Culture

De Goya à nos jours: Les trésors de la collection Banco de España au MM6

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5139 Le 01/11/2017 | Partager
Plus de 70 œuvres retraçant deux siècles de l’art espagnol
Première grande exposition de la banque à l’étranger
Un regard sur l’histoire politique, économique et culturelle du pays
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Une sélection d’artistes conceptuels qui se sont penchés dans leur œuvre sur les relations entre l’art et l’économie clôture l’exposition. Ici une œuvre de Daniel García Andújar, intitulée Le capital. La marchandise, Guilloché, 2015

Plus de 200 ans d’histoire de l’art espagnol, exposé dans le Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain. C’est ce que propose l’exposition «De Goya à nos jours, Regards sur la collection Banco de España».  Il s’agit d’une sélection d’œuvres d’art de la prestigieuse collection  de la Banque d’Espagne, l’une des plus importantes de la péninsule ibérique, qui s’offre, pour la première fois, un voyage aussi important, en dehors des frontières européennes.

Plus de 70 œuvres majeures,  proposant un voyage, à travers plusieurs séquences, reflétant  l’histoire politique, économique et culturelle du pays depuis le XVIII siècle. L’exposition,  à l’instar de la collection Banco de España, est organisée en deux parties distinctes. Une première partie historique constituée de portraits, de membres de la Royauté, de gouverneurs de la banque centrale ainsi que d’illustres personnages du pays, datant principalement de la fin du XVIe jusqu'à la fin du XIXe siècle.

La seconde partie, plus contemporaine, provient dans sa grande majorité de pièces datant de la deuxième moitié du XXe siècle. Deux sections bien différenciées, montrant la dualité de la collection particulière, entre  un prologue qui décrit les mutations de l’institution financière à travers des portraits institutionnels et  une large sélection d’œuvres contemporaines ayant accompagné une Espagne en perpétuelle ébullition.

Le parcours proposé par les commissaires de l’exposition suit donc cette logique chronologique et donne à voir plusieurs étapes de l’histoire  des courants picturaux du pays. C’est une œuvre majestueuse qui ouvre l’exposition: le portrait  du Roi Carlos III. Une huile sur toile de 160 sur 120 cm datant de 1782 et attribuée à Mariano Salvador Maella.

Une œuvre doublement symbolique, du fait que Carlos III soit le fondateur de la Banco de San Carlos, ancêtre de la Banco de España, mais également parce que le souverain a été le premier Roi à avoir signé un traité de paix et de commerce hispano-marocain en 1767. Une autre œuvre majeure de la galerie des portraits étant celle du Marquis de Tolosa, peinte par Francisco de Goya, en 1789. Une des  œuvres les plus importantes du patrimoine espagnol, qui marque un tournant dans l’histoire de l’art du pays. Le personnage y est représenté sur un fond sombre, sans aucun ornement ni mise en scène.

Une remarquable simplicité proche de la captation instantanée, qui met en exergue le reflet magistral de la sensibilité qui émane de son visage. Une  des œuvres qui fera de l’artiste aragonais le premier peintre de la modernité européenne. A quelques encablures, c’est un bond dans l’histoire que nous propose le parcours de l’exposition qui s’aventure à travers les manifestations artistiques espagnoles de l’après-guerre. Dans un pays où l’économie commence à peine à se relever, à la fin des années 50, les jeunes créateurs de l’avant-garde s’inscrivent dans les courants internationaux qui émergent à l’époque.

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L’exposition propose une première partie historique constituée de portraits, de membres de la Royauté, de gouverneurs de la banque centrale ainsi que d’illustres personnages du pays, datant principalement de la fin du XVIe jusqu'à la fin du XIXe siècle

L’art informel prend alors forme, annonçant les débuts de l’abstraction lyrique. Inspirés par les nouveaux langages expérimentés à Paris, par un Dubuffet ou Fautrier, un groupe de Catalans commencera alors des recherches sur les potentialités plastiques de matériaux, n’étant pas considérés comme artistiques. L’exposition nous laisse voir une des œuvres majeures de celui qu’on considère aujourd’hui comme l’un des pionniers de ce mouvement: Antoni Tàpies.

Intitulé Forme 8 sur gris noir, datant de 1968, le triptyque  reflète  le déchirement et le drame silencieux issus de la recrudescence de la répression politique des années finales de la dictature espagnole. Même sensation de drame, de lutte se retrouve chez un autre artiste incontournable, Antonio Saura, fondateur du groupe El Paso (groupe d’artistes anti-franquistes), avec Manolo Millares, Rafael Canogar et Luis Feita, dont on retrouve également les œuvres dans l’exposition.

«Du geste à la matière», l’exposition fait un détour par un autre thème qui est celui de la «poétique de la géométrie». Regroupant des artistes qui ont choisi de fusionner les discours plastiques avec l’architecture, le design industriel ou la science. Les gestes sont plus rationnels, quasi géométriques en dehors de toute proposition émotionnelle ou subjective. Fer de lance de ce mouvement l’Equipo 57, collectif d’artistes et d’architectes espagnols ou encore Pablo Palazuelo…

Des artistes qui ne sont pas sans rappeler par leurs techniques, leurs visions ou même la portée presque mystique de leurs travaux, l’école de Casablanca, menée à la même époque par un certain Farid Belkahia, Mohamed Melehi ou Mohamed Chebâa.

L’exposition aborde également le dynamisme des artistes espagnols des années 1990 tels que Rogelio Lopez Cuenca et son regard sans complaisance sur l’autocomplaisance du monde  post-communiste ou alors les différentes représentations du corps féminin de la photographe Helena Almeida. Une sélection d’artistes conceptuels qui se sont penchés dans leur œuvre sur les relations entre l’art et l’économie clôture l’exposition. A voir au Musée  Mohammed VI d’art moderne et contemporain à Rabat jusqu’au 4 février.

 

 

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