Société

Le baiser qui mène en prison

Par | Edition N°:4129 Le 08/10/2013 | Partager
3 adolescents mis en détention pour une photo de baiser postée sur Facebook
Libération des adolescents après le tollé des réseaux sociaux

Il faut croire que le monde arabe est allergique aux bisous en public. Déjà en janvier dernier, 2 Tunisiens écopaient de 2 mois de prison après un baiser échangé dans la rue. 4 mois plus tard, c’était au tour d'un activiste égyptien de faire du bruit en publiant la photo d’un couple égyptien s’embrassant en pleine rue

Deux adolescents s’embrassent en pleine rue. Un ami immortalise le moment. La photo est publiée sur Facebook… Et voilà qu’on arrête tout ce beau monde pour «atteinte à la morale publique». L’histoire se déroule en Iran? En Arabie Saoudite? Non, bel et bien au Maroc, dans la ville de Nador plus précisément. Le contenu des photos, un garçon et une fille qui n’ont pas plus de 15 ans. Ils se tiennent par la main, s’enlacent puis s’embrassent. Un délit, semble-t-il, puisque l’Organisation unie pour les droits de l’homme et les libertés publiques porte plainte contre ces trois collégiens pour atteinte à la pudeur, après que les photos aient circulé sur Facebook. Le jeune couple et leur ami ont d’ailleurs été placés en détention dans des centres pour mineurs.
Cette histoire a déclenché un véritable tollé sur les réseaux sociaux mobilisés depuis jeudi dernier. Un «kiss’in» de solidarité a déjà eu lieu devant l’ambassade du Maroc à Paris, dimanche 6 octobre. Les manifestants étaient invités à s’embrasser devant l’institution marocaine en solidarité avec les jeunes incriminés. Par ailleurs, un autre «kiss’in» géant invite à un rassemblement devant le Parlement, samedi 12 octobre à 15 heures.
Suite à l’ampleur prise par l’affaire de ce baiser fatal, l’association ayant porté plainte a fini par se rétracter. Cette structure, qui demandait une enquête auprès du procureur du roi, finit par demander la libération des adolescents qu’elle ne souhaitait pas envoyer en prison selon ses dires. «Cette association est en pleine contradiction. D’abord elle porte plainte pour atteinte aux mœurs, ensuite elle avance l’argument de suspicion de pédophilie et, maintenant, elle se dit pour la libération de ces adolescents», affirme Chakib Al Khayari, président de l’association Rif des droits humains, basée à Nador. Le militant pense plutôt que cette organisation se cherche une porte de secours.
Hier, en début d’après-midi, un communiqué précise que les trois adolescents étaient relâchés après cinq jours de détention.
Un débat de plus entre conservateurs et défenseurs des libertés individuelles s’instaure. La question à se poser est ce que dit la loi. L’article 483 du code pénal stipule: quiconque en «état de nudité volontaire» ou par «l’obscénité des gestes ou des actes» commet un «outrage public» est passible de 1 mois à 2 ans d’emprisonnement et d’une amende entre 120 et 500 DH. Aux yeux de Me Mohammed Ziane, avocat et ancien ministre délégué auprès du ministre chargé des Droits de l’homme, avec une loi pareille, chaque passage devant un tribunal est un véritable coup de poker. «Il faudrait avoir le courage de changer la loi et déterminer très précisément ce qu’est une atteinte à la morale publique. L’erreur fondamentale dans cette affaire, c’est l’emprisonnement de ces adolescents avant même le début de l’enquête demandée par la partie plaignante. En les emprisonnant, on a clairement pris parti», s’indigne Mohammed Ziane.


Sanaa EDDAÏF

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