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Politique Internationale

Les femmes dans la bataille politique : L'offensive de l'Association Démocratique des Femmes du Maroc

Par L'Economiste | Edition N°:38 Le 16/07/1992 | Partager

Les voix féminines seront un enjeux pour les prochaines élections. Les partis traditionnels ont toujours cherché à les récupérer. Mais des comités et des associations féministes se sont créés pour faire du "deuxièmes sexe" une entité "L'Association Démocratique des Femmes du Maroc" milite pour que les femmes se prennent en charge, pénètrent le cercle de décision politique, poussent à la réforme de la sacrosainte Moudawana.

Les femmes parviendront-elles à investir le champ politique au Maroc? à bousculer les interdits et les tabous, encore agissants tant dans l'environnement social externe que dans les inhibitions de nombreuses femmes citoyennes elles-mêmes? L'Association démocratique des femmes du Maroc a lancé un mouvement, en perspective des prochaines élections législatives et de la révision constitutionnelle, pour réclamer l'accès effectif des femmes au pouvoir politique, et projeter les implications de cette action, dont Madame Nouzha Skalli, membre du Bureau National de l'A.D.F.M. nous a indiqué les grandes lignes et les résultats actuels.

Les femmes constituent au Maroc une entité démographique à peu près égale à celle des hommes, une force de travail domestique et un pouvoir éducatif indispensables. Présentes depuis longtemps dans les secteurs primaire et tertiaire de l'économie de manière informelle, elles investissent aujourd'hui les secteurs secondaire et tertiaire, à titre officiel, de façon de plus en plus massive et accèdent à des postes de décision. Si le code de statut personnel marocain donne la priorité juridique dans le couple et l'autorité à l'homme, obéissant en cela aux règles primordiales de la société patriarcale méditerranéenne, des femmes sont aujourd'hui de plus en plus financièrement autonomes et soutiens de famille. L'art.8 de la constitution de 1972 réaffirme l'égalité politique de l'homme et de la femme, et l'art.38 de la Moudawana, souvent ignoré ou du moins méconnu, stipule que "le fait pour la femme de stipuler (dans l'acte de mariage) par exemple, la possibilité de s'occuper des affaires publiques du pays n'est pas contraire aux buts du mariage". Pourtant une réalité s'impose: les femmes constituent une minorité politique, sont absentes des postes de décision politique, se heurtent à un esprit hostile à leur accession quand on ne leur oppose pas le hadith selon lequel un pays gouverné par une femme va à sa perte.

Dans l'effervescence de la préparation des prochaines élections, refusant le rôle d'alibi que la plupart des partis politiques marocains ont offert jusqu'à présent aux femmes, l'A.D.F.M. a lancé l'offensive pour que les femmes accèdent au pouvoir politique, non par les voies informelles comme cela a été longtemps le cas (un pouvoir souterrain peut être fort) mais dans le cadre relativement clair et officiel des instances élues. A ce titre, elle a lancé un appel, à la suite d'une rencontre organisée le 20 Mars dernier, à Casablanca, sur le thème; "Les Marocaines et la politique, pari de la fin du siècle". Un comité national pour la participation des femmes à la vie politique a été constitué, ouvert à toutes les personnalités soutenant des objectifs. "Composé de personnes, non d'organisations" explique Mme Skalli, il est circonstanciel et doit fonctionner dans un cadre informel. Son but est de sensibiliser l'opinion publique à la nécessité de la participation des femmes, actrices des dynamiques nouvelles de la société marocaine, à la réalité des changements qui s'ébauchent et à une démocratisation réelle des instances de décision, avec le soutien des partis politiques mais sans s'y enfermer.

Accueillies pardes you-you

A ce titre, deux grands axes ont été tracés. D'une part, une révision constitutionnelle qui garantirait le principe général, déjà reconnu, de l'égalité des sexes, dans tous les domaines, le renforçant par la suprématie effective de la loi internationale (traités et conventions ratifiés par le Maroc) sur la loi interne, et l'institution d'une juridiction de contrôle de constitu-tionnalité de la loi. D'autre part, le Comité appelle les femmes à investir le champ politique, afin de n'être plus minoritaires au niveau des instances locales et communales (43 femmes seulement ont été élues en 1983, sur 307 candidates) et à être présentes au Parlement et au Gouvernement. Car le Maroc compte parmi les rares Etats marginalisant à ce point les femmes de la vie politique.

Après les enthousiasmes qui ont succédé à l'indépendance du pays, "il y a eu un désinvestissement, explique Mme Skalli. En 1976, les femmes qui se présentaient aux élections étaient accueillies par des "you-you" dans les quartiers populaires. Ensuite les gens ne croyaient plus aux élections et à la démocratie". Aujourd'hui l'appel du comité prend largement place dans une entreprise médiatique d'envergure, adressée aux pouvoirs publics, mais aussi aux partis politiques, aux syndicats, aux organisations de droits de l'homme, associations de femmes et de jeunes, "pour que les femmes ne soient plus les oubliées de la vie politique dans notre pays".

Quota: une forme de falsification

Cette participation ne doit pas être symbolique. Si les femmes décident aux côtés des hommes, les réformes en leur faveur, en particulier d'ordre juridique, devront obligatoirement se réaliser. A cet égard la réforme de la Moudawana reste le point essentiel des revendications, à la fois base juridique de toute évolution, et lutte de longue haleine contre un monument de "lois anticonstitutionnelles", dans la perspective du développement économique, politique et social du Maroc. Il faut donc s'en donner les moyens: dans cette perspective le comité demande que, lors des prochaines élections, des mesures privilégiant les candidatures féminines soient prises: présentation de candidates dans les circonscriptions où elles ont effectivement des chances d'être élues et présentation de candidatures féminines communes. On a étudié l'éventualité d'un quota de 10% réservé aux femmes au Parlement. Ce serait, dit Mme Skalli, "une forme de discrimination positive - ou une mesure de rattrapage dans le langage des Nations-Unies - permettant aux femmes d'accéder au pouvoir dans les instances élues, qui lui ont été fermées jusqu'à présent, de forcer les résistances et de rattraper le retard accumulé au cours des siècles." La question n'est pas simple, et se discute actuellement, car on pourrait aussi y voir une autre forme de falsification des élections ou la "nomination" de candidates de parade, sans motivation profonde ou pouvoir réel. L'appel, lancé depuis Avril avait pour ambition de réunir une centaine de signatures de personnalités du monde politique, artistique, universitaire, économique, susceptibles de peser dans le sens de la mise en oeuvre de ses objectifs.
En Juin, il en a recueilli plus de 400, venues de tout horizon. Des femmes signent, mais aussi beaucoup d'hommes, exprimant ainsi le souhait de vastes secteurs de la société civile de voir un changement s'opérer au Maroc, dans le cadre des instances légales.

Féministe et radicale

Inspiré vraisemblablement par la volonté de femmes et d'hommes de la classe moyenne d'accéder à une véritable maturité politique et individuelle, ce mouvement s'appuie sur la rampe des prochaines élections. Il s'accompagne, au même moment, d'autres élans d'exigences: celui de l'U.A.F. (Union pour l'Action Féminine, proche de l'Organisation pour l'Action Démocratique et Populaire) dont les militantes ont été à l'origine du "Conseil National pour la Réforme de la Moudawana" et font circuler une pétition exigeant une réforme profonde du code de statut personnel (répudiation, polygamie, tutorat, héritage), ou celui de l'A.D.D.F. (Association pour la Défense des Droits de la Femme) qui se veut féministe, radicale, indépendante de tous les courants politiques et religieux.


Thérèse BENJELLOUN

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