Evénement

Comment relancer l’export: Plus d’intégration des plans sectoriels

Par L'Economiste | Edition N°:4048 Le 07/06/2013 | Partager
Le tissu productif dépend à 46,7% de l’import
Le déficit commercial attisé par la demande intérieure
Quand le PIB croît de 1%, l’import augmente de 1,5%

Sur la décennie 2001-2011, les importations des biens et services ont pratiquement été multipliées par trois, passant à 399 milliards de dirhams. Cependant, nos ventes, bien qu’elles aient progressé de 11% par an, ne représentent que 287 milliards de dirhams, dégageant ainsi un déficit qui dépasse les exportations des biens.

Quelle offre exportable faut-il développer pour atténuer l’hémorragie de la balance commerciale? La question a fait l’objet d’une étude commanditée par le  Conseil national du commerce extérieur (CNCE). Réalisée par le cabinet Golbal Intelligence Partners, l’enquête liste les principaux maux de notre commerce extérieur. Les résultats doivent être dévoilés lors de l’assemblée générale du CNCE, qui se tient ce vendredi 7 juin. Le Conseil a déjà à son actif une première étude sur le déficit commercial sur la période 2001-2011. Un travail qui s’est articulé autour de l’amélioration de l’offre exportable. Cette fois-ci, le CNCE souhaite apporter un éclairage sur l’effet des différentes stratégies sectorielles sur le commerce extérieur et donc leur impact sur le déficit commercial. Premier constat de l’étude, le rythme d’évolution des exportations au cours de la dernière décennie (11%) est plus important que celui des importations (8%). Mais cela reste insuffisant pour réduire le déficit. L’analyse au niveau global de cette variable a permis de relever un triplement des importations en une décennie, passant de 133 milliards de dirhams en 2001 à 399 milliards en 2011. Ce qui induit un fort contenu de la croissance économique en importations. D’ailleurs, la trajectoire ascendante de ces dernières en volume est transposable à celle du PIB. Une situation qui s’explique par les chantiers structurants lancés au cours de la période 2005-2010. D’où des importations massives d’intrants, assorties de la relance de la demande intérieure. Du coup, il a été constaté qu’à chaque point de croissance de PIB, les importations augmentent de 1,5%. L’analyse de ces importations montre qu’elles sont incompressibles à hauteur de 85%, car il s’agit essentiellement d’énergie, de biens finis d’équipement et de demi-produits. Les produits énergétiques (25% des importations incompressibles) restent insensibles à la variation des cours puisqu’ils demeurent dans tous les cas subventionnés. Ce qui ne favorise pas la rationalisation de la consommation d’énergie. Le système productif reste dépendant à 46,7% de l’étranger pour ses consommations intermédiaires. La proportion est plus importante dans le cas des IMME (82,8%) et du textile (78%). La forte dépendance de ces secteurs est à l’origine de la très faible valeur ajoutée induite par les exportations, notamment celles basées sur la sous-traitance et l’importation de biens destinés à la consommation locale. Résultat: le déficit commercial ne cesse de se creuser : 185 milliards de dirhams pour les marchandises et 116 milliards de dirhams pour les biens et services. Un gap que les transferts des MRE et l’excédent du commerce des services n’arrivent plus à couvrir. Avec le concours de ces deux rubriques, le taux de couverture de l’import par l’export est tombé à 63% en 2011 contre 171% en 2001. Il est vrai que la flambée des cours de certaines matières premières explique le déficit du commerce extérieur, mais pas seulement. Les échanges commerciaux réalisés dans le cadre des ALE contribuent pour 44,5% du déficit. Soit 66 milliards de dirhams.
Le déficit commercial s’explique donc essentiellement par trois facteurs: une forte composante «importations» dans la croissance économique, la politique de soutien des prix des produits énergétiques et les conditions préférentielles consenties dans le cadre des ALE.
La forte dépendance du tissu productif vis-à-vis des intrants importés pose la question de la diversification productive, transversale et sectorielle, avec pour objectif la réduction de la dégradation de la balance commerciale. Un challenge que le Maroc tente de relever via la mise en œuvre de stratégies sectorielles. Plus d’une décennie après leur lancement, il est temps de s’interroger sur leur pertinence par rapport aux faiblesses de l’appareil productif, à l’origine du manque de compétitivité de l’offre exportable.
Pour ce faire, le CNCE a examiné les différentes politiques sectorielles à l’aune des flux d’échanges extérieurs qu’elles génèrent. Certains programmes sectoriels, tels que la Vision 2020 de la formation professionnelle, la stratégie de l’enseignement supérieur, la promotion de l’emploi et de la protection sociale…,  ont un effet plutôt indirect sur le commerce extérieur.

- Plan Maroc Vert
Plusieurs stratégies et mesures ont été mises en œuvre depuis l’indépendance pour développer l’agriculture, avec un résultat mitigé, parfois faible. Il a fallu attendre le lancement du plan Maroc Vert en 2008 pour enclencher la mise à niveau du secteur. Parmi les objectifs de la stratégie, figure la réalisation de 110 à 150 milliards de dirhams d’investissement. Jusqu’à présent, 60 milliards de dirhams ont déjà été investis, soutenus par des bailleurs de fonds nationaux et internationaux. L’agriculture et l’industrie agroalimentaire se démarquent par une situation de distorsion fiscale, l’amont étant défiscalisé. D’où une faible valeur ajoutée des exportations agricoles. Selon le rapport de l’étude sur l’impact des stratégies sectorielles sur l’amélioration des exportations, le ratio valeur ajoutée des industries alimentaires sur celle de l’agriculture représentait 33% contre 100% en Espagne. 5 ans plus tard, le ratio a régressé pour se situer autour de 29%. Une situation qui s’explique par la faible intégration des deux secteurs et la tendance des nationaux à privilégier les exportations de produits primaires sans aucune valeur ajoutée. L’importation d’intrants nécessaires à la mise en œuvre du plan Maroc Vert a enregistré un bond, puisqu’elle s’élève à 41,2 milliards de dirhams en 2011 contre 21,4 milliards en 2006. Les faibles performances des deux secteurs se traduisent également par le recul de leur part dans les exportations, qui est passée de 8,6% à la veille du plan Maroc Vert à 7,6% en 2011.

- Plan Emergence
A travers le plan Emergence, le Maroc identifie les secteurs clés d’une politique industrielle ciblée et à long terme, en phase avec la dynamique de l’industrie mondiale. Selon le rapport de l’étude commanditée par le CNCE, la base industrielle du Maroc reste très fragile. Le Royaume ne dispose pas d’avantages distinctifs. Il se positionne sur un petit nombre de facteurs. L’analyse des expéditions à l’étranger des produits des industries de transformation (hors agroalimentaire) révèle un solde commercial déficitaire. En 2011, le déficit commercial dépasse les 90 milliards de dirhams, légèrement inférieur à celui de la veille du lancement de la stratégie Emergence.
Les industries manufacturières restent fortement dépendantes de biens de consommation intermédiaires importés. Une dépendance qui renseigne sur la faible valeur ajoutée à l’exportation et un fort contenu en importations d’intrants nécessaires à la consommation locale.

- Stratégie énergétique nationale
Le Maroc importe plus de 90% de ses produits énergétiques. La flambée des cours du pétrole et l’envolée de la demande en électricité créent une forte tension sur la balance commerciale et le budget de l’Etat. C’est la raison pour laquelle il est devenu urgent de mettre en place des sources d’énergie alternatives. Une stratégie qui accorde la part belle aux énergies renouvelables.
Les investissements programmés s’élèvent à 92 milliards de dirhams à l’horizon 2020. Mais le Maroc ne doit pas substituer l’importation de produits pétroliers par l’achat massif à l’étranger d’intrants photovoltaïques. Il devrait plutôt favoriser l’émergence d’un tissu industriel compétitif pour répondre aux besoins de la stratégie.
Selon l’étude commanditée par le CNCE, les plans stratégiques pourraient contribuer à réduire le déficit commercial, mais ne seront pas suffisantes. Le maintien de la politique de relance de la demande finale risque d’aggraver le solde commercial. Des mesures structurantes sont également nécessaires telles que l’amélioration de la compétitivité de l’offre exportable, la mise en œuvre de politiques d’encouragement de l’intégration du tissu économique… (lire article en page 4). Outre la diffusion du rapport final de l’étude sur le commerce extérieur, le CNCE dévoilera également les différents travaux en cours, ainsi que sa feuille de route, notamment le lancement du dispositif de veille stratégique orienté vers les politiques sectorielles.o
Hassan EL ARIF

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