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    Prix du pétrole et géopolitique
    Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

    Par L'Economiste | Edition N°:2886 Le 22/10/2008 | Partager

    Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’Armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er Régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet, dont «La guerre au XXe siècle» (Hachette 2003), «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad» (Editions Complexe, 2004) Napoléon disait que la politique d’un Etat est dans sa géographie. L’empereur n’avait pas tort. Cependant son époque n’était pas celle de la mondialisation. Les difficultés économiques du temps étaient surtout locales. Son propos, aujourd’hui, serait insuffisant.La crise financière actuelle marquée par la chute spectaculaire des Bourses du monde entier a entraîné à sa suite une baisse non moins remarquable des prix du pétrole, tombés aux alentours de 70 dollars le baril. C’est le cours le plus bas atteint depuis 13 mois et la moitié du sommet atteint en juillet, à 147 dollars le baril.Chez les pays dépourvus de pétrole, le fait est bienvenu même s’il ne suffira pas à les tirer d’affaire. En revanche, chez les Etats producteurs, la situation est grave, à moins que, raisonnables, ils n’aient mis de côté, dans la perspective d’un retournement des cours, une forte proportion de leurs colossaux bénéfices. Cependant, l’heure est encore plus déplaisante pour les pays producteurs tentés par l’aventure, ceux qui comptaient employer leur manne pétrolière à modifier en leur faveur divers équilibres stratégiques.

    Trois Etats aventuriers
    Il y a trois mois, euphoriques, plusieurs dirigeants de la planète se sentaient pousser des ailes. On répétait partout que le prix du pétrole n’allait cesser d’augmenter. La hausse était inéluctable. Des experts tenaient pour imminent un pétrole à deux cents dollars. Du coup, en juillet dernier, le président vénézuélien Hugo Chavez, le Premier ministre russe Vladimir Poutine, l’Iranien Mahmoud Ahmadinejad, entre autres dictateurs, nageaient dans des mers de pétrodollars, souriaient de toutes leurs dents et d’une oreille à l’autre, organisaient avec gourmandise leurs agendas géopolitiques. Un trimestre plus tard, tout a changé. Plus dure sera la chute!Pour Hugo Chavez, la priorité est de renforcer sa position politique et sa mainmise sur le Venezuela. Il est temps car le pays gronde. Ses habitants sont loin de partager la vision bolivarienne(1) de leur maître. Il y a pour eux plus important et plus grave que les ambitions stratégiques de leur leader: l’inflation qui galope, les produits vivriers qui se font rares sur les marchés. Jusqu’à présent, le président Chavez s’est maintenu au pouvoir en usant d’expédients : il distribue de l’argent au peuple, ainsi qu’aux dirigeants des pays amis du voisinage, il acquiert en Russie des armes en quantité pour que ses partisans aient les moyens de se défendre et de le protéger contre ses ennemis, de jour en jour plus nombreux. Le pouvoir à Caracas a fait savoir jeudi qu’il comptait sur un pétrole à 60 dollars le baril pour établir son budget 2009. Avec des prix du pétrole qui dégringolent à vive allure, la surprise d’Hugo Chavez pourrait être douloureuse.Point tellement différente est la double préoccupation de Vladimir Poutine. Celui-ci veut renforcer son contrôle du pays tout en consolidant l’influence de la Russie sur l’ancienne périphérie soviétique. Comment? au moyen de procédés vieux comme le monde! Une part des coquets revenus tirés du pétrole sert à miner l’influence occidentale, par exemple au Moyen-Orient ou en Amérique latine. Le Kremlin peut faire chanter les Européens, très sensibles, France exceptée, aux livraisons de gaz russe, pour les amener à se conformer aux exigences des nouveaux tsars. Toutefois, la situation de M. Poutine est moins périlleuse que celle de son ami Chavez. La Russie a en effet le monopole du gaz livré à ses clients et peut en fixer le prix relativement librement. Reste tout de même qu’un baril moitié moins cher qu’il y a trois mois ampute largement les disponibilités monétaires de la Russie qui devrait normalement réduire ses manœuvres expansionnistes tous azimuts et ralentir la modernisation de son armée, laquelle d’ailleurs en a toujours besoin(2). Mahmoud Ahmadinejad doit soutenir sa propre position. Il doit aussi veiller à maintenir en vie le régime clérical. L’un et l’autre sont menacés par un peuple iranien qui n’imagine plus pouvoir se passer d’une essence et de nourriture massivement subventionnées. Mais l’Iran, seul, ne suffit pas à combler les ambitions du maître de Téhéran. Il lui faut financer sans barguigner ses coreligionnaires chiites et leurs organisations armées, en Irak, au Liban, dans le Golfe… Hélas, les exportations iraniennes s’effondrent, les installations d’extraction du pétrole sont à bout de souffle, l’essence, qui doit être importée faute pour des raffineries locales de fonctionner, coûte fort cher… Ajoutons à cela la baisse des prix pétroliers et l’on ne sera pas surpris de voir l’économie iranienne entraînée dans une débâcle économique politiquement dommageable car désastreuse pour le peuple. Une révision profonde des manœuvres géopolitiques en cours paraît donc inéluctable. Attention toutefois! La chute actuelle des cours du pétrole n’est probablement qu’un début.La récession économique commence à peine aux Etats-Unis; elle se manifeste déjà en Europe et atteindra sous peu le reste de la planète. Puisque sur le vieux continent, les difficultés sont essentiellement d’ordre bancaire, il faudra au moins plusieurs mois aux Européens avant d’oser espérer l’amorce d’une reprise des affaires. Ailleurs, en Asie surtout, le ralentissement des exportations devient perceptible. Or tout renouveau économique de la zone Asie passe par une reprise de la consommation en Occident. Autant dire que l’on va assister à une chute accentuée de la demande mondiale, susceptible de durer des mois, voire des années.Rappelons-nous la crise financière asiatique de 1997-1998. Au nombre des pays frappés figuraient le Japon, la Corée du Sud, les pays du sud-est asiatique... Bien que régionale, cette crise économique a entraîné une chute de 10% de la demande globale et une baisse des trois quarts des prix du pétrole, tombés aux alentours de 8 dollars le baril. Aujourd’hui, le monde entier, pays en voie de développement inclus, est confronté à une situation semblable et sans doute pire. Car la baisse actuelle des prix du brut intervient, non pas «à cause» mais «en dépit» des fièvres internationales qui font normalement frémir les marchés. Que les Russes se reprennent à froncer les sourcils au Caucase, que les Israéliens bombardent les installations nucléaires iraniennes, que les rebelles nigérians du Delta multiplient les harcèlements à l’encontre des grandes compagnies pétrolières, et le prix du baril pourrait, un temps au moins, véritablement s’effondrer. Autrement dit, le monde n’a encore rien vu des conséquences géopolitiques possibles que pourrait entraîner un effondrement des cours du brut.-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Simon Bolivar, général et homme d’Etat sud-américain, né à Caracas en 1783, mort en Colombie en 1830 est célèbre pour avoir libéré de la domination espagnole, le Venezuela, la Colombie, l’Equateur, le Pérou dont il devint, à un moment ou à un autre le président et dictateur. La «vision bolivarienne» serait celle d’Hugo Chavez dont l’ambition pour le Venezuela serait d’en faire la puissance régionale dominante du nord de l’Amérique du Sud et de l’Amérique centrale. (2) Voir Thom Shanker, “Resurgent Russian military marches anew”, The New York Times, 20 octobre 2008.

    Irak, des oléoducs en péril

    Selon le Financial Times, publié à Londres, en date du 15 octobre, un détail pourrait être de nature à réduire sensiblement et à court terme l’offre de pétrole et donc à freiner la baisse des cours.Il s’agit des oléoducs sous-marins qui relient les puits du sud de l’Irak aux plateformes installées au large et qui permettent aux pétroliers d’y venir remplir commodément leurs cuves. Ces oléoducs sont très mal entretenus et sont de plus rongés par la corrosion. Des ingénieurs américains, après les avoir inspectés, auraient tiré la sonnette d’alarme. Ces pipelines, qui déjà ne sont utilisés qu’au quart de leur capacité en raison des incidents fréquents, pourraient se rompre d’un instant à l’autre, non pas du fait d’un attentat mais en raison de leur fragilité. Déjà le pétrole ainsi évacué est fortement salinisé. Or ces oléoducs évacuent 75% des exportations irakiennes de pétrole, soit quelque 2 millions de barils/jour, soit 90% des recettes de l’Etat irakien. Le coût du remplacement est de 5 milliards de dollars. La durée des travaux serait de 24 mois, à condition que les conditions de sécurité soient suffisantes pour que les entreprises en charge des travaux puissent s’y consacrer à temps complet.

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