×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Politique Internationale

    Secrétaire général du Prix Hassan II des 4 Jurys : Henri Bonnier : "La laïcité a fissuré la civilisation"

    Par L'Economiste | Edition N°:159 Le 22/12/1994 | Partager

    Henri Bonnier, écrivain, secrétaire général du Prix Hassan II des 4 Jurys, en est à son soixantième voyage au Maroc. Il a signé à Casablanca, à l'occasion du SIEL, son dernier roman "Rêve de pierre", dans lequel il s'interroge sur la place de la beauté dans le monde moderne.

    L'Economiste: Comment avez-vous récemment découvert l'Islam?
    Henri Bonnier: En découvrant "l'autre monde", celui de l'Islam, c'est comme si j'avais escaladé l'autre versant d'une même montagne, et que tout d'un coup je percevais mieux le paysage. Ma plus grande ouverture sur le monde, je la dois désormais, d'une part, à ma culture gréco-latine, d'autre part à l'Islam, qui m'a en outre apporté une paix intérieure immense. Je lis régulièrement le Coran mais je suis un analphabète parce que je ne peux le lire qu'en français. Ce qu'il y a de prodigieux dans le Coran, c'est qu'il s'adresse, non seulement à tous les étages de l'homme, mais aussi à tous les états de l'homme: qu'il soit dans un grand état spirituel ou au contraire dans un état d'abandon, dans un état de parfaite joie ou dans un état de désespoir profond, il trouvera toujours dans le Coran des paroles de compassion, c'est-à-dire "d'amour vécu avec" ou de "souffrance vécue avec". C'est en cela que l'Islam est, pour moi, la religion de l'homme révélé à lui-même par Dieu. Le Coran est un livre illuminant, à condition de le lire avec foi et non pas avec un fusil à la main.

    - Votre prochain roman aura pour thème l'Islam.
    - Je me suis posé une question simple: si je devais parler à un jeune homme de 20 ans, désespéré et sans repères? Je lui montrerai, avec pédagogie, le cheminement que j'ai subi. Mon héros se trouve à Marrakech, ville où l'on peut méditer, mais à la mode, à cheval entre l'Orient et l'Occident.

    - Vous vous interrogez sur la place de la beauté dans le monde moderne.
    - "Nous avons enjolivé le monde à des Saints", dit le Coran. L'être humain a soif de beauté. Mais la société moderne tue la beauté parce qu'elle a fait perdre à l'homme ses repères. Platon disait: "le rythme est un ordre dans le mouvement". Si vous transmutez les mots en disant: "le rythme est un mouvement dans l'ordre", vous obtenez une définition commune du fascisme, du nazisme, du communisme. Tandis que la phrase de Platon fait intervenir quelque chose de profondément divin: l'ordre des hommes, qui est l'ordre de Dieu. Cet ordre appelle à la beauté, intérieure et extérieure.

    - Comment la civilisation donne-t-elle une image de laideur?
    - Les grandes civilisations ont été "révélées". La Chrétienté est née de la révélation chrétienne par Jésus. La grande civilisation arabo-musulmane, comme son nom l'indique, est la civilisation mohammédienne. Progressivement, avec la laïcisation, une cohérence s'est fissurée. Cette absence de cohérence (entre le Ciel et la Terre), fait que peu à peu l'homme se dégrade. Il a besoin d'une élévation, d'une transcendance, car il est avant tout une âme. Or, il se trouve qu'aujourd'hui on a exalté à outrance le corps au détriment de l'âme. La crise actuelle n'est pas économique, c'est une crise d'âme.

    - Que pensez-vous de l'évolution de la littérature maghrébine francophone?
    - Peut-on vraiment parler de littérature maghrébine lorsque les héritages culturels de chacun des pays du Maghreb diffèrent considérablement les uns des autres? Par exemple, le Maroc a pu conserver son indépendance pendant 13 siècles, tandis que l'Algérie, avant la colonisation française, n'était même pas un Etat mais un ensemble de wilayas turques... Au Maroc, je suis émerveillé par la vitalité des chercheurs universitaires. De cette extraordinaire source d'eau vive naîtra sûrement quelque chose. La littérature c'est un peu comme la goutte d'eau lourde qui tombe après de nombreuses métamorphoses. Elle résultera de tout ce travail que le peuple marocain effectue sur lui-même, et rendra compte de ses mutations. Plus elle s'y enfoncera, plus elle tendra vers l'universel, c'est un des grands paradoxes de la littérature. Elle sera la quintessence même de tout ce que le peuple marocain aura donné au monde, notamment de nombreuses leçons en ce moment : de stabilité, de tolérance, de courage et de compassion.

    - Quel est le but du Prix Hassan II des 4 Jurys ?
    - En 10 ans d'existence, ce Prix a connu un destin singulier. Au départ, il devait "rattraper" un candidat malheureux à l'un des 4 grands Prix littéraires français de fin d'année: Goncourt, Renaudeau, Féminin et Thérallier. Comme ce Prix est doté par Sa Majesté, il nous est apparu convenable de le rattacher au Maroc et de lui donner une autre mission: au lieu de Prix de rattrapage, le rendre au contraire un Prix de consécration et de francophonie.

    Propos recueillis par Bouchra LAHBABI

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc