernier baromètre politique datant de décembre 2013, les intentions de vote deviennent de plus en plus confuses chez le citoyen. Parmi l’échantillon, près de 65% n’ont exprimé aucune intention pour des personnalités politiques. Concernant les formations politiques, Hassen Zargouni, directeur général de Sigma Conseil, explique que «le mois de décembre a enregistré une baisse des intentions de vote pour les principaux partis politiques en Tunisie, mais les rapports de force en termes d’intentions demeurent les mêmes, à savoir la longueur d’avance de Nida Tounes et la résistance d’Ennahda». En chiffres, Nida Tounes a perdu 1 point sur le corps électoral (20,7%)  et 2,5% sur les voix exprimées (40%), Ennahda a également perdu 1 point sur le corps électoral (14,8%)  et 2,8% sur les voix exprimées (28,6%). Par ailleurs, 48% de l’échantillon se dit mécontent (36,1% très insatisfaits) du déroulement du dialogue national. Près du tiers (32,9%) affirme ne pas être au courant du résultat de la première étape, à savoir la désignation du nouveau chef de gouvernement.

De notre correspondante à Tunis, Sihem Jamile

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