Economie

Cedeao: Un deal win-win pour le Maroc

Par Ali ABJIOU | Edition N°:5388 Le 08/11/2018 | Partager
La candidature marocaine compte avec le soutien de la majorité des membres
Liens historiques mais d’importantes connexions économiques
Des défis persistent surtout en matière d’émigration et de sécurité
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L’adhésion du Maroc à la Cedeao, l’un des axes principaux de cette 11e édition des MEDays qui se tient jusqu’au 10 novembre à Tanger (Ph. Adam)

Pour le Maroc, la demande d’adhésion à la Cedeao (Communauté Economique des Etats d’Afrique de l’Ouest) coule de source. Les raisons ne manquent pas pour cette candidature qui a pris de court nombre d’observateurs et soulevé des débats et des réactions passionnées de pays voisins, selon Brahim Fassi Fihri, président de l’Institut Amadeus, organisateur des MEDays qui tiennent cette année leur 11e édition à Tanger.

Ce dernier se place cette année sous la thématique des disruptions actuelles en matière géostratégique et des nouveaux paradigmes qui en découlent, avec l’Afrique comme principale scène. La Cedeao est une organisation lancée dans les années 70. Elle compte quinze pays africains placés à l’ouest sur la façade atlantique.

Depuis, elle n’a fait que quelques timides avancées, même si ses ambitions allaient au delà. Mais depuis quelques années, avec l’augmentation du rythme de développement des économies africaines, elle commence à devenir séduisante. Elle offre un projet inédit en Afrique, une monnaie et un marché communs ainsi qu’une union douanière avec une libre circulation des biens et des personnes. Une idée qui est d’ailleurs en phase avec les ambitions du Maroc. Depuis que le Royaume a annoncé son intention d’intégrer l’union, d’autres pays maghrébins ont eux aussi montré la même ambition. C’est le cas de la Tunisie qui veut devenir membre observateur et la Mauritanie qui aspire au statut de membre associé.

Toutefois, en ce qui concerne le Maroc, il s’agit là de formaliser une forte politique d’intégration, comme le souligne Fassi Fihri. «Le Maroc est en effet le premier investisseur africain dans la région et le premier exportateur», rappelle-t-il, allant même jusqu’à parler de «membre de facto». Pour la Cedeao, il s’agit d’une initiative nouvelle non prévue dans les statuts.

Cependant, la situation devrait connaître quelques changements. «Un comité mis en place par l’organisation et qui comprend des représentants de plusieurs pays africains membres, réfléchit aujourd’hui à la possibilité d’accueillir de nouveaux entrants», souligne pour sa part Mankeur Ndiaye, conseiller du président sénégalais et ancien ministre des Affaires étrangères du Sénégal. Pour lui, «l’adhésion du Maroc est une affaire qui relève du naturel».

Le dessin de l’Afrique de l’Ouest repose sur des éléments purement arbitraires qui n’obéissent qu’à une logique héritée de l’époque coloniale, argumente-t-il. Un élargissement vers le Nord du continent avec une extension jusque dans la Méditerranée est possible, voire même souhaitable. Luis Filipe Lopez Tavares, ministre cap-verdien des Affaires étrangères, est du même avis. «L’intégration régionale avec le Maroc est déjà en marche», souligne le chancelier de ce pays qui rappelle que les liens du Maroc avec le Cap-Vert remontent au XVIIIe siècle, lors de l’installation des premiers Marocains.

La présence marocaine dans la région va au-delà puisqu’elle s’inscrit dans une vision d’internationalisation de l’économie marocaine qui s’est tournée en priorité vers cette région.

«En plus des liens séculaires, la candidature marocaine est d’autant plus aisée à accepter que les intérêts économiques sont là», insiste Boubou Cissé, ministre malien de l’Economie et des Finances. L’intégration du Maroc pourrait apporter un grand plus aux pays de la communauté des pays de l’Afrique de l’Ouest. Ne serait-ce qu’au niveau de l’expérience de construction étatique du Maroc, indique Moussa Mara, ancien Premier ministre malien. Ce pays pourrait aussi constituer un point supplémentaire de connexion à l’économie mondiale pour les pays membres de la Cedeao. Ses arguments plaident pour lui: un pôle logistique très développé, et une porte grande ouverte sur le monde du savoir grâce à son maillage universitaire.

Mais il reste encore à en déterminer les modalités. Si en matière de libre circulation des biens et des personnes et de monnaie unique, les détails peuvent être discutés, l’union douanière risque de poser de sérieux tracas aux négociateurs.

«A ces problématiques s’ajoutent celles liées à la sécurité et aux politiques migratoires», fait observer Mohamed Tawfiq Mouline, directeur de l’Institut royal d’études stratégiques, des éléments d’une brûlante actualité surtout au niveau de la Méditerranée.

Un marché prometteur

Les échanges commerciaux de la Cedeao connaissent de grands déséquilibres. Elles ont représenté 1,1% du commerce mondial en 2016, mais seulement 10,6% des exportations et 7,8% des importations sont réalisées entre les pays membres de cette zone. En valeur, le commerce extérieur de la Cedeao est passé de 45,3 milliards de dollars en 2000 à 144,4 milliards en 2016. Les échanges avec le Maroc ont connu une tendance haussière au cours des dernières années. Ils ont atteint 10,3 milliards de DH en 2017 contre 1,5 milliard en 2000. Cette croissance reflète le dynamisme des exportations marocaines, qui sont passées de 2,8 milliards de DH en 2008 à 9,4 milliards en 2017, selon une note de la Direction des études et des prévisions financières. Les importations marocaines en provenance de cette région ont atteint en 2011 les 2,7 milliards de DH, avant de s’inscrire en baisse pour se chiffrer à 0,8 milliard de DH en 2017. Le solde commercial est globalement excédentaire en faveur du Maroc (+8,5 milliards de DH en 2017 après 0,2 milliard en 2000).
Créée par le traité de Lagos le 28 mai 1975, la Cedeao s’est donnée pour objectif principal de promouvoir la coopération et l’intégration dans la perspective d’une Union économique de l’Afrique de l’Ouest. Elle regroupe 15 pays: Bénin, Burkina Faso, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Liberia, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone et Togo.

Le lobbying des MEDays

Pour le forum MEDays, la thématique de l’adhésion du Maroc à la Cedeao a été prise à bras-le-corps. Lancé par l’Institut Amadeus, le forum a inscrit cette volonté marocaine en filigrane de ses travaux, allant jusqu’à prévoir un workshop organisé en amont de l’inauguration officielle et qui a servi à rapprocher les acteurs et à faire du lobbying pour la candidature marocaine. Il y a lieu de noter que MEDays a pris depuis quelques années une nette nuance africaine en suivant la tendance nationale qui, après avoir longtemps regardé vers le Nord, elle s’est tournée vers le Sud, l’Afrique.

Ali ABJIOU

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