Dossier Spécial

Viandes rouges: La modernisation de l’abattage à petits pas

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5005 Le 18/04/2017 | Partager
La fin du monopole de la commune dans les circuits d’adoption
Entretien avec le président de la Fiviar
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 Quatre jours avant sa nomination en tant que secrétaire d’Etat chargé du Développement rural, Hammou Ouhelli, alors président de la Fédération interprofessionnelle des viandes rouges, analyse le processus de la réforme des abattoirs. Des avancées ont certes été franchies mais beaucoup de chemin reste à faire

- L’Economiste: Le 2e contrat-programme met l’accent sur la réforme de l’abattage et des marchés aux bestiaux. Où en est-on après trois ans de son déploiement? 

-Hammou Ouhelli: En effet, le contrat-programme 2014/2020 a accordé une importance au développement de l’aval de la filière viandes rouges pour encourager la valorisation de la production et diversifier l’offre des viandes au consommateur. Grâce aux efforts simultanés de l’Etat et des professionnels, deux marchés à bestiaux modernes seront aménagés dans les provinces de Sidi Bennour et Ksar Lakbir à partir de cette année. Concernant la modernisation des abattoirs, les mesures entreprises par l’Etat telles que la fermeture des tueries autour des abattoirs privés opérationnels et la limitation de la certification sanitaire aux viandes issues des abattoirs agréés ou contrôlés ont encouragé les investissements dans ce domaine. C’est ainsi qu’en plus de l’abattoir Biobeef à Meknès, deux autres projets intégrés et d’agrégation sont agréés et opérationnels à ce jour. Il s’agit de Best Viandes à Béni Mellal et Copag à Taroudant. Une autre unité est en cours de construction à El Jadida. En matière de construction et mise à niveau des abattoirs communaux, six sont en cours de réalisation à Missour, Ben Guerir, Ksar Lakbir, Touissat, Aïn Aïcha et Beni Guil. 

- La fin du monopole des communes est-elle prévue pour cette année? 
- La libéralisation des abattoirs se fera grâce au projet de loi relatif à la Charte communale. Le texte qui a été approuvé par le Conseil des ministres, est dans le circuit d’adoption.
Ce projet de loi mettra fin au monopole des communes en ce qui concerne la création et la gestion des abattoirs, ce qui permettra la modernisation des marchés aux bestiaux et de l’abattage. 

- Outre l’insalubrité qui règne dans les tueries, celles-ci ne sont pas rentables puisqu’elles fonctionnent une fois par semaine. Pourquoi ne pas assurer l’approvisionnement des zones concernées à partir des abattoirs autorisés? 
- Le processus de modernisation du secteur d’abattage est en phase de se mettre en place progressivement. Une fois la mise à niveau des abattoirs généralisée, l’approvisionnement des différentes zones en viandes sera assuré.  

- Que représente le volume des viandes issues des abattoirs agréés par rapport à la production globale?
- Pour précision, le réseau actuel des abattoirs communaux avoisine les 180 sans parler des tueries dont le nombre dépasse les 700. Et sur l’ensemble, seulement 3 abattoirs sont agréés, d’où le faible volume des viandes issues de ces abattoirs comparé à la production nationale.

- La baisse du prix carcasse ne profite pas au consommateur. Quelles actions entreprendre au niveau de la distribution? 
- Il faut savoir que les prix carcasses dépendent en premier lieu de la qualité qui varie en fonction de l’espèce, le sexe, l’âge, la race, les conditions d’entretien des animaux, le type d’alimentation, le mode d’élevage ainsi que des conditions d'abattage et des traitements post-mortem. Sans oublier les autres charges liées à l’abattage et le transport vers les unités de distribution. 
Alors que les prix au niveau des unités de distribution varient en fonction des lieux d’implantation, de l’équipement et de la qualité des viandes présentées.
Donc l’amélioration de la qualité s’impose. D’où la nécessité  de fournir davantage d’efforts, notamment en matière de mise à niveau des ressources humaines via la formation et l’apprentissage des métiers. Ceci au niveau du Centre technique interprofessionnel pour le développement des filières animales d’Aïn Jemâa. L’objectif est de mieux maîtriser  les techniques  de production, de valorisation et de commercialisation des viandes et partant  satisfaire les exigences du consommateur.
- Maintenant que l’opération traçabilité du cheptel a réalisé d’importantes avancées. Y a-t-il des perspectives à l’export? 
- Bien que le Système national d’identification et de traçabilité animale (SNIT), lancé depuis 2015 ait touché l’ensemble des bovins et camelins, il reste en phase d’élaboration pour les espèces ovines et caprines. 
Ensuite, une fois le système rodé pour garantir la traçabilité et le suivi des mouvements des animaux dans toutes les régions du Maroc et au niveau des marchés et des abattoirs, les perspectives d’export peuvent être envisagées.

- Quid des projets intégrés annoncés en parallèle avec la signature du premier contrat-programme? 
- Pour ce qui est de la réalisation des projets intégrés et d’agrégation, sur les 7 qui ont été identifiés dans le cadre du 1er contrat-programme de développement de la filière viandes rouges, 3 sont agréés et fonctionnels, à savoir Biobeef à Meknès, Best Viandes à Béni Mellal et Copag à Taroudant et le 4e en cours de construction à El Jadida. Les trois autres prévus à Skhirat, Oujda et Rhamna sont à différents stades d’avancement.
Je dois noter que la mise en place de ces projets s’est heurtée à des difficultés liées essentiellement à la modestie de la prime à l’investissement et des difficultés d’application de l’agrégation. Néanmoins les efforts de l’Etat en matière de mise à niveau de la réglementation de la filière, à savoir la publication du décret n° 2-12-612 relatif à la libre circulation des viandes foraines provenant des abattoirs agréés et la validation de deux cahiers de prescriptions spéciales sur les conditions sanitaires et hygiéniques des abattoirs de viandes rouges et leur gestion déléguée vont encourager l’investissement dans ce domaine.

 

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