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    Université: Faire la révolution éducative
    Par le Pr. Mohamed Larbi Ben Othmane

    Par L'Economiste | Edition N°:2886 Le 22/10/2008 | Partager

    Professeur chercheur à la faculté de Rabat, Mohamed Larbi Ben Othmane a été membre du cabinet du ministre des Finances dans les années 80-90. Il a participé et présidé à diverses commissions ministérielles (restructurations du secteur public, contrats-programmes, privatisations). Il est un spécialiste du droit économiqueLe Maroc ne peut sortir de ses gros problèmes de sous-développement, de chômage et de pauvreté qu’avec un taux de croissance soutenu supérieur à 7 ou 8% annuel. Et il faut le dire d’emblée, il n’y a pas de miracle à ce sujet. Pour atteindre cet objectif, il ne peut compter que sur ses ressources humaines, des ressources humaines qu’il faut résolument former pour aller chercher cette croissance.La formation du capital humain est la seule et unique solution pour dépasser nos problèmes de pays pauvre et arriéré. Tous les pays qui ont pu y arriver ont, en effet, commencé d’abord par réussir leur révolution éducative, scolaire et universitaire.Partout, la clé du progrès a été la formation. Aucun bassin de prospérité n’a pu émerger sans compter sur un capital humain formé, compétent et compétitif, capable de créer la richesse. L’université a joué un rôle moteur. Elle y a été et demeure encore en amont l’unité de production de la matière grise. Dans tous ces cas et malgré leurs performances, il n’a de surcroît jamais été question de baisser les bras. La profonde réforme de l’université y a été et continue d’être un des piliers essentiels des politiques publiques. A Singapour, en Malaisie, à Qatar, à Dubaï, dans les anciens et nouveaux pays de l’UE… partout, la réforme de l’université est au cœur de la compétitivité et de la performance nationale.

    Débouchés saturés
    La préparation et la formation des universitaires ne devraient plus être orientées uniquement vers les débouchés fournis par certaines professions libérales et l’administration. Ces deux secteurs sont saturés. Ce sont des formations fondamentales, pratiques, techniques et d’ingénierie qui devraient constituer désormais les créneaux principaux et les voies privilégiées de la formation supérieure. Face à la crise que connaît l’institution universitaire, les solutions sont à rechercher en dehors de la tutelle et du recours exclusif aux ressources étatiques. L’Etat d’ailleurs accepte volontiers d’être soulagé par le privé. Un secteur privé qui possède déjà 160 institutions d’enseignement supérieur accueillant près de 25.000 étudiants.Certes, l’Etat a consacré l’accès démocratique à l’enseignement supérieur. Mais de plus en plus, il montre son incapacité à maintenir le cap. Les solutions qu’il a envisagées il y a seulement quelques années sont aujourd’hui inopérantes et dangereuses. Ces solutions aboutissaient à la préparation des jeunes indépendamment des débouchés et de l’employabilité des formations dispensées. Aujourd’hui, ces choix ne sont pas réalistes. La formation, surtout pour les lauréats universitaires, ne peut plus être proposée comme par le passé, sans tenir compte des disponibilités de vie réelle. En fait, l’université doit consacrer son ouverture sur la réalité et rechercher des perspectives novatrices pour se doter d’un nouveau statut: celui d’être aussi un partenaire des «producteur d’emplois».Pour y parvenir, il faut évidemment plus qu’une réforme légale. Il faudrait une refondation radicale des institutions et de leurs missions. Cette refondation nécessite des adaptations permanentes. D’abord dans le contenu des études mais aussi dans le fonctionnement des unités universitaires et l’organisation de leurs tâches en fonction de ce qui survient et de ce qui disparaît dans le monde réel. On parle aujourd’hui des nouvelles technologies, de la nouvelle économie, de la société de l’information là où on disait société industrielle ou en voie d’industrialisation. En peu de temps, beaucoup de domaines ont fait leur révolution. L’université ne peut y échapper. Elle ne peut demeurer introvertie et s’accommoder de défis et d’enjeux mineurs.L’université doit devenir une institution flexible, capable d’anticiper et de modifier rapidement ses plans. Elle doit penser ses résultats et sa finalité. Elle-même doit être pensée en fonction de la société de demain sans pour autant renoncer à son identité. Celle d’être en même temps le principal agent de diffusion du savoir et de la culture fondatrice de la citoyenneté.

    Université, lieu de production de sens
    Les universités qui se sont inscrites dans la recherche de la performance se sont ouvertes aux nouveaux savoirs, sans ignorer les disciplines traditionnelles et leurs certitudes. Elles ont été appelées à occuper une place de plus en plus centrale dans la recherche de la croissance économique et de la cohésion sociale de la société. Elles ont cherché à devenir un lieu de production de sens, de partage des savoirs et d’élaboration de nouveaux modes de vie et de pensée.Chez nous, l’université a fait certes des efforts considérables pour faire face à la massification. On ne le rappelle pas assez, elle a aussi contribué à une certaine intégration sociale des générations montantes et cela, malgré son très haut niveau d’échec. Ceci étant, la réforme de l’université s’est cependant focalisée sur son organisation et sa décentralisation. Ce sont des aspects sans aucun doute importants, mais qui sont loin de constituer un réel levier pour contribuer à la construction de l’avenir du pays.Aujourd’hui, en tout cas, l’université marocaine est interpellée par d’autres problèmes majeurs. Des problèmes auxquels elle a elle-même largement contribué. Il en est ainsi de la déséquation entre l’offre et les besoins, ou du chômage des diplômés qui constitue une honte pour un pays dont, paradoxalement, l’une des tares est le faible taux d’encadrement dans tous les secteurs. En fait, les changements qu’elle a subis n’ont même pas réussi sa mise à niveau et encore moins la consolidation de ses fonctions fondamentales. Parmi ces fonctions et missions essentielles doivent figurer désormais en priorité la préparation de ses lauréats à l’insertion sociale et l’élargissement de leur champ de connaissances. La mise à niveau universitaire devrait ainsi viser avant tout l’adéquation entre la formation, les besoins du monde réel et les demandes du système productif.

    Le besoin d’excellence
    Le programme d’urgence de l’Education nationale 2009-2012 a pris la mesure de son handicap. Il contient l’annonce d’une réforme fondamentale et constitue une chance à saisir pour asseoir les bases d’une institution universitaire d’avenir. Ce programme devrait être élevé au rang de priorité absolue et bénéficier d’un financement exceptionnel pour permettre, à moyen terme, à l’université marocaine de faire face à ses défis et peut-être demain prétendre rivaliser avec les universités d’honorable réputation. Celles par exemple qui ont la possibilité de figurer dans le «classement de Shanghai». Ce classement retient les 500 meilleures universités dans le monde et dans lequel, pour avoir un ordre d’idées, la première université française, Paris-VI, n’arrive en 2007 qu’en 39e position. Pour le Maroc, il n’est pas question pour l’instant de se positionner dans ce classement. Notre enseignement supérieur doit d’abord guérir de son indigence, de la pauvreté de ses moyens, de sa vision confuse, de son absence de stratégie, de ses déperditions, de son taux d’échec élevé, de son baisse de niveau…Le programme d’urgence contient des idées potentiellement dynamisantes. Il est… urgent… de les mettre en œuvre même en privilégiant, faute de moyens, certains campus à d’autres. L’important est de commencer par quelques-uns, quitte à généraliser par la suite. Il sera objecté à cette idée qu’il y a là risque de consacrer un système à deux ou plusieurs vitesses. Certes, mais n’est-ce pas déjà la réalité? Une réalité qu’il vaut mieux reconnaître et organiser, sauf à éviter bien sûr des disparités à l’excès.L’université du nouveau siècle a besoin d’excellence mais aussi d’ouverture; de démocratisation mais également de formation des élites; de formation citoyenne mais aussi de savoirs mondialisés et compétitifs. Concilier ces missions est l’enjeu formidable qui doit être assigné à l’université marocaine. Equilibre difficile. Oui! mais seuls les lauréats d’une telle université peuvent aller chercher cette nécessaire croissance supérieure à 7 ou 8%.
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