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vendredi 31 octobre 2014,
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Les crises et les risques menacent la gestion publique
Par le Pr. Ali Sedjari

   
Les crises et les risques menacent la gestion publique Par le Pr. Ali Sedjari
Ali Sedjari est professeur des universités. Il enseigne à la faculté des sciences économiques, juridiques et sociales de Rabat.  Il assure la présidence d’un Groupe d’études et de recherches sur les territoires, le  Get qu’il a fondé. Le Gret est très actif et a réalisé très régulièrement des séminaires et colloques, dont il publie aussi les travaux. Le présent article est l’émanation d’une de ces rencontres.  Le Pr. Ali Sedjari est aussi titulaire de la chaire Unesco des  droits de l’Homme

Nous sommes périodiquement placés sous la menace d’une multitude de crises et de risques: crise économique, financière, politique, sociale, culturelle, démocratique et même morale ; risques climatiques, environnementaux, technologiques, sanitaires, nucléaires, etc. 
Sur le plan humain, une crise, souvent apparentée à un épisode chaotique. Elle provoque des craintes et des confusions, du stress, des grèves à répétition, des manifestations violentes, et biaise le jugement des acteurs qui se demandent où porter leur regard.
Quelles que soient leurs manifestations, le risque et la crise sont résolument et puissamment politique. Ils bouleversent les données classiques de la gestion publique. Ensuite, parce qu’ils posent à l’évidence des questions de pouvoir et donc de gouvernance.
Les exigences de protection et de sécurité sont croissantes. Le réflexe des citoyens est de se retourner vers leurs gouvernements ; lesquels doivent donc renforcer la résilience des organisations, tant publiques que privées. 
Les formes de gouvernance dominantes aujourd’hui dans le monde politique, économique et financier…  montrent leur incapacité à résoudre les urgences c’est-à-dire à répondre aux besoins fondamentaux de l’humanité, de toute l’humanité.
L’enjeu de notre époque est d’apporter des réponses aux situations de crises et de risques qui interpellent les gouvernants (voir encadré). Il faut rechercher des pistes et des suggestions pour la rénovation des modes de gouvernance dominants.

Les gouvernants mis en cause

Par ailleurs, face aux crises économique, financière et politique qui secouent de nombreux pays du monde, la fiabilité de la gouvernance, sa crédibilité comme celle des gouvernants est mise  en cause. Rappelons-nous l’idée de constituer un «ordre mondial» émise pendant les années 80 et que certains ont mis sur le devant de la scène. L’on sait où cela a conduit.

Il faudrait, dans ces conditions, repenser radicalement les modes de gouvernance et le choix de ceux qui sont habilités à les exercer.
Dans un contexte de risques et de crises à répétition, la conduite la plus rationnelle serait de calmer le jeu, de retrouver la normalité et d’apaiser les tensions, en essayant de dissocier autant que possible les crises nationales des grands enjeux stratégiques, et de disposer d’une audace suffisante pour une gestion efficace et apaisée de la transition.
Les conséquences d’une crise sont souvent connues: elles touchent les hommes, l’environnement, l’économie, la société, les modes de gouvernance, les infrastructures vitales, l’activité et la survie même d’une entreprise, les sociétés, les systèmes politiques et affectent sérieusement la capacité de réaction des organisations en termes de ressources disponibles, d’exécution de décisions ou de recherche de solutions.
Tous les pays sont interpelés dans leur façon d’être et d’agir. Crise de la démocratie, cela est une évidence, suivie d’une crise de gouvernance, cela est une réalité. Le devoir d’intelligence, c’est-à-dire de nature de rupture avec les idées reçues et les certitudes acquises, doivent réparer la faillite d’un mode de gouvernance face à un monde qui a perdu ces repères et sa raison. Il existe un immense effort de synthèse des savoirs et des expériences, permanent et fécond, une organisation efficace des systèmes de gouvernance et un dialogue démocratique, franc et loyal.

Les questions d’aujourd’hui

 

Les risques et les crises, dans leur diversité et leur complexité, nous renvoient à la question de savoir comment gérer l’avant et l’après.
Mais à notre époque d’informations instantanées et d’exigence décuplée, d’autres questions interpellent particulièrement les gouvernants: les crises et les risques sont-ils ponctuels ? Comment émergent-ils des défaillances organisationnelles? Comment réagir et s’adapter à ces situations limites et hors normes? Comment rétablir la confiance et renforcer la résilience des organisations? Comment appréhender les incertitudes et les menaces qui mettent en péril la cohésion sociale et l’équilibre stratégique? Comment gérer les désordres et la confusion générés par les risques et les crises? Comment concilier croissance et sécurité, cohésion sociale et paix mondiale? Comment éviter que les risques et les crises tournent mal? Y a-t-il un mode d’emploi pour retrouver l’équilibre, la paix et la stabilité après une révolution ou des mouvements de déstabilisation, comme c’est le cas aujourd’hui de certains pays arabes? Quels sont les dynamiques et les enjeux de la réforme qui s’opèrent à l’horizon et comment réussir?
Que faut-il faire pour rassurer la population, éviter la faillite des systèmes économiques et financiers? Comment réussir le challenge pour la transition démocratique? Quel est le rôle des médias dans l’analyse des faits et celui des forces de l’ordre dans le maintien de la paix ou de la gestion de la transition?

Et enfin, la question qui aura un impact politique immédiat: quelles sont les attitudes à adopter dans ce genre de situations?

Ce nouvel  ouvrage est une synthèse des travaux du 17e colloque international du Groupe d’études et de recherches sur les territoires. Ce livre, fruit d’un travail collectif, aux combinaisons scientifiques pluridisciplinaires et transversales, est une contribution au débat sur les conséquences inquiétantes et parfois désastreuses des crises et des risques. Il apporte des éclairages nouveaux et édifiants sur les rapports de gouvernance des sociétés et les risques et les crises auxquels elles sont confrontées. C’est un  plaidoyer  pour une prise de conscience globale dans le but de coordonner les efforts en vue de la mise en place d’un  nouveau système de gouvernance planétaire afin de réduire les effets des crises et des risques dont les multiples dimensions s’emboîtent et se renforcent mutuellement. Il y va de notre devenir collectif. A ceux qui sont aux commandes de s’organiser, d’agir, d’assumer leur pleine responsabilité, et pourquoi pas, de lire l’ouvrage…