Entreprises

CGEM: Cinq présidents pour une seule élection!

Par L'Economiste | Edition N°:3786 Le 18/05/2012 | Partager
L’unique candidate plébiscitée par 97% des voix
Droit de la grève: un message pour les syndicats aussi
Le patronat festif malgré une rude conjoncture

Une photo pour l’histoire regroupant la nouvelle présidente de la CGEM, Miriem Bensalah-Chaqroun, son prédécesseur, Mohamed Horani, Abderrahim Lahjouji et Hassan Chami

POUR leur frayer un passage, une chaîne de gardes du corps entoure la toute nouvelle présidente de la CGEM, Miriem Bensalah-Chaqroun, et le vice-président, Salah Eddine Kadmiri. Ils ne l’étaient pas encore au moment où ils se dirigent vers la grande salle où se tient, en ce mercredi 16 mai à Casablanca, l’élection du président de la Confédération patronale.
Dans l’un des hôtels huppés, boulevard des FAR, se croisent dans les couloirs capitonnés  plus 3.000 chefs d’entreprises, journalistes et quelques curieux. A l’extérieur pourtant, une circulation infernale, une atmosphère poussiéreuse et une chaleur d’été (34 °C)… Difficile de rater un des grands-rendez-vous de la vie économique et… politique bien entendu.
Sous la coupole du président sortant, Mohamed Horani, le comité d’organisation a mis en place une dizaine de guichets d’accueil pour les adhérents. Répartis par région, on s’agglutine autour des tables pour s’inscrire sur les listes électorales. Il y aura finalement 3.425 voix exprimées dont près de 97% en faveur de la patronne des Eaux Minérales de Oulmès et du président du groupe SHIELE. Est-ce un plébiscite pour l’unique candidate à des élections supervisées par deux scrutateurs? Les chiffres sont là: 3.317 voix pour le oui. Qu’en est-il des 108 bulletins de vote restants? En aparté, certains observateurs regrettent que les voix blanches, contre ou tout simplement annulés, n’aient pas figuré dans les résultats du dépouillement. Quoique pertinente, cette remarque est noyée par les applaudissements dédiés aux nouveaux élus.
Bassima Hakkaoui, la seule femme ministre du gouvernement, sera la première à faire la bise à la patronne des patrons. Une présidente pour la CGEM, de quoi consoler les militantes de la parité déçues par la formation gouvernementale. 
Un mandat de 3 ans qui s’annonce «complexe et inédit», relève avec émotion Bensalah-Chaqroun. Difficile parce que «la crise en Europe -notre 1er partenaire commercial- finira par toucher le Maroc», pronostiquait, le 3 février sur nos colonnes, l’ex-DG du FMI, Dominique Strauss-Kahn. Un avis que pourrait corroborer le dernier bulletin du HCP. Il revoit à la baisse les prévisions de croissance.
Des élections patronales festives qui contrastaient pourtant avec le pessimisme économique ambiant. Avec un large sourire, la nouvelle présidente distille quelques piques: «politique offensive», «dialogue social serein, franc et direct», «lutte contre la délinquance patronale et syndicale»…  Un discours que son prédécesseur à la tête de la CGEM jugera «fort et clair». Et qui ne tombera certainement pas dans l’oreille d’un sourd. Dans une salle comble et sur-illuminée, Salaheddine Mezouar, l’ex-ministre des Finances et un des meneurs de l’actuelle opposition parlementaire, est attentif.
Avec Miloudi Moukharik, SG de l’Union marocaine du travail (UMT), il fait partie des guest stars. Moukharik représente la première centrale syndicale à avoir signé, fin janvier 2012, une convention de médiation sociale avec le patronat. «Merci Miloud», lui lancera d’ailleurs publiquement l’ex-président de la commission Emploi et Relations sociales de la CGEM. Jamal Belahrach sera, aux côtés de Salwa Belkziz Kerkri, l’un des 6 intervenants amenés à dresser en 3 minutes un bilan de trois années. Amicalement, il enchaîne sur son speech: «Moukharik ne sortira pas de la salle tant qu’il n’aura pas signé le texte sur le droit de la grève». Malgré des réticences syndicales, ce projet figure parmi les 16 lois organiques  prévues par la nouvelle Constitution. La CGEM aurait proposé un texte «clés en main» au gouvernement Benkirane. Son rapport moral de 2012, lui, fait plutôt valoir «un ensemble d’amendements». Amender quoi? Depuis 1962, le Maroc n’a jamais pu adopter une loi régissant le droit de la grève. Les élections patronales ont servi ainsi à mettre sur table un dossier qui fâche.

Retrouvailles

L’ENVERS du décor: des retrouvailles éphémères entre patrons surbookés. Et où les affinités sectorielles ne priment pas forcément. Pour les télécoms, chacun des 3 concurrents était de son côté. L’ex-président de la Confédération, Moulay Hafid Elalamy, est joyeux… mais réservé pour partager ses impressions. Aussi bien lui que les plus anciens ont eu droit aux hommages de leur successeur: Abderrahman Bennani Smires (1988-1994) «le clairvoyant», Abderrahim Lahjouji (1994-2000) et Hassan Chami (2000-2006) «les tenaces», Elalamy (2006-2009) «le moderne», puis Horani «le serein» (2009-2012). Depuis que l’ex-Confédération des entreprises du Maroc a été marocanisée en 1969, neuf présidents se sont succédé à sa tête. Toute une histoire à défricher et pour laquelle le président sortant a mandaté 4 chercheurs. La lettre adressée au Souverain à la fin du scrutin ouvre aussi une piste documentaire. Il n’y a donc pas de quoi être surpris si l’historiographe du Royaume, Abdelhak El Mrini, était aux premières loges.

Faiçal FAQUIHI

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