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Comment le livre «low-cost» révolutionne l’édition

Par Caroline DE MALET | Edition N°:5052 Le 23/06/2017 | Partager
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L’éditeur, Vincent Safrat qui fraye peu avec le milieu littéraire germanopratin a vendu 2,5 millions de livres en 2016. Son secret? Son prix unique (80 centimes d’euro) défiant toute concurrence, le prix moyen d’un ouvrage jeunesse étant de 7 euros  (Ph. Vincent Boisot -Le Figaro)

Avec son association «Lire c’est partir» l’éditeur «low-cost» Vincent Safrat bouscule le marché de l’édition en vendant aux plus défavorisés, via les écoles, des livres pour enfants à 80 centimes d’euro.

En ce dimanche d’un week-end prolongé de printemps, les petits Parisiens du 18e arrondissement se bousculent dans la bibliothèque Jacqueline de Romilly, pour accéder aux piles de livres qui s’entassent sur le stand de Lire c’est partir, dans le cadre du Salon du livre de jeunesse solidaire. Difficile de se frayer un chemin jusqu’aux ouvrages tant les enfants sont excités. Comme par magie, ces petits n’ayant quasiment jamais possédé un livre de leur vie sont en passe d’en devenir l’heureux propriétaire. Et ils lisent frénétiquement.
A chaque salon, que ce soit à Saint-Ouen ou Clichy-sous-Bois, ce sont environ 2.000 exemplaires qui s’arrachent. Cet éditeur, qui fraye peu avec le milieu littéraire germanopratin, a ainsi vendu 2,5 millions de livres en 2016.
Le secret de ce trublion de l’édition? Son prix unique défiant toute concurrence, le prix moyen d’un ouvrage jeunesse étant de 7 euros. Ce qui ressemble à un tour de force relève pour lui d’une équation très simple: «60% du prix d’un livre sert à la distribution». En se passant des circuits traditionnels et en assurant lui-même la distribution, Vincent Safrat fait chuter drastiquement ses frais. L’impression? Elle coûte 30 centimes pour des livres de poche à couverture souple de moins de 160 pages… Quant à la marge de l’éditeur (15% en moyenne), elle est inexistante chez Lire c’est partir. Car, pour le fondateur de cette association, «tout bénéfice est une escroquerie».

Une approche entrepreneuriale innovante

Pour cet autodidacte d’une banlieue de l’Essonne, la lecture, découverte sur le tard avec L’Education sentimentale de Flaubert, a été une véritable révélation.
Après une première expérience dans l’édition, Vincent Safrat commence en 1992 à faire quotidiennement la tournée des maisons d’édition pour récupérer leurs invendus, destinés à être détruits. Et les distribue gratuitement tous les week-ends en porte-à-porte dans les cités de l’Essonne.
Reste que malgré le soutien de certains grands noms du milieu, comme Robert Laffont, les éditeurs sont difficiles à convaincre. Vincent Safrat cherche alors comment imprimer lui-même ses ouvrages à bas coût. Quand en 1998 un ami soldeur lui explique qu’un livre de poche ne coûte guère qu’un franc à fabriquer, il n’hésite pas une seconde et se jette à l’eau. Ce RMIste prend alors le risque de commander 400.000 exemplaires qu’il doit écouler en quatre mois. «Un imprimeur m’a fait confiance, mais il n’a pas eu à le regretter, puisque je n’ai pas eu de retard de paiement!», se souvient l’audacieux entrepreneur. Deuxième déclic lorsqu’il réalise que les écoles manquent de moyens pour s’équiper: elles seront donc son principal circuit de vente. Il a l’ingénieuse idée, pour contacter les enseignants, de passer par les inspecteurs de l’Education nationale qui, séduits par l’idée, se montrent très coopératifs. Libre aux écoles d’acheter des ouvrages pour leurs élèves ou d’organiser des ventes ouvertes aux parents.
En permanence sur les routes de France, cet homme à l’allure dégingandée livre lui-même ses cartons pendant cinq ans dans les zones défavorisées, urbaines ou rurales, bénévolement. Ses auteurs, eux, y trouvent leur compte grâce à des tirages importants.
« Il a révolutionné l’économie du marché car il raisonne autrement», dit de lui, fasciné, l’écrivain Alexandre Jardin, cofondateur de l’association Lire et faire lire. Aujourd’hui que l’association tourne avec douze personnes et six camionnettes, Vincent Safrat se verse enfin un salaire. Sans jamais avoir demandé la moindre subvention aux pouvoirs publics.

Caroline DE MALET

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