Tribune

Syrie: De la guerre civile vers les guerres régionales

Par Gabriel BANON | Edition N°:5275 Le 18/05/2018 | Partager

Gabriel BANON, ingénieur civil, économiste et expert en géopolitique, a développé une double carrière, en politique et en tant que patron d’entreprises industrielles. Conseiller économique de différents chefs d’Etat, il fut appelé dès le début du processus de paix au Moyen-Orient auprès du président Yasser Arafat (1994-2004). Chroniqueur  sur Atlantic Radio, conférencier, consultant international, il a été élu, «Géopoliticien de l’année 2003», par un panel de journalistes spécialisés à Genève. Gabriel Banon a publié 6 livres. Le 7e un manuel de géopolitique vient juste de sortir  (Ph. L’Economiste)

La Syrie est-elle en passe de glisser de la guerre civile à une guerre régionale? Les frappes des Américains et ses alliés sur les sites syriens, en sont-elles les prémices?

Les rodomontades du président américain Donald Trump soulignent les incohérences et les contradictions de sa politique, et l’absence d’une réelle stratégie américaine en Syrie. Ordonner une ou deux frappes contre les forces d’Assad, ne modifie en rien l’équilibre des pouvoirs dans la région et ne renforce pas la position de Washington dans ce pays déchiré par la guerre, sans parler du Moyen-Orient en général.

La riposte occidentale à l’attaque chimique, attribuée à Damas, a suscité de sérieuses réserves. En s’engageant à retirer de Syrie les maigres troupes américaines et renoncer à ses engagements en Syrie, Trump a perdu l’opportunité de peser sur l’avenir du pays. Les acteurs locaux et régionaux, qui avaient placé leur confiance dans les engagements américains, risquent d’en payer le prix fort.

Les Kurdes abandonnés

Les Kurdes – l’allié le plus fiable et le plus efficace des Etats-Unis dans le combat contre l’EI – ont été abandonnés à leur sort, malgré les assurances des officiels de l’administration Trump.

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Les «frappes», le mot à la mode pour parler de bombardements, de la semaine dernière (Ph. AFP)

Les Kurdes critiquent, à juste titre, cette administration pour les avoir sacrifiés sur l’autel des relations stratégiques turco-américaines. Avec le retrait des Etats-Unis, ils peuvent se sentir obligés de s’allier avec Assad pour assurer leur protection.

Mais la bataille va être dure, car le départ des Américains renforcera probablement l’emprise de la Turquie. Sans les Etats-Unis, les principales puissances étrangères restant engagées dans le conflit syrien – la Turquie, la Russie et l’Iran –vont consolider leurs sphères d’influence et se partager, après la guerre, le butin de la reconstruction.

Le président russe Vladimir Poutine est le faiseur de roi, dont l’intervention militaire, au moment opportun, a sauvé le régime d’Assad de la défaite et retourné le sort des armes en sa

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A sortir en août prochain chez La Croisée des Chemins. Il sera un des très rares ouvrages-manuels qui aborde la question d’un angle différent de celui des géopoliticiens des pays développés. On peut le précommander chez son libraire ou sur Amazon

faveur. Dès lors que les Etats-Unis abandonnent la partie en Syrie, les liens militaires et économiques de la Turquie avec la Russie ne vont que se resserrer. Comme la Russie, l’Iran est aujourd’hui la puissance régionale la plus influente en Syrie, comme elle l’est en Irak et au Liban. Mais la ruée pour remplir le vide laissé par les Etats-Unis va provoquer l’étincelle qui mettra le feu aux poudres.

La situation de quasi guerre met désormais aux prises l’Etat hébreu et les milices dirigées par les gardiens de la révolution iraniens. La présence en Syrie de ces quelque 20.000 hommes n’a apparemment d’autre but que d’y établir un avant-poste pour cibler le territoire israélien.

On peut légitimement s’inquiéter qu’Israël n’utilise le retrait américain comme un prétexte pour intensifier ses frappes contre l’Iran et le Hezbollah en Syrie – une initiative qui pourrait enflammer toute la région, et y entraîner les Etats-Unis, l’Irak et l’Arabie saoudite, principal rival de l’Iran pour l’hégémonie régionale.

De cet embrouillamini ne sortira, pour le moment, que souffrance et douleur pour les peuples toujours otages du jeu politique. Ce jeu géostratégique n’a pas fini de redistribuer les cartes.

 

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