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    Politique Internationale

    Zidane entre la gloire et le culte de la famille

    Par L'Economiste | Edition N°:641 Le 18/11/1999 | Partager



    · Ses revenus mensuels tournent autour de 2,5 millions de Francs (salaire: 1,5 million de F, pub: 1 million de F)
    · Il est fier qu'on dise à ses parents qu'il est resté le même



    Un jour viendra où il arrêtera de dire "mon papa", "ma maman". Un jour viendra où Zinedine Zidane passera dans le camp des adultes et des attristés, des désabusés et des mélancoliques, de ceux qui disent "mon père", "ma mère", de ceux qui savent qu'il est impossible de prolonger un émerveillement en culotte courte par une vénération en short. Un jour viendra, qui n'est peut-être pas si loin.
    Il a 27 ans et il sait qu'il est "plus près de la fin que du début", qu'il a déjà bien entamé son crédit d'envies. Il est champion du monde de foot. Il a marqué les deux premiers buts du "et un, et deux, et trois-zéro". L'Arc de Triomphe a clignoté d'un "Zidane président" et Marseille, sa ville natale, se prosterne toujours devant sa fresque murale. Il est le meneur de jeu de la Juventus de Turin, club-étalon du foot-business. Ses revenus mensuels tournent autour de 2,5 millions de Francs (1,5 de salaire et le reste pour la pub). L'avenir des siens est assuré pour des générations. Surtout, il est tout à fait dans le tempo d'époque par sa modestie à front baissé, par ses réticences de grand silencieux. Il refuse de donner son avis sur tout, il refuse d'apparaître comme un modèle d'intégration, il refuse qu'on le prenne en otage de la moindre cause. Et ces prudences de sioux, ces facilités d'homme tranquille, ces façons de frauder avec ses responsabilités, font encore monter sa cote de sympathie.
    Il y a Smaïl, son père et Enzo, son fils aîné. Et, entre les deux, il y a l'admiration sans bornes que leur voue le fils et le père, celui qui tient plus que tout à la transmission du nom, à la lignée masculine. Peut-être parce qu'il a regardé ça de trop loin en benjamin d'une fratrie de cinq et en jeune déraciné confié dès ses 13 ans aux centres de formation et aux familles d'accueil. Peut-être aussi parce qu'il ne savait pas bien comment il se prénommait: Zinedine pour l'état-civil, Yazid à la maison, Yaz pour les copains, ou Zizou, comme maintenant pour la France, Turin, le monde. Donc, il continue à dire "mon papa". Smaïl, venu de Kabylie, conducteur d'engins, gardien de supermarché, fait les 3x8. Il économise une année durant pour offrir à son dernier des chaussures de foot à 450 FF, "des Kopa". Le dimanche, il coupe les cheveux et soigne la longueur des pattes, "signe de virilité pour lui", raconte Zidane dans un récent livre de souvenirs(1).
    Il y a aussi chez Zidane un culte de la famille et de ses traditions que ne vont cesser d'ébranler les déflagrations de sa notoriété. Il a croisé celle qui allait devenir sa femme quand il était encore adolescent. Il a traîné à faire le premier pas. Et puis, il a strictement respecté le classicisme des moeurs anciennes. Présentation à la famille, acceptation du père, fiançailles, mariage en blanc dans le château des Girondins de Bordeaux, enfants (Enzo, 5 ans, Luca, 2 ans). Hors de question de brûler des étapes, de talocher les anciennes convenances. Il dit: "Ma famille, c'est pour tout le temps". Il insiste: "Que les parents restent toujours ensemble, c'est magnifique, c'est important". Ou encore: "Le divorce, c'est terrible. Refaire sa vie, c'est pas ma façon de voir les choses". Justement, cette constance timide doublée d'une douceur de papa-poule ne font qu'ajouter à un sex-appeal popote déjà avivé par le succès. Sur un terrain, Zidane n'a pas l'élégance d'un Van Basten ou d'un Cruiff.
    Il y a enfin chez Zidane une peur de se mouiller, qui est autant une façon de se préserver qu'une tentative pour s'absenter, pour reconquérir un anonymat perdu. A croire que se taire lui permet de résoudre le conflit entre son sens du devoir et son envie qu'on lui foute la paix. Il dit: "Il faut voter, même blanc", mais il bat en retraite quand il s'agit de dire pour qui, s'interdisant même de voler consensuellement dans les plumes du FN. Il explique qu'il suit les actus, à 13 et à 20 h, comme le faisait son "papa", mais refuse de dire sur quelle chaîne. Il a offert une maison à ses parents, mais raconte que c'est comme si son père avait fait le chèque lui-même. Il investit "pour ne pas perdre d'argent", mais s'interdit d'envisager où il pourrait s'installer après le foot pour ne vexer aucune province. Il quittera la Juve l'an prochain, mais se garde d'évoquer le Real de Madrid ou le FC Barcelone, où on l'annonce. Surtout, il est fier qu'on dise à ses parents qu'il est resté le même.
    Pour éviter que la vie parvienne à lui faire perdre la tête, il se barricade derrière les parapets de toujours. Dans ce restaurant de Turin, où la Juve a ses habitudes (la pasta, un verre d'Asti), il installe son frère à sa droite, sa femme à sa gauche, son fils en face. Et les autres, à distance. Pour tenir en respect les bouleversements à venir.

    Luc Le Vaillant
    Syndication L'Economiste-Libération (France)

    (1) Le roman d'une victoire coécrit avec Dan Franck (Robert Laffond-Plon).

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