Enquête

Tamansourt: Les mille et un couacs d’une cité-dortoir

Par Ayoub IBNOULFASSIH | Edition N°:4849 Le 02/09/2016 | Partager
Urbanisme, aménagement, connectivité, sécurité… Les loupés[scald=6126:sdl_editor_representation]
L’absence d’un pôle économique intégré compromet le modèle
Les acquéreurs cherchent en vain des repreneurs
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A perte de vue, des villas érigées en franc de part et d’autre de la route nationale. Derrière, plusieurs bâtiments contigus de type logement économique: Tamansourt cache mal sa détresse (Ph. L'Economiste)

Tamansourt se réveille, une fois de plus, sous un soleil de plomb (46 degrés). Sur place, c’est un silence assourdissant qui hante la petite agglomération mort-née non loin de Marrakech. A 10h du matin du mois d’août, c’est une ambiance recueil. Par son mutisme, la ville tente de faire parvenir sa détresse aux usagers de la Nationale 7 qui scinde la ville-satellite en deux. A perte de vue, des villas érigées en franc de part et d’autre de la route nationale. Derrière, plusieurs bâtiments contigus de type logement économique: Tamansourt cache mal sa détresse. Située à 10 km au nord-ouest de la ville ocre, la «cité-dortoir» telle qu’on la surnomme déjà, déchante ses résidents. Ils sont pour la plupart des travailleurs en journée à Marrakech. Le soir, retour à la case départ, le temps d’une nuit. Tamansourt sert également de foyer secondaire à quelques cadres de la classe moyenne ou encore des MRE, qui en ont marre de débourser une fortune pour quelques nuitées à l’hôtel. D’autres, plus nombreux, y ont acquis des biens dans une logique purement spéculative. Ils vivent généralement à Casablanca, Rabat, si ce n’est pas des résidents à l’étranger. Aujourd’hui, ces acquéreurs cherchent en vain d’éventuels repreneurs. D’ailleurs, sur place, les pancartes avec la mention «A vendre» sont partout placardées. «Dès le départ, il y eut une confusion

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La composante logement social et économique l'emporte sur le reste. De nombreux acquéreurs ont acheté dans une logique spéculative. Aujourd'hui, ils ont du mal à écouler leurs biens (Ph. L'Economiste)

entre un projet immobilier et un projet urbain. Faire des villes à grande échelle avec aucun service, aucune mixité de fonction… C’est ce qui a fait de Tamansourt et Tamsna ce qu’elles sont devenues aujourd’hui», confie à L’Economiste Franck Vallerugo, professeur titulaire de la Chaire d'économie urbaine à l’Essec.  Mais il n’y a pas que des erreurs liées à l’aménagement et à l’urbanisme. Il fallait commencer par créer des pôles d’activités économiques, pour pouvoir loger la population qui gravite autour, tout en renforçant la dimension régalienne (écoles, commissariat, centres de santé, communes, espaces verts, mosquées…). «Déplacer une population d’une grande ville vers la banlieue ne fait pas encore partie des habitudes des Marocains», analyse Abdelmajid Ibenrissoul, professeur en sciences économiques & en ingénierie des organisations à l’ENCG Casablanca. Aux erreurs de départ liées à la composante urbanistique, viennent s’ajouter des couacs dans les infrastructures et surtout la connectivité, non seulement de Tamansourt avec le chef-lieu (Marrakech) mais également  de la ville nouvelle intra-muros.  Si la ville dispose d’une installation en eau et électricité digne d’une métropole, elle accuse en revanche un retard considérable sur le volet connectivité. Seule une ligne de bus (441) assure la liaison entre Tamansourt et Marrakech. Le projet de lancement d’une seconde ligne (442) a été récemment abandonné. L’offre du transport en commun est soutenue par les grands taxis et des moyens clandestins venant combler ce créneau. Pour l’heure, il n’y a  aucun mode de transport pour assurer la connectivité intra-muros.

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Les experts  relèvent une confusion entre la composante immobilière et les exigences urbanistiques. S'y ajoutent des erreurs liées à la création en amont d'un pôle d'activité économique ou encore les considérations de connectivité (Ph. L'Economiste)

Pourtant, au départ, le projet affichait des ambitions grandioses. Censée désengorger la ville rouge, Tamansourt devait drainer la capacité de l’offre habitat et donner lieu à une ville quasi indépendante, générant au passage une pléthore d’opportunités d’emplois. Finalement, le concept ne séduit pas! «C’est en fait un problème de mauvaise gestion d’aménagement du territoire», résume Adil Bouhaja, membre de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI), responsable de la commission Villes Nouvelles. «La création de Tamansourt n’a pas bien été suivie. Juste après l’inauguration de la ville, l’équivalent de 2.500 à 3.000 hectares ont été libérés au centre de Marrakech», corrobore Bouhaja. Du coup, le concept d’agglomération à proximité de la ville et la création d’une ville ex nihilo tombent à l’eau. La ville compte aujourd’hui à peine 45.000 habitants. «Les gens ne voient pas trop l’intérêt de s’éloigner de Marrakech alors qu’ils pourraient avoir un cadre meilleur en plein centre-ville», affirme sur place un auxiliaire du ministère de l’Intérieur. En effet, plus de 10 ans après la construction de la ville nouvelle, un fort potentiel immobilier demeure sur Marrakech, en termes de logement social, économique et moyen standing. Et ce, notamment sur les quartiers Targa ou encore à El Mhamid. Tamansourt pâtit aussi de sa situation géographique. De l’avis de nombreux spécialistes de l’immobilier, construire une ville à proximité d’une décharge sauvage est une erreur de taille. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui fait que de nombreux promoteurs sont coïncés à Tamansourt avec un stock important d’invendus.
Pour éviter de reproduire les mêmes erreurs sur Tamsna, des spécialistes proposent des solutions de rattrapage. La recette est bien simple mais coûteuse. «Il faut doter ces agglomérations de réels moteurs économiques pour stimuler leur production», recommande Franck Vallerugo. Reste que la création de ses «germes urbains» est onéreuse. D’autant plus que le retour sur investissement est prévu sur 15, voire 20 ans.

Repères

• Superficie globale: 2.000 ha
• 90.000 logements pouvant accueillir à terme
• 450.000 habitants
• 40 milliards de DH d’investissement environ
320 hectares prévus pour les espaces verts
• Population actuelle: Environ 45.000 habitants
• Situation géographique: Nord-ouest, à 20 minutes en voiture de Marrakech

 

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