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    Politique Internationale

    Les ONG veulent s'affranchir de l'influence de l'Etat et des partis pour gagner en crédibilité

    Par L'Economiste | Edition N°:159 Le 22/12/1994 | Partager

    Pour se prévaloir de la qualité d'acteur sur la scène internationale, les ONG doivent au préalable conquérir leur indépendance. Tiraillées entre l'Etat et les partis politiques qui s'en disputent le contrôle, les ONG maghrébines éprouvent des difficultés à s'épanouir.

    Les organisations non gouvernementales (ONG) apparaissent aujourd'hui, à bien des égards, comme un élément fondamental du paysage international. Dans ce qu'il est convenu d'appeler "le processus de démocratisation internationale en cours", les ONG seraient davantage sollicitées pour accompagner l'action des organisations internationales. La participation des ONG à ces organisations constitue, d'une certaine manière, une garantie de leur légitimité politique.

    Comme l'avait rappelé par ailleurs le secrétaire général de l'ONU(1), autant les Nations-Unies doivent en permanence avoir le souci de s'élever au-dessus des clivages partisans pour faire prévaloir les intérêts supérieurs de la paix, autant les organisations non gouvernementales doivent conquérir leur autonomie à l'égard des Etats et des autres acteurs tels que les partis politiques.

    C'est là, poursuit-il, une condition essentielle à leur crédibilité. Les domaines d'activité des ONG sont très variés: droits de l'Homme, environnement, enfance, solidarité, femme, etc... De par leurs champs d'action, leurs finalités et la sympathie dont elles jouissent auprès des populations, on peut comprendre que parfois des Etats ou des partis politiques soient tentés d'utiliser ou de récupérer des organisations non gouvernementales pour les mettre indirectement à leur service.

    Clubs fermés

    Dans le cas des partis politiques, la démarche peut paraître paradoxale: tout en intégrant dans leurs revendications que les ONG se détachent de la tutelle étatique, ils adoptent à leur tour la même attitude que les pouvoirs publics à l'égard du mouvement associatif. En effet, les ONG sont perçues par les partis comme un marché potentiel de sympathisants à drainer et un moyen de gagner les batailles électorales. Pour cette raison, relève Mme Rabiaâ Naciri, de l'Association Démocratique des Femmes du Maroc(2), la plupart des partis politiques ont essayé de créer des organisations professionnelles, culturelles, de femmes, de jeunes, qui constituent en réalité leurs appendices. L'objectif principal, même s'il n'est pas déclaré, est de servir de courroie de transmission à "l'idéologie" de ces partis au sein des populations ciblées. Au demeurant, il est difficile d'affirmer qu'ils y sont parvenus. Très souvent, ces associations, dépendant des partis politiques, demeurent des clubs fermés composés d'un noyau d'élites dont les préoccupations sont plus ou moins éloignées du citoyen ordinaire.

    Autonomie confisquée

    Pour les partis politiques, l'autonomie des ONG est revendiquée par rapport à l'Etat, mais confisquée en leur faveur, conclut Mme Naciri.
    Cette attitude trouverait également justification dans le fait que les partis politiques, souvent en perte de vitesse en audience auprès des populations, considèrent les ONG comme leurs concurrents.

    En réponse à une question posée par un mensuel national(3) sur la vie associative, un leader d'un parti politique marocain exprima son appréhension en ces termes: "Nous sommes pour une vie associative, mais les associations régionales telles qu'elles se constituent sont en train de quitter leur domaine, d'embrasser des objectifs qui n'ont plus rien à voir avec la vie associative".

    Un autre leader lui emboîta le pas, mais en des termes différents: "... en tout cas, les efforts de dépolitisation des Marocains particulièrement intellectuels, entrepris par les associations, sont patents. Ceci suffirait à les condamner..."(4).

    Cet état d'esprit, note Mme Naciri, explique entre autres les difficultés de la naissance d'un mouvement associatif autonome, condition essentielle à la structuration de la société civile.

    Même les plus hauts responsables des Nations-Unies insistent sur la nécessaire indépendance des ONG; le rôle d'aiguillon de la société internationale en faveur de la paix, auquel elles sont de plus en plus appelées, est tributaire de leur autonomie. En effet, en dehors de leur rôle classique, les ONG deviennent progressivement partie prenante des projets initiés par les organismes internationaux. Certains d'entre eux commencent à repenser la nature de leurs relations avec les ONG.

    Dans certains pays en développement, des micro-projets financés par la Banque Mondiale sont aujourd'hui pilotés par les ONG, celles-ci connaissant mieux les besoins de proximité des populations concernées. Par ailleurs, l'ONU, dont les structures sont aujourd'hui débordées du fait de sollicitations très nombreuses dépassant même le cadre de sa charte, recourt aux services des ONG. Ces nouvelles opérations visent aussi bien le rétablissement de la paix que son édification. Cela peut aller de l'assistance électorale ou de l'aide humanitaire jusqu'à la réhabilitation des infrastructures (routes, ponts, etc ...), en passant par la promotion de la démocratie et la protection des droits de l'Homme.

    La fin de la Guerre Froide s'est traduite entre autres par un désintérêt des grandes puissances pour certaines régions du mondes. Dès lors, la tentation a été grande de laisser ces régions livrées à elles-mêmes dans le sous-développement et les troubles politiques. D'où le rôle fondamental des ONG dans la mobilisation des opinions publiques et des Etats.

    De ce point de vue, les ONG peuvent contribuer à mettre en oeuvre une pédagogie de la paix et de la démocratie. Elles peuvent en outre participer à la promotion d'une culture de droit comme ciment des rapports sociaux .

    Abashi SHAMAMBA

    (1) Discours prononcé à l'occasion de la 47ème Conférence des ONG, tenue à New York en septembre 1994.

    (2) Exposé fait au cours de la Conférence sur le concept de société civile au Maghreb, tenue à Rabat les 2, 3 et 4 décembre 1994.

    (3) Le Libéral Magazine, n°15, mars 1989.

    (4) Le Libéral Magazine, n°25, mars 1990.




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