Analyse

Marché des changes: Les grands comptes en première ligne

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5201 Le 02/02/2018 | Partager
Pétroliers, laboratoires pharmaceutiques, automobile et céréaliers
40 milliards de dollars traités par an dans les salles des marchés
Le risque zéro n'existe pas, à chaque opérateur de définir sa politique de couverture
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La variation euro/dollar montre qu’elle n’a pas eu d’impact substantiel sur le cours du dirham. Son évolution est restée dans la bande avant l’élargissement des marges de fluctuation. Mais rien ne prédit que les choses resteront en l’état car le secrétaire au Trésor américain et le président Donald Trump ont prévenu «qu’un dollar faible était une bonne chose pour la croissance». Les opérateurs ont bien saisi le message. Le billet vert continue de reculer face à l’euro.

Les banquiers reprennent le marathon de sensibilisation et la pédagogie auprès des entreprises sur le dirham. Les équipes de BMCE Capital Markets étaient à Marrakech mercredi 31 janvier. Et mardi 6 février, elles sont attendues à Nador.

Dans ces deux étapes, le message aux entreprises, surtout les PME qui redoutaient la flexibilisation du dirham, est le même: l’exposition au risque de change est constamment présente; d’où l’intérêt de se structurer en définissant un cours budget, qui correspond au niveau du cours de change à partir duquel une entreprise sécurise ses marges (voir aussi interview de Leïla Benchemsi, directeur adjoint de BMCE Capital Markets en page suivante).

L’enjeu est de consolider la position de la banque sur le marché de change évaluée à 15%. En moyenne, le marché de change, tous opérateurs compris, traite 20 millions de dollars par jour. Rapporté aux 200 jours ouvrables par an, cela fait 40 milliards de dollars. Sur le plan du volume, l’énergie, l’automobile, l’industrie pharmaceutique et les céréales sont les secteurs les plus actifs dans les salles des marchés.

Même s’il reste timide, l’élargissement de la bande de fluctuation du dirham crée une situation nouvelle pour des entreprises qui étaient habituées à vivre dans un certain confort. La main sur le cœur, les professionnels assurent «qu’il n’est pas question de pousser les entreprises à prendre des positions de change». On présente la situation du marché, les risques et les outils de couverture, mais la décision finale de se couvrir ou pas revient au client, insiste un opérateur du marché.

C’est un clin d’œil au gouverneur de Bank Al-Maghrib qui accusait les banques de pousser leur clientèle à anticiper  une dévaluation (en fait, une forte dépréciation) du dirham dès la mise en œuvre du nouveau régime de change. La Banque centrale s’étonnait alors des volumes de transactions inhabituels sur le marché de change. En deux mois, les achats des devises avaient atteint 40 milliards de DH.

Avec le recul, ces accusations se sont avérées infondées, fait remarquer un banquier. Comment réagit un client en cas de «sinistre» (s’il subit une perte de change)? Le but d’une couverture est de se protéger contre une variation défavorable d’une devise: entendez une baisse du cours pour un exportateur et une hausse pour un importateur, rappelle un banquier. Si une perte de change se produit car la couverture s’est avérée inadaptée, cela se traduit par un manque à gagner pour une entreprise.

Mais, le même client exposé au marché international, peut recourir aussi aux dérivés qui présentent l’avantage de se sécuriser contre une éventuelle hausse ou une dépréciation du cours de la devise. L’option est un peu la classe business sur le marché des changes.

Trois mois de couverture en moyenne

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Dans la salle des marchés de BMCE Capital Markets, les traders ont les yeux rivés sur les écrans pour surveiller la cotation des devises et des grandes matières premières (Ph. F. Al Nasser)

Prenons l’exemple des exportateurs d’agrumes vers la Russie dont on a refoulé une partie de la marchandise au Maroc. Si ces entreprises ont effectué une couverture optionnelle, elles ne seront pas impactées car elles pouvaient à tout moment activer la possibilité d’une couverture partielle. Mais attention, tempère un banquier, il n’y a pas de formule magique transposable à toutes les situations, même si les couvertures par des options offrent plus de souplesse.

Habituées au marché des changes, les sociétés minières doublement exposées sur les cours des métaux et des devises, ont largement anticipé la correction des cours internationaux des métaux qui amorcent une baisse actuellement. Pour elles, un dirham plus flexible ne change rien à la donne. Ce sont les mêmes qui viennent au guichet.

Surexposés aux variations des cours du blé et du dollar, les importateurs céréaliers sont parmi les élèves les plus assidus du marché de change et les opérateurs les plus rodés. Dans les salles des marchés, les traders ont constamment les yeux rivés sur les écrans pour surveiller les grandes places de cotation. Les marges dans le secteur étant serrées, il serait mortel de ne pas se couvrir, constate un professionnel.

L’industrie pharmaceutique a une particularité: elle n’a pas la maîtrise de leur prix de vente, le prix du médicament étant réglementé. La couverture est presque une obligation car toute hausse de la devise ou des intrants à l’importation peut rogner les marges. Au contraire des sociétés pétrolières qui peuvent augmenter le prix du carburant à la station-service, les entreprises du médicament ne peuvent pas modifier le prix de vente.

En revanche, elles peuvent se couvrir sur 6 mois (c’est la tradition dans le secteur) en fixant à l’avance le cours auquel elles importent les matières premières. La réglementation actuelle permet de se couvrir sans limitation de durée. De manière générale, la moyenne de la période de couverture que sollicitent les entreprises est de 3 mois.

 

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