International

La crise en Catalogne inquiète

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5121 Le 06/10/2017 | Partager
La justice espagnole suspend une séance du Parlement sur l'indépendance
Les grandes banques dans la tourmente
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Les dirigeants séparatistes catalans iront-ils jusqu'au bout en déclarant l'indépendance de manière unilatérale? En tout cas, la justice espagnole a suspendu la séance parlementaire prévue pour lundi prochain au Parlement catalan sur les résultats du référendum d'autodétermination interdit. Une déclaration d'indépendance y était envisagée. En l'absence de dialogue entre les séparatistes catalans et le gouvernement, l’Espagne est dans l’impasse.

Les risques pour l'économie espagnole en pleine croissance étaient à la Une de tous les quotidiens. Les bourses espagnoles comme les banques ont accusé le coup dans un contexte incertain. Banco Sabadell, deuxième banque catalane, la plus touchée avec un effondrement de son cours de près de 6%, a décidé de réagir sans tarder. Son conseil d'administration avait prévu de débattre d'un éventuel départ de son siège social de Catalogne. Pour sa part, la première banque catalane, CaixaBank, envisage aussi de déménager aux Baléares. Ces deux banques, si elles restaient dans une Catalogne indépendante, seraient exclues de la zone euro.

Malgré un appel au dialogue de la Commission européenne, le président catalan Carles Puigdemont a surenchéri dans son duel avec Madrid. Il a adressé un message au roi Felipe VI, qui avait accusé les autorités catalanes de manifester une «déloyauté inadmissible». Soufflant le chaud et le froid, Puigdemont a insisté sur son souhait d'une médiation pour résoudre la crise. La réponse de Madrid a été une fin de non recevoir.

S'il déclarait l'indépendance, la réponse du gouvernement pourrait être musclée. Elle peut aller jusqu'à une suspension de son autonomie pour prendre directement les rênes de la région. Le gouvernement catalan n'a pas donné beaucoup de détails sur les moyens dont il dispose pour assurer les fonctions d'un Etat: «sécurité, contrôle des frontières et de l'espace aérien, finances, santé...». Il a un embryon de Trésor public mais est criblé de dettes, rapporte l’AFP. L'Etat espagnol peut lui couper les fonds et a un pouvoir de pression sur les fonctionnaires dont il verse les salaires.

Politiquement, la situation est complexe pour le gouvernement de Mariano Rajoy. Il est pressé par son électorat de mettre fin à la crise. Rajoy ne manifeste aucune intention d'accepter une médiation que l'Europe ne propose pas, même si la situation l'inquiète. «Il est grand temps de dialoguer, de parler, de trouver une voie pour sortir de l'impasse et de travailler conformément à l'ordre constitutionnel espagnol», a pourtant insisté Frans Timmermans, le vice-président de l'exécutif européen. Or la Constitution espagnole ne prévoit pas de référendum d'indépendance.

Respect de la Constitution

«La gestion des conflits doit se faire dans le respect total de la Constitution, des lois en vigueur et dans le cadre du dialogue», c’est ce qu’a souligné à la presse la présidente déléguée de l'Internationale Libérale, Hakima El Haite, en commentant le référendum en Catalogne. Ce dernier demeure illégitime tant que les Catalans n'ont pas trouvé une issue favorisant le dialogue et le consensus.

Les recours

Mardi soir, le roi Felipe VI a fustigé les dirigeants catalans. Le ministre de l'Intérieur, Juan Ignacio Zoido, les a aussi accusés d'encourager «la rébellion», qui est punie en Espagne de 15 à 25 ans de prison. Madrid dispose d’autres mesures. Une loi de «sécurité nationale» promulguée en 2015 permet au gouvernement de décréter que le pays se trouve dans une «situation mettant en cause la sécurité nationale. C'est, a expliqué Mariano Rajoy, une procédure pour les situations à cheval entre «les crises ordinaires, l'état d'urgence, d'exception et de siège». Et elle permet de légiférer par décret et par exemple de contrôler directement la police catalane. La mesure la plus extrême serait l'application de l'article 155 de la Constitution, qui permet au gouvernement d'adopter les mesures nécessaires dans une région déterminée. Elle permet de suspendre une partie de l'autonomie de la Catalogne. Mais l'impact économique de la crise peut jouer contre le gouvernement. Car les milieux économiques, qui seraient touchés de plein fouet (fuite de capitaux, chute de la Bourse, hausse de la prime de risque...), pourraient exiger qu'il négocie! Et n’oublions pas que la rue est agitée en Espagne et surtout en Catalogne.

 

 

 

 

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