Economie

Maroc-France: Des positions solides mais sous la menace

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5045 Le 14/06/2017 | Partager
Paris, deuxième investisseur derrière les Emirats Arabes Unis
Dans les échanges commerciaux, l’Espagne et la Chine aux aguets
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Les IDE français se concentrent essentiellement dans l’industrie (41%) et l’immobilier (30%)

Deuxième fournisseur du Maroc, la France y garde de solides positions malgré la concurrence de l’Espagne qui lui a ravi la première place à la faveur du développement spectaculaire du sourcing des produits pétroliers raffinés et de la sous-traitance textile au point de faire du Maroc l’une des places fortes  du groupe Inditex (propriétaire de la marque Zara).

La part de marché des entreprises tricolores est estimée à 12,4% (données relatives à l’année 2015). La menace sur les positions françaises ne vient ni de l’Espagne, ni de l’Italie ou d’autres partenaires européens. A l’import, près de la moitié des conteneurs viennent de la Chine, qui représente aujourd’hui le troisième fournisseur du Maroc.

En 2016, la France a exporté pour près de 43 milliards de DH vers le Maroc. Un chiffre en hausse de 13,6% par rapport à l’année précédente. Cette forte progression s’explique aussi par les gros achats des céréales (+73% en volume) pour compenser la chute de la production durant cette année-là. Le Maroc achète également beaucoup de voitures et de composants automobiles.

Dans l’autre sens, les exportations marocaines en France ont totalisé 42,5 milliards de DH en 2016, en hausse de 4,1%. Si le textile et l’agroalimentaire étaient jadis les deux vedettes de l’export sur le marché français, l’industrie automobile joue aujourd’hui le rôle de locomotive. Par dizaines de milliers, les voitures montées à l’usine de Renault à Tanger sont destinées au marché français.

De 2012 à 2015, le Maroc dégageait un excédent commercial de 3,2 milliards de DH dans la balance commerciale avec la France. C’est un fait rarissime dans la cartographie des échanges avec l’Europe.  Néanmoins, un retournement s’est produit l’an dernier, la balance commerciale avec la France s’étant soldée par un déficit de 248 millions de DH. Il résulte, pour l’essentiel, des importations des équipements mécaniques (matériel ferroviaire), du matériel électrique, électronique et informatique. Et dans une moindre mesure, des produits pétroliers raffinés.

Bien que le Maroc importe d’importants volumes de céréales françaises, sa balance alimentaire est excédentaire à hauteur de 1,47 milliard de DH. L’excédent provient des ventes des produits agricoles frais, de la pêche et de l’aquaculture. Il en est de même pour le matériel de transport (véhicules de tourisme et utilitaires): 6,2 milliards de DH en 2016.

En matière d’investissement, la France reste un très grand acteur au Maroc. De Renault au réseau de tramway en passant par la LGV. Mais là aussi, elle fait face à une concurrence très agressive. En 2016, le flux net des IDE captés par le Maroc s’est inscrit en forte baisse de 28,2%. La France, bien qu’en retrait, est dans le trio de tête à la 2e position derrière les Emirats Arabes Unis.  Ses capitaux sont essentiellement destinés à l’industrie: 41%.

Sur les 22,8 milliards de DH drainés en 2015, les opérateurs français ont investi 5,2 milliards de DH. Ils se placent juste derrière les Emirats Arabes Unis (6,3 milliards) et avant les Etats-Unis (3,6 milliards de DH). Ceci, bien que ces deux origines aient enregistré de très fortes hausses de leurs IDE, 53,6 et 44,4% respectivement.  
A fin 2015, le stock des IDE français au Maroc s’élevait à plus de 93 milliards de DH. (Source:  Banque de France). Ce qui représente 57% du stock total des IDE français en Afrique. L’Hexagone s’insère ainsi dans la tendance observée ces dernières années. Les évolutions sectorielles font ressortir une attraction croissante du secteur industriel marocain au détriment des autres activités primées par le passé comme la banque et l’immobilier.

Sur la période 2009-2013, les IDE drainés par l’industrie ont été multipliés par six fois. En 2015, elle a capté 18% du total en dépit du recul de 25% des flux. Et la montée en puissance de certaines activités industrielles telles que l’automobile, l’aéronautique et l’électronique a favorisé la réalisation d’opérations d’envergure.

En moyenne, les Marocains résidant en France assurent 40% des transferts des MRE. C’est dire l’apport au niveau du compte courant de la balance des paiements. En 2016, les envois de fonds effectués par les Marocains du monde ont atteint le record de 62,2 milliards de DH. La répartition par pays d’origine n’est pas encore disponible mais un rapport de la Banque mondiale et une récente étude de l’OCDE relèvent que la part de la France reste prépondérante vu l’importance de la population d’origine marocaine qui y réside.

Selon diverses sources, le tiers de la population marocaine émigrée se trouve dans l’Hexagone. Ce qui explique l’importance des fonds drainés. En moyenne, un MRE de France envoie 2430 dollars chaque année à ses proches (source: Banque mondiale). D’ailleurs, le Maroc occupait la troisième place mondiale en termes de transferts d’argent de ses ressortissants en 2014. La même année, les Marocains de France ont transféré près de 2 milliards de dollars vers le Royaume. Ceux d’Espagne 1,7 milliard et les MRE d’Italie, 959 millions de dollars.

 

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