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Ressources génétiques/Nezha El Ouafi: «Aucun bénéfice réel n’est partagé avec les pays du Sud»

Par Nadia DREF | Edition N°:5223 Le 06/03/2018 | Partager
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Nezha El Ouafi, Secrétaire d’Etat chargée du Développement durable (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: Que représente le potentiel de la biodiversité génétique au Maroc?
- Nezha El Ouafi:
Le Maroc est considéré comme le centre de la diversité génétique pour plusieurs espèces cultivées et sauvages apparentées, 20% des 7.000 espèces végétales qui existent au Maroc sont endémiques. Il dispose de 400 espèces reconnues pour leur usage médicinal et/ou aromatique, et 800 espèces à potentiel aromatique ou médicinal. Ce qui érige le Maroc en tant que destination privilégiée de nombreux laboratoires européens, australiens et autres, pour faire profiter des cultures de ces pay, des particularités écologiques des variétés marocaines. Je rappelle que les prélèvements des ressources génétiques et leur exploitation se font, dans la grande majorité des cas, dans un sens unique Sud-Nord et aucun bénéfice réel n’est donc partagé avec ces pays du Sud.

- A quoi est dû ce déséquilibre qui pénalise l’économie du pays?
- Ce dysfonctionnement est dû principalement à notre législation embryonnaire et insuffisante pour tenir compte des engagements pris par le Maroc dans les conventions et les accords régionaux et internationaux en relation avec la protection et la valorisation effective de nos ressources biologiques. Ceci malgré le fait que la législation marocaine a connu des avancées importantes dans certains domaines environnementaux comme la gestion des déchets solides, la protection de la qualité de l’air, la protection du littoral...
C’est dans ce sens que la Conférence des Parties à la Convention sur la diversité biologique a adopté le Protocole de Nagoya le 29 octobre 2010, au Japon. Ce protocole est une opportunité pour notre pays pour assurer une protection effective de ses ressources génétiques, ainsi que des savoirs et des connaissances traditionnelles liés à leur utilisation tout en réglementant l’accès et le partage des avantages y afférents. La valorisation du patrimoine immatériel des connaissances traditionnelles relatives à la conservation et à l’utilisation durable des ressources génétiques et au partage des avantages qui en découlent nécessite l’implication des communautés locales et la réglementation du mécanisme d’accès à ces ressources génétiques et du partage de leurs revenus.

- Quelles sont les actions prises pour pallier ce dysfonctionnement?  
- Pour faire face à cette situation et renforcer le cadre juridique et institutionnel relatif à la protection et la valorisation des ressources génétiques, nous avons entamé ce processus avec la signature du Protocole de Nagoya en 2012 et sa publication au Bulletin officiel le 4 juillet 2013. Ensuite, nous avons initié un projet intitulé «Biodiversité et Valorisation des ressources génétiques», dans le cadre d’un programme de coopération avec la République fédérale d’Allemagne. Ce projet vise notamment le renforcement du cadre juridique et institutionnel lié à la valorisation de ce patrimoine et le renforcement des capacités des acteurs en la matière. Il a permis au Maroc d’élaborer un projet de loi relatif à l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation qui a été soumis au Secrétariat général du gouvernement. Ce projet a aussi permis de renfoncer les capacités des acteurs-clés concernés, aussi bien au niveau national que territorial, ou encore de promouvoir la recherche et développement pour mieux valoriser les ressources génétiques.

Propos recueillis par Nadia DREF

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