Culture

Peinture: Bensahraoui sublime la Luha

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5114 Le 27/09/2017 | Partager
Une fibre artistique de père en fille
L’artiste peintre propose un travail très particulier sur du bois de thuya
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Les œuvres de Abderrahim Bensahraoui, peintes sur des planches de thuya, sont souvent un hommage à la femme. L’artiste les agrémente de poèmes célébrant sa ville natale (Ph. Bensahraoui)

Chez les Bensahraoui, l’art est une question de père et fille. Le papa, Abderrahim Bensahroui, accrochait samedi 23 septembre ses peintures, sur bois de thuya, aux  cimaises de la galerie Marsam à Casablanca, le lendemain, la fille, Oum, donnait un concert mémorable à la clôture du festival L’Boulvard. L’artiste marrakchi, 70 ans, raconte à travers ses œuvres ses souvenirs d’enfance avec une certaine nostalgie où l’image de la femme est omniprésente.

D’abord celle d’une mère, partie trop tôt, ensuite, celle d’une femme aux contours souvent érotiques, évoquée à partir de sa ville natale: une génitrice nourricière, aux seins généreux que représentent les montagnes de l’Atlas. La calligraphie, le zouak, le brou de noix, les crayons à mine de couleurs… le tout sur un matériau exceptionnel et très particulier: la Luha, cette fameuse planche qui sert aux enfants du msid à retranscrire le Coran.

«La relation de mon père avec ses œuvres est une relation fusionnelle, un je t’aime, moi non plus», précise Oum. «La Luha est  d’abord un matériau charismatique,  elle a son caractère et vient avec son histoire. Il faut savoir que la densité n’est jamais la même d’une planche à l’autre, selon son origine ou la manière dont elle a été coupée. Avec cette particularité, c’est souvent la planche qui l’inspire et même quand il décide d’aller vers une direction, des fois, la Luha le rattrape.

C’est donc un travail à deux», explique l’auteure et compositrice. Un travail à deux, intense et très physique, que ne laisse pas imaginer le résultat aérien et emprunt de poésie que l’on retrouve dans l’œuvre de Bensahraoui. Le bois de thuya n’étant pas absorbant, c’est un long processus d’esquisse, de coloriage, de re-coloriage, d’estompage, le tout appliqué délicatement par petite touche jusqu’à ce que la planche s’imprègne définitivement des pigments.

Résultats des œuvres de différents formats, certaines, s’égrenant comme un chapelet, traitant de problématiques actuelles comme la migration, la sécheresse, les bouleversements climatiques mais presque toujours sous le prisme féminin et très souvent illustrées de poèmes. Certains sont signés Abderrahim Bensahraoui, d’autres datent du XIIe siècle et parlent toujours de la cité ocre.

Artiste autodidacte, Bensahraoui eu sa première exposition au Palais des congrès de Marrakech, en 1996, en marge de la réunion des ministres africains des Affaires étrangères. Une autre exposition a suivi en 1997, puis deux autres en 2006, et 2015, et la dernière donc, qui se poursuit jusqu’au 7 octobre à la galerie Marsam.

Né dans la cité ocre en 1947, l’artiste marrakchi y a suivi son enseignement fondamental, primaire puis secondaire, ensuite il s’est inscrit à l’institut d’agronomie en renonçant, en 1963, à une bourse pour l’école des arts plastiques de Tétouan qui dispensait une formation de 4 ans, qu’il n’avait pas devant lui. Il a fallu travailler dur. La maladie de sa mère, la prise en charge de ses frères et sœurs ont eu raison de l’ambition de l’artiste mais pas de son talent.

 

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