DOSSIER 8 MARS

Ne m’offrez pas de cadeaux!

Par Doha SAHRAOUI | Edition N°:4976 Le 08/03/2017 | Partager
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Professeure en sciences de gestion à l’université Cadi Ayyad

Le 8 mars, les femmes sont célébrées et des présents leur sont offerts. Mais cette date doit d’abord être l’occasion de dresser le bilan. Quand vous naissez fille au Maroc, vous n’êtes pas enterrée vivante et vous ne subissez aucune excision. Le pays se bat pour que vous soyez scolarisée, mais vous risquez plus qu’un garçon la déscolarisation. Vous avez autant de chances qu’un garçon de suivre une scolarité normale si  vous êtes née en ville, contrairement à celles nées en milieu rural, dont la scolarisation diminue nettement.

Une fois que vous aurez votre bac, vous vous orienterez plus vers une école de commerce ou un parcours littéraire, plutôt que vers une branche scientifique. Vous abandonnerez peut-être après la licence, parce que le taux des effectifs féminins en master recule. La probabilité que vous vous inscriviez en thèse et que vous deveniez docteur est encore plus faible. Plus vous serez instruite, plus vous aurez des difficultés à accéder au marché du travail. Le taux d’activité féminine n’est que de 25% au Maroc. Vous avez obtenu votre doctorat? Vous rêvez de devenir enseignante universitaire? Le taux de féminisation dans les branches d’enseignement supérieur varie autour d’une moyenne de 25%.

Vous avez intégré le marché du travail? Vous risquez, de toutes les manières, d’abandonner. 100.000 actives se convertissent annuellement en femmes au foyer au Maroc. Vous avez quand même persévéré? Vous vous confronterez à des violences dans la rue, en vous rendant à votre travail, vous vous ferez harceler par votre supérieur hiérarchique, vos collègues, et il vous faudra des preuves pour porter plainte, puisque, vous savez, la loi reste vague sur le sujet.
Vous avez tenu le coup? Eh bien bravo! Cela dit, il vous sera très difficile de devenir un jour directrice ou d’intégrer un conseil d’administration (elles sont un peu moins de 10%).  Globalement, vous n’avez  qu’une chance sur 10 d’accéder à un poste où vous pourrez décider pour vous et pour les autres.  

En fait, quand vous êtes née fille au Maroc, il est probable que vous soyez déscolarisée, que vous abandonniez vos études, que vous arrêtiez ensuite de travailler, que vous soyez en situation de précarité financière, que vous subissiez une violence physique et/ou morale dans les espaces publics et privés. Il est moins probable, que vous soyez scolarisée, que vous obteniez un emploi et qu’un jour vous accédiez à un poste de décision.

Un modèle pour les autres

Quand vous êtes née fille au Maroc, il est important que vous n’abandonniez pas, que vous vous accrochiez, qu’un jour vous preniez des décisions pour changer le cours des choses, pour démocratiser la scolarité, pour encourager la gente féminine à travailler, pour faire voter des lois qui protégeront les femmes… pour être le modèle qui donnera aux autres jeunes filles en début de scolarité envie de continuer et de devenir plus tard des «décideuses».  Le 8 Mars sera à ce moment là l’occasion de leur offrir des présents, car le bilan sera meilleur.

 

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