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Chronique

Politique de santé au Maroc: Une vision nouvelle s’impose

Par Jaâfar HEIKEL | Edition N°:5013 Le 28/04/2017 | Partager

Jaâfar Heikel est professeur de médecine, expert en management sanitaire (Ph. Jarfi)  

Au moment où plusieurs indicateurs de développement placent le Maroc dans une nouvelle dynamique et une croissance positive grâce au modèle de développement national et à l’ouverture sur l’Afrique, l’état de santé général des Marocains est d’un niveau acceptable compte tenu des déterminants d’un état de santé dans la population.

Globalement le Maroc a une place mondiale honorable si l’on se réfère à la mise en place des programmes de soins de santé prioritaires (vaccination, lutte contre les maladies infectieuses classiques, planification familiale, dépistages des pathologies cancéreuses, etc.) mais demeure mal «classé» si l’on se réfère à l’équité en santé (111e place), à l’accessibilité aux soins de santé secondaires, à la charge supportée par les ménages (ils supportent près de 60% des dépenses globales de santé).

Quelques données épidémiologiques montrent que le Maroc vit une quadruple transition: démographique (vieillissement de la population); épidémiologique (près de 75% des décès sont attribués aux maladies non transmissibles); nutritionnelle (augmentation de plus de 60% des apports caloriques moyens au cours des 30 dernières années, près de 20% des adultes marocains souffrent d’obésité, 32% de surpoids et près de 75% ne pratiquent pas d’activité sportive régulière hebdomadaire) et sociale par la mise en place depuis 12 ans d’une Couverture médicale universelle (CMU) dans ses composantes assurance maladie obligatoire (AMO) qui concerne toutes les personnes ayant un revenu et gérée par la Cnops et la CNSS;  et Régime d’assistance aux économiquement défavorisés (RAMED) qui s’adresse aux populations pauvres ou vulnérables. Cette quadruple transition a et aura des conséquences en matière d’utilisation des services de santé, de charge morbide pour les ménages, pour l’état et pour les organismes de prévoyance sociale.

L’avènement de l’AMO et du Ramed a été une véritable évolution sociale pour les Marocains surtout ceux qui sont démunis ou vulnérables. La mise en œuvre effective du Ramed au profit de 8 millions de personnes depuis mars 2012 n’aura un impact sur la santé globale des Marocains que si la politique de santé avait axé ses efforts sur l’optimisation  de plusieurs volets insuffisamment performants (diagnostic fait déjà dans le rapport du cinquantenaire, le rapport du CESE, le bilan de l’Anam, et même le livre blanc de la santé):
- la gouvernance avec une vision de politique de santé régionale,
- l’accessibilité des citoyens aux services de soins curatifs et préventifs,
- la qualité de la prise en charge des pathologies chroniques,
- l’évaluation des performances des professionnels de santé avec comme corollaire la qualité, l’éthique, la déontologie et la satisfaction des patients et de leur famille.
Même si des efforts ont été consentis depuis les 20 dernières années et des résultats probants ont été réalisés, ils n’occultent pas les nombreux chantiers qui devraient être prioritaires et non encore entamés ou achevés. Une nouvelle vision du chantier de la santé doit avoir des objectifs réduits à atteindre et socialement impactant:

1. Gérer les déterminants de l’accessibilité aux services de santé et fixer comme seuil acceptable minimal 65% des demandeurs bénéficiaires de l’AMO et 75% des demandeurs bénéficiaires du Ramed.

2. Assurer effectivement les urgences de base partout au Maroc.

3. Faire le diagnostic sanitaire en intégrant toutes les composantes de la santé publiques et privées ce qui permettra de planifier les priorités et affecter de façon efficiente les moyens et de mettre en place une répartition optimale des ressources matérielles et humaines (56% de l’outil de production sanitaire est concentré sur cinq villes). Un TOM de 75% et un TC de 0,75 ha/an.

4. Définir et assurer la qualité des services médicaux rendus en milieu hospitalier (niveau de satisfaction de 75% et indicateurs de production hospitaliers optimaux).
5. Revoir la gouvernance des structures de santé et leur performance en  collaboration avec le secteur privé qui est un acteur incontournable dans l’amélioration de l’état de santé de la population (concrétiser les PPP pertinents, réduire de 50%/5 ans les déficits économiques des hôpitaux ).

En fait la santé doit être une  priorité pour l’Etat marocain non pas en termes d’engagement de politique générale ou de déclarations dans les médias, mais dans la réalisation de projets structurants et dont on a mesuré l’impact sur les populations. Il faut que le gouvernement fasse de la santé au même titre que l’éducation et l’emploi la priorité des priorités nationales car depuis 5 ans la politique de santé n’a pas pu répondre aux besoins de base de la population en termes d’équité et d’accessibilité, n’a pas réussi à mobiliser de façon optimale les ressources humaines et n’a pas su assoir une performance efficiente du système dans sa globalité. A mon avis et comme je l’ai déjà proposé il y a 5 ans  il faut une agence nationale d’évaluation et d’accréditation en santé indépendante du ministère de la Santé.

La communication est probablement la «maladie chronique» dont le gouvernement  souffre et qu’il faudra traiter en priorité. Le droit du patient à  savoir, le droit de choisir son système sanitaire et son médecin, le droit à la dignité, le droit à des soins de qualité et sans risque (le risque zéro n’existant pas en médecine) n’est pas une faveur mais un droit fondamental constitutionnel et aussi moral.

Le Maroc a franchi des étapes cruciales dans sa longue marche vers la démocratie sociale, le progrès, le développement humain dans le cadre de la monarchie constitutionnelle. Néanmoins les hommes et les femmes qui gèrent les portefeuilles ministériels se doivent d’être compétents, pertinents, efficients et d’être des acteurs de changement.

Nous ne sommes pas satisfaits des performances de notre système sanitaire car le Maroc mérite mieux. Ce n’est pas une critique mais un constat que des milliers de collègues et des millions de Marocains partagent. A partir de là, il faut avoir le courage d’entreprendre les actions nécessaires avec objectivité sans regarder dans le rétroviseur des 5 dernières années. Il faut que chacun en ce qui le concerne et en priorité le ministère de la Santé, agisse pour faire mieux, faire plus, écouter et ajuster.

Projet optimal

Quelle politique de santé pour les 5 prochaines années qui soit cohérente, réaliste, réalisable  et qui donnera les résultats escomptés au profit de la population? Quels choix de politique de santé? Celui du  PJD, PPS, RNI, MP, UC, USFP? ou un mixte? Je n’ai pas d’éléments de réponse pour juger de la future politique de santé mais je suis perplexe et me pose des questions en espérant que le Dr El Othmani trouve le moyen d’initier un projet optimal dans le cadre d’une politique gouvernementale où la santé aura une vision nouvelle.

 

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