Economie

Economies émergentes
Les leçons de Strauss Kahn

La représentativité dans les institutions mondiales est fondamentale
La mauvaise gouvernance en zone euro a coûté trois ans de crise
DSK a animé une conférence à l’université privée de Marrakech

Selon Dominique Strauss Kahn, pour se faire une place dans l’échiquier mondial, les institutions comptent

JOLI coup pour l’université privée de Marrakech avec la présence dans ses locaux de l’ex-patron du FMI, Dominique Strauss Kahn, qui y a donné une leçon magistrale le 21 septembre devant une salle comble. Et la leçon a duré près de deux heures avec un thème annoncé la matinée même. Le très couru professeur et ancien homme politique a choisi de discourir sur la thématique: «Pays émergents dans la gouvernance». Il s’agit de sa deuxième apparition, en tout cas au Maroc. La première était au forum de Paris, organisé par le groupe Eco-Médias à Casablanca, le 1er février 2012, en partenariat avec la CDG et l’OCP. Très didactique, Dominique Strauss Kahn a brossé un tableau sur l’état actuel de l’économie mondiale ne manquant pas de s’arrêter un moment sur  la crise grecque et  le G20. Auparavant, l’ancien directeur du FMI a tenu à corriger une formule. «On ne devrait pas parler de pays émergents, mais de politiques économiques émergentes», dit-il.
Les maux que traverse l’économie mondiale sont principalement liés à un problème de gouvernance, estime-t-il. «Dans la zone euro, tout est parti de la crise d’un pays, la Grèce qui représentait à peine 2% de la zone».  Pour DSK, la crise grecque s’est propagée en raison, notamment, d’un manque de décisions. «Les Européens, pour des raisons politiques, n’ont pas été à la hauteur pour régler un problème aussi modeste». Conséquence: trois ans de crise avec ce que cela porte comme risques sociaux et politiques, mais aussi d’absence de confiance. «L’investisseur ne prend plus de risques et le consommateur non plus». Et aujourd’hui, estime l’ancien patron du FMI, le risque majeur est de prendre à nouveau de mauvaises décisions.
Alors, dans ce contexte, quel rôle pour les pays émergents? Tout dépend de leur représentativité au sein des institutions, estime Strauss Kahn.  «Pour se faire une place mondiale, les institutions comptent», insiste-t-il. Certes, les économies émergentes ont pris un rôle beaucoup plus important ces dernières années. En témoignent les prévisions des taux de croissance des pays comme la Chine, l’Inde ou le Brésil. Reste à revoir la représentation des économies émergentes dans les instances de gouvernance mondiales comme le FMI ou la Banque mondiale. Il existe certes un quota selon le poids du pays, mais comment mesurer réellement et concrètement ce poids dans ces institutions où la parité n’est pas au rendez-vous. C’est justement ce qui fait grincer les dents des gouvernants des pays à économie émergente.
Concernant le G20, même en reconnaissant son utilité durant la crise, l’ancien directeur du FMI n’est pas allé de main morte en le qualifiant de folklorique.
Mais, durant la crise, le G20 (une idée lancée par Bill Clinton 10 ans auparavant) avait pris une nouvelle dimension. Pour éviter un plongeon similaire à celui de 1926, les dirigeants membres de l’instance ont tous montré une volonté de coopération. Aujourd’hui, celle-ci est beaucoup moins forte qu’en 2008. Pour Dominique Strauss Kahn, «il faut avoir la force de restructurer le G20, lui donner une légitimité et y instaurer une démocratie».
B. B.

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