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    Economie

    " Il n'y a ni mariage ni divorce entre l'USFP et la CDT "

    Noubir Amaoui, secrétaire général de la CDT

    Par L'Economiste | Edition N°:664 Le 21/12/1999 | Partager

    · Dans une des rares interviews accordées à la presse, le numéro un de la CDT développe la position du syndicat sur plusieurs sujets sensibles: CNSS, code du travail, rapports avec l'USFP

    · Les propos du leader syndical ne sont pas toujours faciles à cerner. Mais il faut savoir lire entre les
    lignes


    - L'Economiste: La CDT compte-t-elle assister au Conseil d'Administration de la CNSS?
    - M. Noubir Amaoui: Nous n'y voyons pas d'inconvénient. En 1994, le gouvernement avait formulé des inquiétudes quant à une participation de la CDT au Conseil d'Administration de la Caisse. En fait, ni le patronat, ni le gouvernement, ni l'UMT ne voulaient de la CDT à la CNSS. L'obstacle résidait dans les répercussions que notre présence pouvait avoir au sein de la Caisse. Les autres parties craignaient que nous ne soulevions des questions sur la gestion défaillante ou encore sur les détournements qui ont eu lieu, qui ne sont d'ailleurs un secret pour personne. Je précise que les défaillances de gestion qui avaient lieu au sein de la CNSS, et qui ont toujours lieu, sont connues de tout le monde. En 1994, notre centrale a formulé une proposition pour sortir de l'impasse. Nous avons suggéré la tenue d'élections des représentants au Conseil d'Administration. A condition que ces représentants soient élus par les salariés ou les cotisants. C'est la solution qui semble à notre avis la plus judicieuse, puisqu'elle est pratiquée par tous les établissements publics. Une telle mesure nécessite au préalable un changement dans le dahir qui régit la Caisse.
    Durant cette même période, le gouvernement nous avait proposé de désigner des représentants provisoires de la CDT en attendant la tenue des élections. Nous l'avons fait. Pour sa part l'UMT, qui était privilégiée, avait également établi la liste de ses représentants. Depuis cette date, nous attendons toujours la tenue de ce Conseil.

    Par principe, nous refusons les propositions du gouvernement. Le problème au niveau de ce Conseil d'Administration ne réside pas dans le nombre de représentants mais dans leur capacité et leur niveau. Les membres du Conseil d'Administration doivent être choisis selon des critères équitables. Nous avons proposé six représentants: trois provisoires et trois représentants permanents. Il serait dommage que la tenue du Conseil d'Administration de la Caisse soit reportée encore une fois.

    - L'UMT et l'UGTM ont posé des conditions au gouvernement pour assister au Conseil d'Administration. Qu'en pensez-vous?
    - L'Etat et le Gouvernement doivent veiller à ce que toutes les parties concernées assistent au Conseil. Je reste convaincu que pour l'UMT le problème réside dans la présence de la CDT.

    - Etes-vous prêts à assister au Conseil d'Administration sans l'UMT et l'UGTM?
    - Le dossier CNSS relève à la fois du gouvernement, du patronat et des syndicats. Notre cahier revendicatif porte notamment sur l'emploi, le code du travail et la gestion des mutuelles et des caisses. Nous pouvons tout refuser ou tout accepter. Nous voulons instaurer une ambiance qui soit conforme avec l'esprit même de la déclaration commune. Il faut faire en sorte que les objectifs soient atteints à travers le militantisme syndical mais aussi par le biais de la négociation.
    La question qui se pose est de savoir si nous allons accepter le nombre de sièges qui nous a été proposé. Une chose est sûre: la répartition qui a été faite n'est pas équitable. La représentativité au niveau de la CNSS doit être réelle. Elle ne devrait pas se faire nécessairement à travers une casquette UMT ou CDT. S'agissant de la présence du gouvernement au Conseil d'Administration, je précise que certains sont contre. Ce qui n'est pas notre cas. La CDT considère que le gouvernement doit être représenté pour assumer la responsabilité en cas de dérive financière de la CNSS. Si nous sommes pour la présence du gouvernement, nous tenons en revanche à ce que la Caisse ne soit pas sous sa tutelle. Nous tenons également à ce que le gouvernement ne crée pas de postes fictifs au sein de la Caisse. La particularité des caisses de sécurité sociale dans d'autres pays est d'être déficitaires.
    Ce qui est en somme logique si l'on prend en considération la masse d'argent que ces caisses versent au profit de leurs adhérents. Ici, nous constatons que nous avons affaire à une Caisse, la CNSS en l'occurrence, qui, non seulement réalise des excédents, mais de plus les place à la CDG.

    - Les autres centrales syndicales ont affiché clairement leur position vis-à-vis du code du travail. Qu'en est-il de la CDT?
    - Bien entendu, nous aussi, nous avons une position vis-à-vis du code du travail. Les différentes parties, à savoir l'Etat, le patronat et les syndicats, ont toujours tenu à ce que la réglementation du travail soit revue. Les lois actuelles sont dépassées. Or, l'environnement économique a changé. Les conditions qui ont prévalu lorsque les économies étaient protégées ne sont plus de mise aujourd'hui. Le capitalisme marocain a suffisamment profité de l'absence ou de l'inapplication des lois, alors que le syndicalisme n'était pas toléré. Nous considérons que le gouvernement est au service du capitalisme national et international, et non au service des ouvriers. Il est important de souligner que les organisations internationales dont la Banque Mondiale avaient recommandé au Maroc de revoir notamment sa réglementation du travail et ce, pour encourager l'investissement.

    Flexibilité


    Les critiques des organisations Internationales avait également ciblé l'appareil judiciaire et l'Administration. Nous n'avons pas de vide juridique, mais plutôt un manque et une insuffisance de lois.
    Nous avons demandé l'actualisation de la réglementation du travail en 1969. Plusieurs versions de code du travail ont vu le jour (1986 et 1992/1993). Ils veulent mettre en place une réglementation qui encourage le capitalisme et la flexibilité. La flexibilité, c'est la facilité accordée aux chefs d'entreprise d'embaucher et de licencier. Elle donne la liberté au capitalisme de disposer comme bon lui semble de la classe ouvrière par le biais d'une loi ou de ce qui est considéré comme une non-loi dans certains pays capitalistes. En 1992, nous avions participé aux travaux sur le code du travail. Nous avons apporté des corrections à 400 articles parmi plus de 600, le projet de code a été présenté au Parlement, alors qu'il n'y avait pas de consensus. Après cette période, le gouvernement qui s'était mis en place avait gelé tous les projets de loi dont le code du travail. Au cours de la même période, des hostilité ont été déclenchées contre la CDT. Le gel des projets de loi était justifié par la crise économique. Nous traversons depuis toujours une crise structurelle. En fait, la question qui se pose est relative à l'opportunité d'une loi sur le travail. Aujourd'hui, la force de travail se caractérise par sa technicité. Les stratégies commerciales et la production se font à travers l'Internet. C'est une tendance mondiale. A l'heure des délocalisations, il faut que l'on devienne plus compétitif. Aujourd'hui, le syndicaliste doit maîtriser les lois économiques et sociales en vigueur. Pour sa part, l'ouvrier doit être suffisamment qualifié.

    - Concrètement, quelles sont vos propositions concernant le projet de code du travail?
    - Nous nous sommes retirés des discussions sur le projet de code du travail à partir du moment ou six points sont restés en suspens. Nous ne pouvons pas nous mettre d'accord avec le gouvernement sur un texte qui ne protège pas l'emploi et n'interdit pas le licenciement. Le gouvernement se veut fort. Nous le sommes également. Le gouvernement doit sa crédibilité aux masses laborieuses d'abord. Nous avons signifié au gouvernement que nous n'allions pas nous mettre d'accord. Et nous avons les moyens pour mettre la pression. Le consensus autour du code du travail doit découler des principes de la déclaration commune. Ce dossier ne concerne pas les institutions parlementaires. D'abord, de quelle légitimité ces institutions peuvent-elles se prévaloir?

    - Quels types de rapports entretient la CDT avec l'UMT?
    - Nous sommes en bon terme. Les désaccords que nous avions auparavant relèvent de l'histoire ancienne. Nous sommes pour la coordination et l'union entre les syndicats.

    - Quels types de rapports entretient la CDT avec l'USFP?
    - Il n'y a ni mariage ni divorce entre les deux organisations. La CDT est indépendante de l'USFP. Notre relation est guidée par une convention. Il s'agit d'un document qui figure dans le rapport politique de feu Abderrahim Bouabid. Syndicat et parti politique sont deux entités différentes. Il n'y a ni relations de tutelle entre parti et syndicat, ni dépendance du syndicat à l'encontre du parti. Aucune pression n'est exercée par le syndicat sur le parti. L'USFP a ses choix, ses positions et ses programmes. Et la confédération dispose également de ses propres axes politiques qui peuvent converger ou diverger avec différents partis politiques. Pendant une certaine période, le parti critiquait les décisions politiques du syndicat et vis versa. Le syndicat a un programme politique clair. Celui-ci prend en considération l'analyse de notre situation mais également ceux à quoi on aspire, et le mode de production pour lequel on lutte.

    - Quand aura lieu le Congrès de l'USFP?
    - La tenue du Congrès est inévitable. La direction du parti tient à ce qu'il se déroule dans les meilleures conditions.
    Le Congrès présente beaucoup d'intérêts et d'enjeux. Une chose est sûre: il faut s'attendre à des surprises.

    - Pourquoi la CDT brandit-elle toujours la menace de la grève générale?
    - La grève générale était une forte mesure de pression politique. Aujourd'hui, nous n'avons pas d'interlocuteurs. Nous n'écartons aucun scénario dans la mesure où nous devons défendre des droits et des libertés. Nous sommes attentifs à ce que fait l'Etat ou le gouvernement, en particulier lorsqu'ils sont incapables de réaliser certaines choses. Au sujet des grèves, je précise que certains mouvements sont parfois encouragés par les gouvernements eux-mêmes. Que veut le gouvernement? C'est la question qu'il faut poser actuellement.

    - Comment peut-on qualifier les rapports de la CDT avec le gouvernement?
    - Ils sont mauvais. C'est un gouvernement programmé à faire autre chose que ce qu'il avait promis au départ. A l'occasion j'emprunterais une expression qui avait été utilisée en 1955 par la revue Paris Match: c'est un gouvernement conçu à l'occidentale mais à la façon makhzanienne.

    - Apparemment, la grève de la RAM s'est tenue sans préavis?
    - Différents motifs justifiaient cette grève. Nous avions adressé plusieurs avertissements avant de déclencher le mouvement. La Direction de la RAM peut d'ailleurs vous le confirmer. Lorsque la RAM était au bord de la faillite, M. Hassad a demandé l'assistance des syndicats (allusion est faite à la demande du gel des salaires). Et nous avions répondu à l'appel.
    Il est regrettable qu'un lobby, constitué d'anciens fonctionnaires à la retraite, fasse pression sur le directeur général. Ce qui est arrivé à la RAM est susceptible de se reproduire dans tous les établissements sans exception.

    Propos recueillis par Khadija MASMOUDI


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