
Que ce soit Meriem Alaoui Selsouli ou encore récemment Amine Laalou, les athlètes marocains ont été contrôlés positifs au Furosémide. Ce produit, utilisé notamment pour traiter l’hypertension, permet de masquer la prise de substances dopantes
C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Que le Maroc ait accusé une contre-performance historique durant les Jeux olympiques de Londres, les Marocains peuvent encore l’endurer, mais que l’on dénombre 3 cas de dopage, uniquement dans l’athlétisme relève plutôt de l’impardonnable. L’athlète ou son entourage, qui est responsable? L’opinion publique scandalisée fait porter le chapeau à la Fédération. Mais, le code mondial anti-dopage responsabilise en premier lieu l’athlète. L’article 2 est clair : « Il incombe à chaque sportif de s’assurer qu’aucune substance interdite ne pénètre dans son organisme. Les sportifs sont responsables de toute substance interdite ou de ses métabolites ou marqueurs dont la présence est décelée dans leurs échantillons».
Il y a alors violation, peu importe si le sportif a fait usage intentionnellement ou non, d’une substance interdite, a fait preuve de négligence ou a été autrement en faute. En conséquence, lorsqu’un échantillon positif a été décelé en compétition, les résultats du sportif dans celle-ci sont automatiquement invalidés. Des sanctions disciplinaires et une procédure judiciaire peuvent même être engagées.
Certains ne sont pas du même avis: «L’athlète se trouve dans un engrenage institutionnel faisant intervenir son club, la ligue, la fédération, le comité olympique, la responsabilité devrait être également imputée à l’entourage en fonction de sa proximité avec l’athlète », explique Lahcen Karam, président de l’Association marocaine de sensibilisation contre le dopage en sport. Et pour cause, il n’est pas toujours évident de déterminer si l’introduction de substances dopantes s’est faite par inadvertance ou par préméditation. « Un sportif professionnel est certes obligé de connaître ces substances, mais dans beaucoup de cas, les athlètes sont mal encadrés et peuvent commettre des erreurs », souligne Farid Hakkou, professeur en pharmacologie à la faculté de médecine et de pharmacie à Casablanca. Ainsi, un médicament peut ne pas être interdit mais contenir une substance qui se transforme dans l’organisme en une substance interdite décelable si les quantités prescrites ne sont pas respectées. En outre, avec le développement technologique dans la recherche pharmaceutique, de nouvelles substances dopantes sont produites régulièrement et il n’est pas toujours facile d’en informer les athlètes.
Pour les cas des athlètes marocains épinglés durant les Jeux olympiques de Londres, il s’agit pourtant de substances très connues par les sportifs. Que ce soit Meriem Alaoui Selsouli ou encore récemment Amine Laalou, les deux ont été contrôlés positifs au Furosémide. Ce produit, utilisé pour traiter l’hypertension, permet de masquer la prise de substances dopantes. Il fait partie de la famille des Diurétiques qui ont la capacité de moduler l’excrétion des produits ou de dissimuler leur présence dans les prélèvements effectués lors des contrôles antidopage.
Concrètement, ces Furosémides sont généralement administrés si l’athlète a consommé des Corticoïdes (hormones aux capacités anti-stress, anti-inflammatoires et anti-fatigue). Ils permettent de masquer les traces et d’échapper ainsi au contrôle, du moins, celui dit «qualitatif». « Ces examens se limitent souvent à des bandelettes d’urine, alors qu’un examen quantitatif suppose un prélèvement sanguin qui aboutit forcément à la détection de ces substances dopantes », explique Pr Farid Hakkou.
Si le dopage permet en effet d’améliorer les performances athlétiques, il n’en demeure pas moins qu’il entraîne des effets secondaires qui peuvent parfois être très dangereux. «Ils sont d’abord liés à la consommation exagérée qui peut avoir des incidences au niveau de l’hyperglycémie, de la vision ou encore de la robustesse des os », explique Hakkou. Mais l’effet le plus indésirable est certainement le dépassement du seuil physiologique de la fatigue. Grâce aux anti-inflammatoires et aux substances réduisant la fatigue, le corps peut arriver au-delà de ses capacités intrinsèques, ce qui peut entraîner un état de faiblesse et d’épuisement. «Ce surmenage peut aller jusqu’à mener la personne dans un état de coma voire même un décès». En attendant, les fédérations se cachent encore derrière le manque de moyens en vue de justifier le traitement préventif des cas de dopage. «La tentative de mise en place d’un laboratoire accrédité pour la lutte contre le dopage, seul capable d’opérer des analyses dans ces cas, a été avortée», déplore Karam. Pour opérer ce genre d’analyse, les athlètes marocains doivent donc se tourner vers les laboratoires étrangers. A ce jour, l’usage et l’administration des produits dopants ne relèvent pas d’une infraction pénale. Le projet de loi 51-08 sur le dopage, dispositif permettant de sanctionner par des peines privatives de liberté les cas de dopage, n’a pas encore abouti. Initié depuis 2008, le texte a actuellement besoin d’être remis sur les rails par les autorités gouvernementales.
Des stéroïdes à la manipulation sanguine
Le
S substances considérées comme dopantes sont régulièrement mises à jour au niveau des conventions internationales de lutte contre le dopage. Les plus connues sont notamment les stéroïdes androgènes, dérivés chimiques extrêmement puissants de l’hormone sexuelle mâle, la testostérone. Ils augmentent la masse musculaire mais aussi l’agressivité. C’est également le cas des hormones peptidiques, véritables messagers physiologiques, possédant un système d’auto régulation à l’intérieur de l’organisme, afin de réguler l’activité d’un ou plusieurs organes ou fonctions métaboliques améliorant ainsi les dépenses énergétiques. Les agents masquant comme la furosémide sont aussi interdits. Et pour cause, il s’agit de produits capables de moduler l’excrétion des produits ou de dissimuler leur présence dans les prélèvements effectués lors des contrôles antidopage. Egalement bannis durant les compétitions, les glucocorticoïdes. Ceux-ci diminuent la douleur et l’inflammation. Enfin, le dopage sanguin, les manipulations physiques et chimiques ainsi que le dopage génétique sont rigoureusement interdits.
Ayoub NAÏM