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Economie

Taux de croissance négatif pour 1992

Par L'Economiste | Edition N°:35 Le 25/06/1992 | Partager

Ces jours-ci sortent les résultats des travaux du Centre Marocain de Conjoncture. Le 18 Juin dernier, la CGEM tenait son assemblée générale plénière. Cette semaine, le Ministère chargé du Plan publie les résultats détaillés de son enquête sur le niveau de vie. Cette semaine aussi, les autorités monétaires ont porté la réserve monétaire au niveau record de 24% des dépôts.

Les quatre événements, dont la simultanéité est fortuite, relancent les interrogations sur la politique économique. D'ordinaire, le grand rendez-vous est le projet de Loi de Finances, mais cette année les conditions dans lesquelles s'est déroulée l'adoption du texte ont interdit ce type de débat 1). Ce rendez-vous manqué pèse de plus en plus lourdement sur la conduite de la politique économique.

L'après ajustement

"Nous continuons de raisonner dans le cadre d'un ajustement structurel" regrette M. Omar Akalay, Vice-Président de la BMCI qui estime qu'il faudrait maintenant passer à une autre étape et spécialement "parler franchement de la modernisation de l'économie et de la société marocaine". Le banquier, qui au début des années 80 avait été l'un des chantres de l'ajustement ne peut pas être soupçonné de souhaiter le retour de la croissance par les dépenses publiques. Malgré son goût pour les remarques hors normes, il rejoint les analyses de la Fédération de l'industrie sur un point: les instruments de la politique financière et monétaire sont trop brutaux et pèsent trop sur les entreprises modernes. "Ce sont ces entreprises, bien insérées dans le marché mondial et capables de soutenir une élévation du niveau social qui sont les uniques cibles de ces instruments" commentent en substance les milieux d'affaires.

De son coté, la CGEM n'a pas mâché ses mots: "La politique monétaire n'a pas été convenablement ciblée".

Le divorce entre les opérateurs et les pouvoirs publics

Rarement le divorce entre les opérateurs économiques et les pouvoirs publics, plus précisément les autorités monétaires, n'a été aussi fort.

Assurés de l'indépendance intellectuelle nécessaire, les résultats publiés par le CMC(2) dans le Bulletin spécial (Bilan pour 1991 et les perspectives de 1992) soulignent bien les différentiels de croissance entre secteurs.

Derrière un taux de croissance prévisionnel négatif de -3,2% pour 1992, les experts du CMC calculent que tous les secteurs hors agriculture seront en croissance et ce, de manière plus forte qu'au cours de l'année 1991.
Les données des services du Ministère du Plan, avec des chiffres un peu différents, arrivent au même résultat: hors agriculture, la croissance sera forte. Les toutes premières estimations de ces services, présentées aux autorités monétaires à l'occasion de CCCMF de Février, donnaient un différentiel déjà net, bien que moins important que celui d'aujourd'hui(3).

Prévisions très différenciées entre secteurs

Le CMC prévoit que la valeur ajoutée agricole va reculer de 32% cette année (contre une croissance de 22,8% en 1991). Cependant, le secteur Mines-Energie devrait croître de 3% (-3,5% en 1991) avec la reprise des ventes de l'acide phosphorique notamment.

Les autres secteurs affichent des croissances prévisionnelles plus importantes, toujours selon les travaux du Centre. Les industries manufacturières sont parties pour avoir un taux de croissance de leur valeur ajoutée de +4,5% (contre 1,8% en 1991). Le BTP devrait enregistrer une croissance de l'ordre de 5% (contre 3% l'année dernière) bien que pour lui les interrogations sur les programmes de logement et les retards de paiements pèsent lourd. A ce propos la Fédération Nationale du Bâtiment et des Travaux Publics "s'inquiète de ce qu'au moins une vingtaine d'entreprises du bâtiment soient sous la menace directe d'une cessation de paiement". Pour le commerce et les services, le CMC estime que la reprise sera forte avec un taux de croissance de 4%, contre une quasi stagnation l'année dernière à 1%, dûe à la Guerre du Golfe.

Globalement, et toujours selon les travaux du Centre, la demande finale devrait être de l'ordre de 8,5% contre 13,2% en 1991. On retrouve donc ici l'effet de la réduction des revenus du monde agricole. Cette réduction n'a pas commencé à se faire sentir dans toutes son ampleur. Elle se diffusera tout au long des 18 mois à venir.

Maîtrise incertaine des liaisons économiques

"Nous sommes moins dépendants qu'au cours des années passées de résultats agricoles" notent avec un bel ensemble les banquiers, qui ajoutent que la dépendance de L'économie s'est aussi réduite par rapport au niveau des dépenses de l'Etat. L'autonomisation du dynamisme économique, qu'ils observent chez leurs clients, mériteraient toujours selon eux que les pouvoirs publics modulent les liens qu'ils établissent entre les différents secteurs. Ce raisonnement est évidemment le coeur des critiques très vives qu'a rencontrée l'augmentation de la réserve monétaire(4). Ils vont jusqu'à redouter que l'usage de cet instrument aboutisse à un phénomène déflationniste.

Si pour 1991, le taux d'inflation s'était fixé à 8,2%, un chiffre jugé trop élevé par tous, pour l'année en cours, le CMC estime qu'il sera de 6%. Les prévisions des services du Ministère du Plan sont du même ordre, avant la hausse de la réserve. Pour sa part, la CGEM s'est félicitée du ralentissement de l'inflation lors de son Assemblée Générale. De leur côté, les autorités monétaires considèrent que le taux d'inflation est un indicateur central dans le tableau de bord de l'économie nationale. Pour elles, ce taux d'inflation est gouverné directement par la masse monétaire et en l'absence d'instrument de meilleure qualité, les autorités monétaires se trouvent "obligées d'employer les instruments existants". De son côté, le Ministre des Finances, M. Mohamed Berrada, se montre plus sévère en analysant le comportement financier des entreprises. Il considère qu'elles sont responsables par leur appel trop fréquent et trop fort au crédit bancaire, des tensions dont elles se plaignent.

Pour la communauté financière, le problème réside dans l'absence de marché financier dynamique, dont la création est promise par les pouvoirs publics depuis le milieu des années 80. Les travaux du CNJA avaient abouti à reformuler la même demande, il y a maintenant un peu plus d'un an. Depuis une relance des opérations en vue des privatisations, en décembre dernier, avait repris le thème, sans plus de succès. Lors de sa dernière assemblée générale, la CGEM a eu des mots sévères sur ce chapitre, stigmatisant les retards dans la mise en oeuvre de la politique financière. Pour la Confédération, "les restrictions sur le crédit sont sévères et inopportunes" alors que "le Trésor continue sa stratégie de rétention".

Forte croissance des frais financiers des entreprises

Pour les tenants du "dynamisme autonomisé" de l'économie intérieure, les données du CMC, sur les finances des entreprises et des ménages, vont probablement être d'un apport inestimable.

Un chiffre, calculé par le CMC, va relancer les commentaires sur les charges financières des entreprises: Durant l'année 1991, ces charges financières ont augmenté de 38%. Ce ratio vient confirmer les appréciations qualitatives, répétées tout au long des dix huit derniers mois: les entreprises modernes souffrent, et spécialement les PME.
Le Centre observe longuement le comportement des ménages. En outre, il identifie un phénomène remarquable: l'épargne des ménages s'accroît avec une élasticité proche de 1 lorsque le revenu augmente. Cette épargne est placée assez largement sous forme d'épargne financière. Côté consommation, les ménages s'orientent de plus en plus vers les biens durables, avec en tête les voitures. Quelque 6,5 milliards de DH ont été dépensés l'année dernière pour l'acquisition d'équipements ménagers et les crédits à la consommation ont représenté une masse de 23 milliards de DH.

Le rapprochement du comportement des ménages avec les contraintes pesant sur les entreprises, contient des possibilité de déclinaison pour les instruments de la politique économique. Ces déclinaisons n'ont à l'évidence pas été explorées et la crispation qui s'est instaurée entre les autorités monétaires et le monde de l'entreprise, gène actuellement l'exploration.

La CGEM, qui pour la première fois a donné un générique à son Assemblée (Croissance économique et solidarité sociale) a longuement insisté sur la "concertation". Le concept est venu à l'occasion des critiques sur la conduite de la politique budgétaire et fiscale; il est revenu pour l'analyse de la politique industrielle, puis encore au cours des longs développements sur les différents volets de la politique sociale, ...

Nadia SALAH

(1) L'ampleur et le nombre des mesures fiscales a focalisé les commentaires et parallèlement des pressions se sont exercées pour que les dispositions centrales du texte proposé soient adoptées telles quelles.

(2) Bulletin du Centre Marocain de Conjoncture, 37 Rue Ait Baamran, Casablanca. Ce Bulletin Trimestriel ainsi que les Lettres Mensuelles est diffusé uniquement par abonnements. Les experts du CMC ont mis au point des nomenclatures qui permettent de mieux répondre aux interrogations des entreprises, avec l'angle sous lequel elles posent leurs problèmes stratégiques. En particulier, le CMC a développé des instruments d'analyse pour approcher les comportements des ménages et du marché intérieur. Dans ce sens, les travaux du centre ne peuvent pas être jugés comme des concurrents de ceux de la Direction de la Statistique, dont les observations sont davantage orientées vers la satisfaction de la demande des pouvoirs publics.

(3) M. Bahraoui, Directeur du Plan, avait estimé que le taux de croissance global serait "très proche de zéro". A ce moment, ces données avaient été contestées par les services du Ministère des Finances qui estimaient qu'il ne fallait pas préjuger des résultats de la campagne agricole. Le Trésor tablait alors sur 4%. Par la suite, une plaisanterie avait circulé: "quand on voit une femme enceinte, on peut conclure sans prendre trop de risques que la population va augmenter d'un élément".

(4)Cf. L'Economiste du 18 Juin 1992.

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