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Culture

Salon du livre de Tanger
Le retour du «Marocain de New York»
Entretien avec Youssef Amine El Alamy, écrivain

Par L'Economiste | Edition N°:2226 Le 03/03/2006 | Partager

Invité à la table ronde «Création littéraire: Expérience de soi, expérience du monde», Youssef Amine El Alamy est l’un des jeunes auteurs éminents invités au SILT. Il a à son actif plusieurs ouvrages dont «Un Marocain à New York», «Paris, mon bled», «Les Clandestins», prix Grand Atlas en 2001, «Miniatures» et un dernier livre en darija «Bavardages». L’auteur explore des pistes inédites d’écriture, de lecture et de communication.- L’Economiste: Vous parlez d’une nouvelle expérience d’écriture et de lecture basée sur l’effet de zapping et les entrées multiples. De quoi s’agit-il au juste?- Amine El Alamy: En fait, il s’agit pour moi de fragments. J’estime que la littérature a toujours été le reflet d’une société, d’une époque. Autant le réalisme était le reflet de considérations sociologiques, politiques et historiques, autant aujourd’hui l’environnement où l’on évolue, qui est essentiellement dominé par le numérique, le Net et la télé, fait que l’on appréhende le monde de manière multiple. Ainsi, un livre conçu selon un schéma linéaire est aujourd’hui en décalage. On ne conçoit plus le livre dans une continuité et une linéarité, mais avec des entrées multiples que ce soit par le milieu ou même par la fin.- Mais la littérature reste atemporelle?- Oui, mais les genres ont changé. La nouvelle est venue avec l’invention de l’imprimerie. C’est à partir du moment où l’on a commencé à imprimer des journaux que des écrivains se sont rendu compte qu’il fallait écrire court pour intéresser la presse. Et de là, un genre est né, par rapport à une réalité socioéconomique. C’est dire qu’aujourd’hui il n’y a pas de raison que de nouveaux genres n’émergent pas.- Est-ce qu’il n y a pas là un risque de s’éloigner de la littérature dans son sens classique?- Peu importe, l’essentiel est que le message passe. Moi, ce qui m’intéresse, c’est d’écrire pour une époque. Je n’écris absolument pas pour les classiques ni pour le XIXe siècle. Ce qui importe le plus, c’est qu’aujourd’hui il y a des lecteurs qui se nourrissent d’un flux d’informations au quotidien. En plus, il y a un souci au Maroc où l’on parle de crise de lecteurs. C’est dire qu’il faut développer de nouvelles pratiques culturelles qui consistent à ramener le lecteur vers le livre. Ce qui est sûr, c’est qu’avec les NTI, on ne peut plus ramener le lecteur vers le livre. En revanche, le livre peut aller vers le lecteur.- Oui, mais comment? Avez-vous déjà exploré des pistes?- Absolument. L’idée est de faire l’effort de muter le livre. Et ce n’est qu’à ce prix-là que ce support pourra survivre. A ce prix-là, les gens qui ont un intérêt pour les nouvelles technologies pourront s’intéresser au livre. C’est un véritable challenge. L’expérience, je l’ai vécue avec «Paris, mon Bled». Un livre que j’ai réécrit en chanson avec des rappeurs. Car pour moi, si on s’intéresse à ce type de chanson, là on aura peut-être envie de découvrir ce qui a donné naissance à la chanson. Ce qui nous fait retourner éventuellement vers le livre.- Et au-delà du chant?- Il y a plusieurs pistes. Prenons l’exemple de «Miniatures», un livre qui a fait l’objet de plusieurs expositions. C’est un livre où les personnages ont été écrits avec d’autres formes, du collage, des objets, une sorte de réécriture. L’idée n’était pas du tout d’investir le champ plastique. Loin de là, car je ne suis pas plasticien. Mais investir un espace d’exposition et en faire un espace de lecture. Car, sous chacune des miniatures exposées, il y avait un exemplaire du livre ouvert. Au lieu de voir l’image, on lit l’histoire qui y correspond. Et comme il y avait deux versions (arabe et français), nous avons réussi à démultiplier les cibles des bilingues qui vérifiaient si la traduction était fidèle. Imaginez le temps que ces gens-là passent devant le texte, l’image, l’effet du mélange des genres sur eux. Je vais vous livrer un secret. Mon prochain roman s’intitule «Un roman dans la ville». En fait, j’investis l’espace urbain et j’utilise la ville comme support. La ville devient donc un support de publication avec un itinéraire et un plan du roman. C’est un travail scénographique grandeur nature. A l’échelle de la ville et à la fin de chaque chapitre, vous passez à un autre quartier pour un nouveau chapitre. Et c’est une visite guidée. Le but est de déambuler entre dispositifs, texte et quartiers.- Vous avez aussi publié un livre en darija?- C’est le dernier. Il s’intitule «Jaser ou encore bavardages». Là encore, il y aura de nouveaux supports. Il s’agit de 30 personnages avec un petit texte, des collages et des illustrations. Et c’est un jeu de cartes qui servira de support. Le livre sera publié au verso des cartes. C’est un nouveau support convivial et très approprié au Maroc, sans distinctions sociales et pour tous les âges. Dans le jeu de cartes, il y a l’esprit de l’échange, du ludique et de la rencontre. L’idée est de démystifier l’écriture.- Est-ce que, à terme, l’approche conviviale du multimédia et du Web peut constituer une menace au support papier?- Je ne pense pas. Mais il faut dire que jamais les jeunes n’ont été autant productifs et prolixes que ces derniers temps. Jamais ils n’ont autant lu et écrit. C’est vrai que la question de la qualité reste posée. Prenez l’exemple du Chat par exemple, il illustre une propension à l’écriture, à la réactivité. C’est un mode d’expression qui permet de libérer la parole.- Jusqu’à quelle mesure l’expérience de soi peut-elle intéresser le lecteur d’aujourd’hui?- Les romans qui accrochent aujourd’hui restent ceux qui suscitent le voyeurisme. C’est à celui ou à celle qui se dévoile le plus, qui se déverse le plus. On est en plein dans une littérature sensationnaliste de télé-réalité où l’on dévoile tout. C’est une littérature de l’intimité mais dans le mauvais sens du terme. Propos recueillis par Amin RBOUB

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