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samedi 25 octobre 2014,
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Législatives 2011: Trois scénarios pour une victoire
Le chef du gouvernement du RNI, de l’Istiqlal ou du PJD?
Des alliances plus logiques pour une majorité
L’USFP, incontournable, quelle que soit l’équation

   
Législatives 2011: Trois scénarios pour une victoire
Si le RNI arrive en première position, Salaheddine Mezouar est donné favori pour occuper le poste de chef du gouvernement

La campagne s’achève aujourd’hui à minuit. Place au vote demain vendredi. L’une des inconnues reste le taux de participation que chacun voudra nettement plus élevé que les 37% de 2007, histoire de donner plus de crédibilité et davantage de force aux prochains gouvernement et Parlement. On s’attend à ce que les citoyens participent massivement au scrutin. Il en va également de la mise en œuvre de la nouvelle Constitution.
Au-delà de ce point décisif, une question lancinante est déjà dans tous les esprits: quel est le parti qui arrivera en tête des élections de ce 25 novembre? Si les sondages sont interdits, restent les pronostics, inspirés de l’observation sur le terrain et des hypothèses. Ainsi, au lendemain des élections, le Souverain choisira le chef du gouvernement du parti qui sortira en tête de cette compétition électorale. En 2007, SM le Roi avait chargé Abbas Al Fassi de former le gouvernement le mercredi suivant le vendredi des élections. Donc, il faudra s’attendre à ce que les choses s’accélèrent. Pour l’heure, trois scénarios sont en cours, mais une donnée est fondamentale: ce sont les Marocains qui décideront de leur sort ce vendredi.

Scénario 1: Le RNI rafle la première place. Dans cette hypothèse, Salaheddine Mezouar est donné favori pour être chef du gouvernement. Le président du RNI s’est déjà positionné dans cette posture, en conduisant la «Coalition pour la démocratie», une alliance qui regroupe 8 partis, plus connue sous le nom générique du G8. A moins que le Souverain n’opte pour Aziz Akhannouch. Les mauvaises langues disent que le ministre des Finances jouerait le lièvre pour son collègue de l’Agriculture. Un autre nom pourrait surgir. Qu’importe, normalement, c’est celui qui mène son parti à la victoire qui récoltera les lauriers. On l’a vu, en 2007, le Souverain avait opté pour Abbas Al Fassi comme Premier ministre en dépit de l’air du temps qui donnait le trio Diouri-Hejira-Ghellab.
Mais pour dégager une majorité, le RNI devra aller au-delà du G8, à moins que cette coalition obtienne plus de 198 sièges. En tout cas, Mezouar avait affirmé que le G8 était ouvert à d’autres formations. La carte de l’USFP est toujours sur la table. Avant d’annoncer la naissance de cette alliance, Salaheddine Mezouar avait demandé à Abdelwahed Radi de monter sur le même bateau. L’offre est toujours valable. Du coup, l’USFP pourrait s’engager dans l’aventure d’autant que certains de ses dirigeants sont bienveillants envers le G8.

Scénario 2 : L’Istiqlal est classé 1er. Une hypothèse plausible. Si le chef du gouvernement a été souvent absent, plusieurs de ses ministres n’ont pas démérité. En plus, l’Istiqlal dispose d’une machine électorale qui n’a pas son pareil sur l’échiquier politique. Se posera l’épineuse question du prochain chef du gouvernement. Abbas El Fassi n’étant pas sur les radars, le choix peut se faire parmi la nouvelle génération qui a percé avant les élections et pendant la campagne électorale, celle-là même qui a expliqué le programme économique et électoral de l’Istiqlal. D’ailleurs, selon la Constitution, SM le Roi nomme le chef du gouvernement du parti arrivé en tête, et non forcément son chef. Yasmina Baddou fait partie de cette nouvelle génération. La dame a une légitimité politique, en remportant, à deux reprises, son siège dans une circonscription locale. A la tête du ministère de la Santé, la gestion de certains dossiers comme la fermeture des cliniques privées, la baisse des prix de certains médicaments, la lutte contre la corruption dans les hôpitaux… l’a finalement mise sur orbite. Avec Yasmina Baddou, le Maroc serait le premier pays arabe à nommer une femme à la tête du gouvernement. Au-delà de l’admiration des pays d’Europe et des Etats-Unis, ce choix ne manquera pas de récolter des bénéfices. En plus, le Souverain a joué un rôle décisif dans la promotion des femmes, avec notamment l’adoption de la Moudawana et le choix de Zoulikha Nasri comme conseillère. Karim Ghellab est également en piste. Avec un bilan positif, le ministre de l’Equipement et du transport s’est forgé une carrure politique dans l’adversité. Il a su mener à terme des chantiers structurants comme le code de la route, la réforme portuaire avec son cortège de grèves qui avaient paralysé le pays et le port de Casablanca. Deux fois député de la capitale économique, il brigue un troisième mandat.
Trois autres potentiels chefs du gouvernement mais présentant le handicap de n’avoir pas brigué de mandat électoral. C’est le cas de Adil Douiri. Son passage au Tourisme dans le gouvernement de Driss Jettou a marqué les esprits. La Vision 2010, c’est lui. La Vision 2015 pour l’artisanat, c’est encore lui. A la tête du gouvernement, il pourra impulser une nouvelle dynamique et apporter de nouvelles idées.
Taoufik Hejira est également un outsider de poids. Même si on le dit affaibli par une campagne qui l’a visé au cours des derniers mois, il reste l’homme qui a relancé le secteur de l’habitat au Maroc. Nizar Baraka n’est pas à sous-estimer non plus. Avec comme coach le secrétaire général de l’Istiqlal, le ministre des Affaires économiques a pris de la bouteille.
Pour former le gouvernement, un chef du gouvernement istiqlalien ne trouvera pas mieux que ses alliés naturels que sont les membres de la Koutla, l’USFP et le PPS. L’Istiqlal ne se gênera pas à faire appel au PJD pour former la majorité, sachant que les partis du G8 ont affirmé haut et fort qu’ils «gouverneraient ensemble ou basculeraient ensemble dans l'opposition». Mais resteront-ils compacts après les élections au cas où le premier parti n’est pas issu du G8? Ce n’est pas si sûr. L’Istiqlal peut piquer le MP au G8. Pour son chef Mohand Laenser, la «Coalition pour la démocratie n’était pas sacrée».


Scénario 3: Le PJD arrive en tête. Les dirigeants de ce parti n’arrêtent pas de crier sur tous les toits, avec parfois des airs de menace. Ils l’ont fait en 2007 avec comme objectif 80 sièges. Ils n’ont obtenu que 46. En tout cas, si oui, Abdelillah Benkirane nommé chef du gouvernement? La fonction exige de la retenue, de la hauteur et une certaine mesure pour pouvoir faire les arbitrages nécessaires. Or, l’homme ne semble pas cultiver ces valeurs. Déjà au sein de son parti, Abdelillah Benkirane a été au bord de la rupture avec certains de ses camarades qui ne partageaient pas ses analyses. La gestion du 20 février en est le dernier exemple. Avec un caractère impulsif, il risque de faire braquer ses partenaires. Certains évoquent d’autres profils du parti, plus posés que lui, comme l’ancien secrétaire général du parti Saâdeddine Othmani ou encore Lahcen Daoudi. Mais le PJD a une épine au pied. Il n’a pas assez de cadres pour gouverner le pays.
Dans cette hypothèse, le PJD aura besoin d’une majorité. Il devra se tourner vers la Koutla. L’Istiqlal en tête. Certains de ses dirigeants, y compris parmi les modernistes, n’ont pas fixé de ligne rouge à cette éventualité. Reste à attirer l’USFP. Le parti de Abdelwahed Radi ne rejettera pas l’offre. Il s’est déjà allié au PJD dans les conseils de plusieurs villes en 2009, comme c’est le cas à Rabat, Tétouan… A l’époque, le chantre de ce rapprochement a été incontestablement Driss Lachgar, membre du bureau politique de l’USFP. Même l’ancien parti communiste marocain, le PPS, n’exclut pas une alliance avec le PJD.
La conjoncture régionale pourra-t-elle déteindre sur le Maroc? Pas sûr! Après la vague islamiste qui rampe sur l’Afrique du Nord, avec la victoire de Ennahda en Tunisie, les Frères musulmans ayant le vent en poupe en Egypte et la direction prise par la Libye, certains s'avancent très vite mettant cet atout au profit des islamistes de Benkirane.
Mais les Marocains pourraient ne pas monter dans ce train en marche. Ils pourraient vouloir conserver leurs spécificités. Un pays unique, avec un Islam tolérant, aux portes de l’Europe et qui aspire à un projet moderniste et démocratique. Pourquoi ne pas conserver cette particularité qui s’est vérifiée lors du printemps arabe? En tout cas, on le saura le 26 novembre prochain.

Mohamed CHAOUI