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Economie

Morosité dans les mines

Par L'Economiste | Edition N°:39 Le 23/07/1992 | Partager

C'est un bilan morose, voire de crise que dresse sur lui même le secteur minier, qui devait tenir le Mercredi 22 Juillet son assemblée générale.

La crise des activités minières est mondiale, signalent les professionnels, du public comme du privé, mais ils notent que la vulnérabilité peut être, au moins partiellement, atténuée. Marchant de conserve avec leur ministère de tutelle, les professionnels approchent les problèmes selon trois grands axes:
- il y a péril en la demeure si les investissements de recherches ne reprennent pas rapidement;
- il faut adapter l'environnement juridique et moduler les dispositions fiscales;
- les entreprises minières doivent faire des efforts d'adaptation, d'innovation et de communication.
Une partie des demandes sont déjà anciennes, souligne la profession, notamment en ce qui concerne les aménagements juridiques et fiscaux. Par contre le désir d'aller au devant de l'opinion publique est plus récent. Il est partagé par le ministère et les professionnels, même si par endroit la manière de le faire est envisagée de façons assez différentes.

Derrière l'OCP, tout un monde...

Sans compter les salines, les extractions de marbres et les exploitants d'eaux minérales, le secteur des mines comprend un peu plus d'une vingtaine d'entreprises en activité. Le secteur est évidemment dominé par le géant OCP dont la masse cache la diversité du reste des entreprises. On trouve en effet auprès du géant toute la gamme des sociétés en allant des groupes comme l'ONA, la CMT aux entreprises de type familial, et en passant par les entités du BRPM.
Pour les deux groupes BRPM et ONA, les sociétés sont largement mariées entre elles, la gestion étant, suivant les cas, assurée par l'un ou par l'autre. Un modus vivendi existe qui interdit au partenaire non gestionnaire de venir perturber la marche des entreprises. Le phénomène est suffisamment rare dans les mariages public-privé pour mériter d'être signalé.
Les entreprises du groupe ONA sont réputées en bonne santé.
Les entreprises du BRPM sont dans des situations plus contrastées, pour des raisons diverses: volatilité des cours, gisements difficiles mais aussi et peut-être surtout, restrictions budgétaires...
Le BRPM, dans le cadre du programme de rationalisation du secteur public des années 80, a été audité par Bossard Consultant. Les avis demeurent partagés sur les résultats de l'audit et des actions de restructurations qui ont suivi(1). Toujours durant les années 80, le BRPM, qui a été et reste une entité clef dans le monde minier, a modifié son approche de l'économie du secteur en recherchant des partenaires pour les exploitations. Ces recherches ont débouché sur les associations avec des privés, mais le BRPM n'a pas pu intéresser des partenaires étrangers.
Aujourd'hui, l'accueil de partenariats étrangers, et plus précisément de grandes compagnies minières internationales, est vivement souhaité dans la profession. Cependant, et pour l'instant du moins, le souhait n'est pas exhaussé(2). Pour M. Mourad Cherif, Directeur Général à l'ONA en charge du pôle Mines du groupe et Président de l'Association des Industries Minières du Maroc, il faudrait commencer par intéresser les grandes compagnies avec de petites participations, "juste pour qu'elles apprennent à nous connaître sans les effrayer par des risques trop importants". Il se dit convaincu que cette démarche pourrait renouer les liens distendus et rénover l'ancienne image du "Maroc comme pays minier".
La perte de cette référence, selon un sentiment partagé par les professionnels, est à l'origine de ce qu'ils estiment être une forme de désintérêt des pouvoirs publics à leur endroit, "hors le ministère de tutelle", tiennent-ils à préciser.
Ils soulignent ainsi les retards apportés à la mise en application du statut du mineur et de divers textes toujours en projet,"coincés on ne sait où". Le blocage se situe, classiquement, au niveau du Secrétariat Général du Gouvernement. Les professionnels citent le Statut du Mineur, préparé depuis 1982, bloqué depuis et qu'il faut reprendre et ré-aménager parce que dépassé entre temps.
Evidemment, les sociétés minières, publiques, privées ou mixtes, goûtent fort peu la cotisation minimale, assise sur le CA et qui dévore donc les résultats ou renforce le déséquilibre. Pour l'année en cours, le mécanisme devrait être plus ravageur...
L'Association note aussi que la branche reste la dernière à devoir payer une taxe à l'exportation, dont ils aimeraient voir le taux ramené à zéro lors d'une prochaine Loi de Finances: "C'est tout de même curieux qu'on nous parle de promotion des exportations et que l'on ait conservé cette taxe ad valorem", commente avec un bel ensemble la profession(3).
La profession réclame aussi un aménagement des dispositions concernant la Provision pour Reconstitution de Gisement. Plafonnée à 15% du chiffre d'affaires et/ou à 50% du résultat, la Provision "ne permet pas en phase de haut cours d'engranger les résultats pour la recherche", commente M. Chérif.
Les professionnels sont très nets: "une exploitation ne survit et ne traverse la crise des cours que si on remet chaque année des sommes importantes".
La norme de la survie semble se situer entre 10 et 20 millions de Dirhams par an et par mine, si l'on se réfère aux investissements de recherche réalisés par les entreprises. Globalement, la Direction des Mines au Ministère de l'Energie et des Mines estime qu'au cours des dernières années, les montants consacrés aux recherches, sont de l'ordre de 220 à 230 millions de DH/an. Les sociétés minières apportent environ 80 millions de DH pour leurs propres programmes, le BRPM met, sur fonds propres quelque 30 à 40 millions de DH suivant les années, et gère sur dotations budgétaires entre 86 et 114 millions de DH, toujours suivant les années. Les entreprises du goupe ONA réservent 60 millions de DH à la recherche et sont, comme le groupe Touissit, citées en exemple.
M. Othmane Khettouch, Directeur des Mines, craint que le montant de la Provision pour Reconstitution de Gisement soit en baisse pour l'année 1991, à cause de la déprime des cours. Durant l'année 1990, 88,6 millions de DH de PRG avaient été employés, dont 62% sur des zones explorées, 18% en prises de participations et 12% sur des zones vierges. L'année 1990 avait été une année exceptionnelle, avec en nominal, 17% de l'ensemble des emplois PRG sur les quinze dernières années.

Cours volatiles

"Le marché mondial des minerais se détermine sur 15 à 20% des transactions, souvent moins; c'est ce qui explique la fragilité des cours" , explique la profession.
Or, dès le milieu de l'année 1990, indique le rapport de Bank Al Maghrib, la situation d'atonie de la demande industrielle a été "aggravée par les ventes massives et désordonnées de métaux en provenance de l'ex-Union soviétique". Pour M. Khettouch, la Chine a aussi joué un rôle important dans les baisses de cours, spécialement pour la barytine.

La volatilité des cours renforce le besoin d'aménagements, levant les handicaps parafiscaux ou dynamisant l'investissement à travers des encouragements fiscaux, souligne la profession.
Le comportement des cours amène aussi la profession à développer la thèse de la valorisation, mais en lui donnant une interprétation plus fine, avec l'idée de "chaînes de valeurs ajoutées".

N. S.

(1) Selon certaines sources, l'audit a été trop brutal et, selon d'autres, ses conclusions ont été trop complaisantes.

(2) Durant les années 70, les idées dominantes voulaient que l'exploitation minière soit un domaine réservé des entreprises locales et de préférence des entreprises publiques: "les partenaires étrangers n'étaient envisagés que comme des apporteurs de capitaux, invités à rester en dehors de la gestion" , regrettent, aujourd'hui, les professionnels. Ils redoutent que le souvenir marque encore le monde international de la mine, qui est un monde "petit où tout le monde se connaît plus ou moins, mais avec une mémoire longue".

(3) L'argument selon lequel la taxe est maintenue pour des raisons budgétaires ne convainc pas les professionnels: les phosphates ont vu se développer une législation spécifique pour les prélèvements, alors que les autres mines ne dégagent pas des marges suffisantes pour justifier un prélèvement ad valorem à la sortie.

Mines

Production et ventes marocaines
Comportement des marchés internationaux

  • Plomb

La production à progressé de 6,9%, mais le volume global des ventes est en baisse de 15,6%. Un peu moins des 3/4 de la production sont destinés à la Fonderie Oued El Heimer. Les recettes d'exportation sont en baisse: -21,7% sur le plomb-métal et -53,8% pour les concentrés de plomb. Les recettes sont tombées à 361 millions de DH, contre 510 millions de DH en 1990.

La demande se tasse et l'arrivée de plomb en provenance des pays de l'Est a engendré une baisse des cours mondiaux de près de 32%, à 314 Livres Sterling la tonne (contre 460£/T en 1990). L'usage essentiel du plomb reste la fabrication des batteries et des accumulateurs, soit 60% de la demande. Les autres usages continuent de régresser.

* Cuivre

La production a régressé de 2% pour se situer à 38.900 tonnes. Les exportations ont diminué de 3,3% et le chiffre d'affaires à l'exportation est tombé à 203,7 millions de DH (213,4 millions de DH en 1990).

Après 3 années de croissance continue, le marché mondial du cuivre est en recul, ce qui semble provenir de la récession générale. Les fournitures des pays de l'Est ont fait chuter les cours de 12%, chute freinée par la crise zaïroise.

  • Zinc

La production de concentrés de zinc est en hausse de 19%. Cependant, la baisse des cours a fortement pesé sur les recettes d'exportation, qui, elles, n'ont augmenté que de 4,2%, rapportant 111 millions de DH.
- La consommation mondiale de zinc est restée stable, autour de 5,2 millions de tonnes, et liée au comportement du bâtiment, par le biais de la galvanisation. La hausse de fourniture en provenance des pays de l'Est a pesé sur les prix qui se sont inscrits en baisse de 26,2%.

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