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Une soie artificielle aussi solide que l’acier

Par Axel HÖPNER - Handelsblatt | Edition N°:5136 Le 27/10/2017 | Partager
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 Biosteel supporte la chaleur, est quatre fois plus résistant que l’acier, tout en étant plus flexible et plus doux au toucher. Il est surtout biodégradable à 100% (Ph. AMSILK)

La start-up allemande AMSilk attrape de grandes marques dans sa toile d’acier. Elle a développé un procédé permettant de produire un fil d’araignée de synthèse en manipulant génétiquement des bactéries.

Tout près de Munich, dans le cluster scientifique de Martinsried, une petite entreprise de biotechnologie transforme des bactéries en soie. Fondée en 2008, AMSilk et ses 30 employés ont développé un procédé permettant de produire un fil d’araignée de synthèse en manipulant génétiquement des bactéries E. coli.

Grâce à des techniques traditionnelles de fermentation déjà employées dans l’industrie chimique, un ADN de soie d’araignée modifie les bactéries afin de produire des fibroïnes ou protéines de soie dans de grands bioréacteurs. Cette matière première est ensuite purifiée pour obtenir une poudre blanche utilisée dans plusieurs produits AMSilk. Le processus, breveté, s’inspire des travaux de recherche de Thomas Scheibel, professeur spécialiste des biomatériaux à l’Université de Bayreuth.
AMSilk appelle Biosteel ce produit
de synthèse. «Cela revient à prendre le meilleur de ce qu’offre la nature pour le produire à échelle industrielle», déclare Jens Klein, son PDG. Contrairement à son équivalent de laboratoire, la soie naturelle d’araignée ne peut être obtenue en grandes quantités et sa qualité peut varier. Biosteel supporte la chaleur, est quatre fois plus résistant que l’acier et trois fois plus extensible qu’une toile d’araignée, tout en étant plus flexible et plus doux au toucher. Mais surtout, il est biodégradable à 100%.
Les nouveaux matériaux durables font parler d’eux dans l’industrie allemande de l’habillement, notamment dans le segment des tenues de sport et d’extérieur. Les clients veulent des vêtements fonctionnels et résistants qui sèchent rapidement. Et ils ne rechignent pas non plus à débourser quelques centaines d’euros pour une veste fabriquée de manière écologique.

AMSilk a réussi ses étapes de recherche et développement, mais a encore du travail à faire en matière de marketing. Jens Klein évoque des partenariats potentiels, notamment avec Adidas. Il y a quelques mois, à New York, la marque de sport a présenté un prototype de chaussure fabriqué à l’aide de Biosteel, Futurecraft Biofabric. Ce modèle est composé à 100% de  matières biodégradables, la partie supérieure étant entièrement tissée de fibres Biosteel. La collaboration avec AMSilk permet à Adidas «d’atteindre un niveau incomparable en termes d’écologie», explique James Carnes, vice-président en charge de la stratégie de marque d’Adidas. L’utilisation de Biosteel à plus grande échelle est à l’étude dans l’entreprise.

Bien qu’AMSilk détienne plus d’une vingtaine de brevets, la concurrence représente un risque réel car d’autres startups travaillent sur des projets similaires. Ainsi, la marque de vêtements de plein air The North Face a développé une parka de soie artificielle d’araignée avec la start-up japonaise Spiber Inc. Mais nombre de ces projets restent au stade de pilotes, conçus avant tout pour monter ce qu’il est possible de réaliser, car le prix de revient de la matière est encore très élevé.

Les avis divergent quant aux chances des variantes synthétiques de la soie de conquérir le marché. Chez AMSilk, la production reste coûteuse, notamment du fait des petites quantités fabriquées. La start-up allemande espère que les coûts baisseront lorsque la production atteindra une échelle industrielle. Comparé à d’autres fibres, Biosteel apporte une valeur supplémentaire aux produits conçus pour la performance sportive, explique l’entreprise. Une fois produit à grande échelle, il devrait devenir compétitif par rapport aux principales fibres utilisées dans l’industrie de la chaussure et de l’habillement.

Au total, l’entreprise a attiré des dizaines de millions d’euros d’investissements pour sa technologie. Il est désormais stratégique pour elle d’accroître les types d’utilisation de ses soies, par exemple dans la chimie de spécialité. Elle collabore avec l’entreprise suisse de produits médicaux et cosmétiques Rahn AG sur une gamme de produits de soins pour la peau et projette de travailler sur des implants chirurgicaux.o
 

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